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World War Z

Film de Marc Forster Action, Épouvante-horreur et science-fiction 1 h 56 min 2 juin 2013

Coincé dans les embouteillages avec sa famille, Gerry Lane, un ancien agent des Nations unies, s'inquiète de la situation. La panique gagne la population : un virus mortel, qui transforme les malades en zombies violents, se répand dans le pays.

Le roman culte de Max Brooks est composé de différents témoignages autour d’une récente invasion mondiale de zombies. Militaires, scientifiques, médecins et anonymes racontent à un agent de la commission post-traumatique de l’ONU leur vécu et leur perception des événements. La vision est donc globale, planétaire, intime aussi, et prend en compte les changements géopolitiques et religieux qu’une telle catastrophe a entraînés sur l’humanité. Brooks, en vendant les droits de son bouquin, s’attendait-il à ce que celui-ci devienne une grosse machine hollywoodienne en 3D (qui, comme d’habitude, ne sert strictement à rien) ?

Le film abandonne donc les nombreux points de vue individuels du livre pour se concentrer sur un seul personnage (Gerry Lane, ex-barbouze star de l’ONU interprété en mode automatique par Brad Pitt) qui part à la recherche du patient zéro pour tenter de trouver un vaccin à la pandémie. Fi de la pluralité narrative au profit d’un grand spectacle manichéen et mainstream (aucune effusion de sang, aucun effet gore, aucun débordement trop choquant), mais diablement efficace misant avant tout sur le suspens et la tension, grisante par moments. Et pour ça, on est plutôt bien servi : le film zappe les temps morts, même dans les scènes (rapides) d’exposition ou d’explications qui viennent s’intercaler entre les nombreuses scènes d’action.

La séquence à Jérusalem est tout simplement bluffante, visuellement impressionnante, et celle aussi dans l’avion (comment échapper à des zombies dans un lieu clos ?) et celle d’ouverture à Philadelphie qui met directement dans l’ambiance. Et pour la psychologie ou le pamphlet à la Romero, faudra repasser hein, on fait pas dans le social ici (le seul point fondamental pour Gerry semblant être de protéger et de pouvoir joindre sa famille par téléphone, sempiternelle carotte et caution morale à l’américaine). Le côté assez lisse et chevaleresque du film peut finir par agacer, et parce qu’on aime aussi, parfois, les anti-héros et quand l’armée est en déroute et quand ça se termine mal (qu’on se souvienne de 28 semaines plus tard ou de La guerre des mondes).

Pendant plus d’une heure, on se dit qu’on tient là, à sa façon, un nouveau bon morceau dans l’univers toujours saignant du zombie (ici hargneux, très véloces, concentrés comme des bataillons de fourmis tueuses), de la saga 28 à L’armée des morts en passant par The walking dead. Et puis bim, et puis bam, et puis catastrophe : arrivent les vingt dernières minutes qui viennent carrément tout saloper (la fin initiale a connu un remaniement scénaristique imposé par une production fébrile et dépassée par un tournage bordélique). Les enjeux se resserrent soudain en un seul lieu et sur des personnages inintéressants, et la ferveur des débuts se raréfie alors en à peine quelques grognements baveux. Gros conseil d’ami : juste après le crash de l’avion (qui, en soi, constitue une fin recevable, angoissante et lapidaire) dont Gerry et la militaire israélienne seront, comme par hasard, les uniques survivants, QUITTEZ LA SALLE, sortez, courez, fuyez, rentrez chez vous et épargnez-vous ces vingt dernières minutes funestes.

La partie de cache-cache dans le laboratoire est mollassonne, sans surprise (et presque en décalage avec l’énergie sauvage de ce qui a précédé), et c’est évidemment Brad Pitt qui va dégoter le vaccin miracle tout seul comme un grand avec ses super neurones et c’est Brad Pitt encore qui se sacrifiera en envoyant d’abord, très important, un dernier message où il demande à ce que l’on dise à sa femme et à ses filles qu’il les aime. N’oublions pas un placement produit tellement déplacé et tellement grossier qu’il en devient injurieux, genre "Moi Brad Pitt, après une bonne chasse aux zombies, j’aime me désaltérer avec un biiip même si ça fait complètement con". Un point final navrant, infamant même, qui vient gâcher le plaisir agressif (et régressif) pris pendant une heure et demie pleine de bruits et de chaos.

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