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Jusqu'au bout du rêve

Film de Phil Alden Robinson Fantastique, sport et comédie dramatique 1 h 42 min 21 avril 1989

Ray Kinsella, fermier dans l'Iowa, vit avec sa petite fille et sa femme. Un soir d'orage, il entend une voix et décide de la suivre.

[5 jours après le tsunami, je peux publier ma critique, tranquille]

Me voilà bien gêné au sortir de ce film. Parce qu'il a beau être franchement ridicule à certains moments, et bien, finalement, je ne l'ai pas détesté. Etrange contrariété d'un film parfois très mauvais et quand même attachant. Reprenons, dans l'ordre, s'il vous plait. Au début, nous avons Kevin Costner dans un champ de maïs. Pourquoi pas, me direz-vous. Certes. Là où ça se corse, c'est qu'au bout de dix secondes, le Kevinou, il entend des voix. Comme ça, de but en blanc. Sans transition. On attend du buccolique, on a de la transcendance. mais attention, pas n'importe quelle transcendance : de la transcendance de supermarché. Sans que l'on soit préparé à cela d'une façon ou d'une autre, on a une grosse voix qui vient du ciel pour dire à Kevinou : "si tu le bâtis, il viendra sûrement". Le pire, c'est que, après un bref instant de scepticisme, le Kevinou, il accepte l'idée. OK, j'entends des voix quand je me promène dans mon champ de maïs. Normal. Là, on commence à être chaud. Mais ce n'est que le début. En effet, une question assaille le spectateur qui sent l'hilarité monter en lui comme la moutarde au nez de Pierre Richard : bâtir, c'est bien beau, mais bâtir quoi ? Et la réponse arrive au moyen d'un superbe trucage digne des films des années 50 : sur son champ de maîs se superpose... ... un terrain de base-ball. ? ! Attendez... Récapitulons : un paysan du fin fond de Pétaouchnok, Iowa, reçoit le commandement divin de bâtir un terrain de base-ball dans son champ. Normal. Et pourquoi ? C'est là qu'on franchit une nouvelle étape dans le ridicule. Pour que vienne jouer Shoeless Joe Jackson. Qui, accessoirement, est mort depuis des decennies. Normal. Et, le Kevinou, il accepte ça avec une facilité déconcertante. Tout de suite, il en parle à Kevina. Et là, on est en droit de se dire : madame, qui a les pieds sur terre, va s'opposer à cette idée farfelue. Que dalle ! Madame accepte avec une de ces répliques qui laissent K.O., les moustaches en croix sur le carreau : "tu es sûr qu'il est toujours mort ?" Elle est complice, la bougresse, et au lieu de signer l'acte d'internement de son mari, elle l'encourage et nous sort le speech "il faut aller au bout de ses rêves, et patati et même si les autres ne comprennent pas et patata". Bon, après les goûts et les couleurs, il paraît que ça ne se discute pas, mais avoir un terrain de base-ball dans ses plates-bandes, ça fait très moyen.

Et il le construit, son terrain. Et le problème, c'est que nous sommes là à un quart d'heure de film. car le cinéaste a, sur le début, une légère propension à confondre vitesse et précipitation. Tout est montré de façon trop rapide pour que l'on puisse s'intéresser à quoi que ce soit. Il n'explique rien, il ne prend pas le temps de faire ressentir les chose à ses spectateurs, il fonce. C'est d'autant plus dommage que le film deviendra vraiment sympa sur la dernière demi-heure, quand le cinéaste prendra son temps. Quand il abandonnera sa psychologie de bas étage, quand les voix divines s'éloigneront, quand les dialogues mêmes se seront tus, quand le récit lui-même s'éloigne et que le film ne raconte plus rien, alors il restera l'essentiel : des gens en train de partager la passion du base-ball. Des joueurs (fantômes, certes, mais ne chipotons pas) et des spectateurs. Et c'est, je pense, cela que le cinéaste voulait atteindre, cette émotion-là qu'il voulait faire surgir. Dommage qu'il l'ait enrobée de tant de maladresses. Non, parce que quand on place nos espoirs dans certains noms vus au générique (James Earl Jones, Burt Lancaster, dont ce fut un des derniers rôles), on est encore déçus. L'apaprition du personnage interprété par Jampes Earl Jones est particulièrement ridicule, là aussi. Mais, à la fin, qu'importe. J'ai été emporté par le final de ce film. Pas assez pour me faire oublier tout le reste, mais quand même suffisamment pour lui donner un note sympathique. En plus, j'ai bien aimé ce que le film laissait entendre, la notion d'une culture populaire et des rapprochements qu'elle peut opérer. Car c'est finalement la pratique du sport qui est considérée comme facteur de rapprochement social. Le base-ball, ici, dépasse largement le cadre du sport pour prendre toute sa place de ciment social.

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