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Une histoire vraie

Film de David Lynch Road movie et drame 1 h 52 min 3 novembre 1999

Alvin Straight, 73 ans, décide de quitter son village de l'Iowa après une mauvaise chute, pour retrouver son frère ainé qui vient d'avoir une attaque.

Parfois on prend l’envie d’une critique d’un film tiré du top 10, pourtant avec Une Histoire Vraie on est dans l’improbable. Car ce film aurait pu ne jamais s’y retrouver, dans le top 10. Il faut dire qu’avec David Lynch prenant le pari de raconter l’histoire du road-movie d’un vieillard juché sur son tracteur-tondeuse, il y avait de quoi faire prendre leurs jambes à leur cou aux cinéphiles les plus endurcis. Ils seraient passés à côté du plus beau (et du plus accessible, c’est vrai) film du réalisateur, de son plus doux aussi car on sait à quel point David Lynch est capable de malmener ses admirateurs.

Alvin est un vieillard âgé de soixante-treize qui n’a pour seule famille que sa fille Rose et qui vit dans un trou perdu des Etats-Unis. Jusqu’au jour où le téléphone sonne lui apprenant que son frère Lyle, oublié volontaire depuis dix, a eu une crise cardiaque. Sur un coup de tête mûrement réfléchi, Alvin décide de prendre la route et d’aller jusqu’à ce frère malaimé mais malade. Le seul moyen de locomotion à sa disposition est un vieux tracteur-tondeuse qu’il retape pour parcourir les quelques 563 kilomètres qui le séparent de Lyle. D’une histoire vraie on passe à une histoire improbable, un scénario particulièrement risqué même pour un metteur en scène de la qualité de David Lynch. Pourtant, dès les premières minutes, on adhère sans difficulté à l’histoire car Lynch montre d’emblée l’immense humanité de l’histoire en fin de compte toute simple qu’il nous raconte. Pas d’exubérance ni de caricature, aucune dérision ni moquerie et surtout pas de condescendance vis-à-vis des personnages qui prennent corps devant sa caméra.

Le plus beau des compliments qui peut être fait à ce film est de dire qu’il est « humain », profondément, implacablement. Pas l’humain larmoyant qui s’apitoie, pas l’humain aux sabots lourds de clichés et de compassion mal placée, plutôt l’humain de la beauté des sentiments simples et sincères, d’un homme qui prend la plus inattendue des décisions sans trop savoir pourquoi si ce n’est parce-que son cœur l’y pousse. Le voyage d’Alvin revêt un côté initiatique même à soixante-treize ans car cet homme profite de cette fuite pour regarder ce qu’il laisse derrière lui et fait par moments de ce voyage un purgatoire. Il va profiter de ces instants et des rencontres qu’il va faire pour ouvrir les yeux sur ses erreurs et transformer ce voyage en chemin de croix spirituel.

Ce film touche par l’évidente simplicité de son histoire, par la beauté des rapports humains qu’il décrit et par la sagesse que diffusent chaque réplique et chaque image. Ce film touche infiniment plus par la beauté des rides de Richard Farnsworth dans le rôle d’Alvin. Son talent est la plus belle des évidences, la justesse de son jeu frappe le cœur et la sensibilité de chacun avec une incroyable force. Cet acteur est peut-être le seul à connaître ce mélange unique de douceur du jeu et de force du regard qui le rend si grand et charismatique à l’image. Le voir évoluer à l’écran, c’est ressentir toute la palette des émotions humaines possibles en un même instant. C’est cette détermination d’un homme si fragilisé par l’âge qui rend parfois déchirante sa volonté d’aller jusqu’au bout des principes humains qui semblent avoir forgé sa personnalité. Jamais un film n’aura si bien illustré ce proverbe gitan (entre autres) : « Ce n’est pas la destination mais la route qui compte ».

Car c’est bien sûr enrichi des rencontres et des embuches qui ont jalonnées son parcours qu’Alvin parviendra jusqu’à son frère retrouvé. Ce qui rend si beau cet instant de retrouvailles fraternels et viriles, c’est toutes ces choses apprises en route par Alvin sur l’être humain : ses espoirs, sa naïveté, ses déceptions mais surtout sa formidable envie de vivre. Deux frères se retrouvent après dix longues années de non-dits, d’incompréhensions et de malentendus et s’assoient sur le porche en silence pour regarder le soleil se coucher. En silence, comme s’il n’y avait jamais eu de séparation, comme si les liens fraternels n’étaient pas usés par le temps lorsqu’ils sont forts de sincérité.

David Lynch a trouvé la réussite de son film dans la complémentarité des contraires, dans la force et la douceur, dans les oppositions entre les deux frères, dans la volonté de vivre face à l’imminence de la mort, dans la colère qui anime Lyle et Alvin et dans le pardon que sont prêts à s’accorder deux hommes en bout de vie. David Lynch, cinéaste habituellement à l’image si torturée fait ici l’éloge de la simplicité de l’histoire et de l’évidence des sentiments. Sans nous imposer la pensée de son film, il parvient néanmoins à la rendre totalement compréhensible, belle et surtout très enrichissanet. Ce film rend heureux, ému et surtout très optimiste et nous fait croire en l’homme pour tout ce qu’il fait de bon et malgré tout ce qu’il fait de mal.

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