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Que la lumière soit

Documentaire de John Huston Guerre et historique 58 min 16 décembre 1980

Documentaire sur le traitement psychiatrique des blessés de guerre. Produit en 1946 et censuré pendant plus de 30 ans par le gouvernement américain, le film fut présenté pour la première fois en 1980.

"Certains arborent les symboles de leur souffrance : béquilles, pansements, atèles ; d’autres ne montrent rien, mais eux aussi sont blessés. "

En posant sa caméra sur ces soldats, victimes sans plaies ni cicatrices de l'une des pires boucheries de l'histoire de l'humanité, John Huston ose et innove en montrant ceux que l'on préfère ignorer ou cacher habituellement. S'il est couramment admis de montrer les blessures physiques des vétérans comme des preuves de leur courage et de leur sacrifice au combat, la démarche l'est beaucoup moins lorsqu'il s'agit d'aborder les séquelles psychologiques de ces mêmes soldats. Il faut dire que l'on soulève ici un tabou régulièrement entretenu par l'institution militaire et la société. En effet, il est difficilement concevable de percevoir le soldat, le héros de la guerre, comme une personne pouvant être blessée psychologiquement. Car ce type de blessure est bien souvent considéré comme un signe de faiblesse et admettre son existence reviendrait à donner une bien mauvaise image de l'armée. Sans parler que cela risquerait de refroidir les ardeurs de ces jeunes pensant s’enrôler au sein de la grande muette... On peut ainsi comprendre que ce film fut interdit pendant 30 ans avant d'être révélé aux yeux du public en 1980.

Pourtant Huston travaille en totale collaboration avec l'armée et nous livre un documentaire plutôt flatteur à l'égard des médecins qui soignent ces plaies invisibles. Même s'il s'inscrit dans une véritable démarche documentaire, Huston n'oublie pas ses réflexes de cinéaste en valorisant le travail des psychiatres avec des zooms chirurgicaux sur les visages de ces 'bonnes âmes'. Leur sens du dévouement est ainsi exalté et provoque finalement l'empathie du spectateur. De même, les différentes méthodes médicales utilisées sont plutôt bien mises en avant et valorisées : que ce soit les groupes de parole, l'utilisation de l'hypnose ou le recours aux traitements médicamenteux tout est exposé avec précision. Et même si la voix off nous rappelle qu'il n'y a pas de traitement miraculeux, on reste néanmoins stupéfait devant certains résultats comme pour ce jeune homme qui pensait ne plus retrouver l'usage de ces jambes et qui finit par faire quelques pas.

À voir ces images, aussi remarquables soient-elles, on se dit que le film ne porte nullement préjudice à l'institution militaire, bien au contraire ! Alors pourquoi un tel boycott ? Eh bien sans doute parce qu'il montre davantage les blessés que les soignants ! Normal, le citoyen lambda va moins retenir les méthodes "modernes" de l'armée que les images saisissantes de ces grands gaillards, en pleine force de l'âge, qui vont sursauter au moindre bruit ou qui vont trembloter ou bégayer en toute occasion. La force des images est telle que l'armée a préférée bloquer la diffusion de ce documentaire. Dommage donc ! Car si le film de John Huston n'est pas exempt de tout reproche, avec notamment cet happy end qui semble un peu trop mis en scène, on ne peut que saluer la démarche de réhabilitation de ces blessés de guerre, qui ne sont ni gueules cassées ni estropiés... "Let there be Light" demeure à voir pour sa vision si "humaine" du héros américain.

Note : 6.5

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