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Lucas

Film de David Seltzer Comédie dramatique et romance 1 h 44 min 28 mars 1986

Un jeune garçon tente d'être populaire dans son lycée en rejoignant l'équipe de football et en obtenant les faveurs de la plus belle fille de l'école.

Lucas est un film au label certifié « touchant ». Ce fut surtout, en 1986, le véhicule de Corey Haim, l'équivalent de ce que serait Macaulay Culkin une dizaine d'années plus tard, et le premier vrai rôle de figures omniprésentes de Hollywood pour les décennies à venir.

Lucas (Corey Haim) est un gamin surdoué ; ayant sauté plusieurs classes, il se retrouve parmi une foule qui ne lui correspond pas, et dont il est le souffre-douleur. Il n'a pas mué, porte des lunettes à double foyer, il aime l'entomologie, et il mate les filles. A côté de ça, Lucas est impertinent et, surtout, a une belle âme (meaning : il aime bien écouter de la musique classique en se planquant sous une bouche d'égout). Un été, il fait la connaissance de Maggie (Kerri Green), une jolie Junior, dont il tombe amoureux. Ils sont meilleurs copains, jusqu'à la rentrée, où celle-ci est courtisée par des groupes plus populaires, à savoir cheerleaders et footballeurs – les tortionnaires de Lucas.

Alors qu'elle essaie de s'adapter, elle tombe sous le charme de Cappie (Charlie Sheen), une des stars de l'équipe de foot, qui a cette particularité d'être extrêmement prévenant vis-à-vis de Lucas, et de le protéger de ceux qui le persécutent. Lucas pense pouvoir gagner le cœur de Maggie en rejoignant l'équipe de foot, et en s'improvisant jock, lui qui n'est qu'un micro-geek, certes très attachant et impertinent, mais n'a pas du tout le profil de l'emploi.

A sa sortie, Lucas a connu un petit succès d'estime – Ebert l'avait classé dans les meilleurs films de 1986. Tout le monde louait sa justesse et sa sensibilité. Depuis, c'est un peu devenu le parent pauvre de ces teen-movies old-school, à une époque où on se remémore les scènes les plus cultes de chaque film, les répliques les plus inoubliables et les chansons les plus mythiques ; bref, à une époque où on cherche dans ces teen-movies ce qui peut avoir une portée intergénérationnelle et intemporelle. De fait, Lucas sonne une corde nostalgique chez ceux qui l'ont vu à un âge tendre et rêvaient de devenir la star du foot du lycée, mais vu avec plus de recul, c'est moins impactant, si vous me passez l'expression.

Lucas passe assez mal l'épreuve du temps, et surtout de la puberté. En effet, difficile, en le voyant avec l'œil d'un adulte, de ne pas se sentir embarrassé par la mièvrerie de certaines scènes – ce film contient l'un des plus beaux slow claps de l'histoire du cinéma (au moins), lorsque le malingre Lucas se voit offrir un teddy par l'équipe de foot parce qu'il a du courage, tu sais (citez-moi un seul slow clap qui n'ait pas paru ridicule ?).

Assez symptomatique du charisme du film, la présence de Charlie Sheen passe relativement inaperçue, alors qu'il crève l'écran la même année dans La Folle Journée de Ferris Bueller. Lucas est pourtant le premier rôle important de Charlie Sheen, qui était alors largement dans l'ombre de son père et de son frère (qui avait explosé un an plus tôt dans Breakfast Club et St. Elmo's Fire). Sheen était en plein tournage de Lucas lorsqu'il a été contacté pour faire une scène dans La Folle Journée de Ferris Bueller de John Hughes, qui était en tournage pas très loin de là, dans l'Illinois.

Rétrospectivement, tout le monde se souvient de ce punk anonyme qui chauffe Jeanie Bueller (jouée par Jennifer Grey). Pourtant, c'est même pas un feat ; c'est une ambiance, une apparition. Mais c'est cette apparition que Brett Easton Ellis considère comme la révélation de Charlie Sheen, et non le rôle de Cappie, qui lui vaut pourtant 10 fois plus de temps à l'écran – et qui, de toute évidence est un vrai rôle de composition.

Lucas est ainsi surtout entré dans la postérité pour avoir procuré le tout premier rôle de beaucoup de stars plus ou moins importantes des décennies suivantes. A l'époque du tournage, Kerri Green était la star, forte du succès des Goonies, dans lequel elle était la cutie dont était amoureux Josh Brolin. Rétrospectivement, le film réunit surtout Corey Haim, dont la carrière était sur le point d'exploser, pensait-on, Charlie Sheen, donc, et la toute première apparition de Winona Ryder, âgée de 13 ans à peine.

Voir Lucas permet de comprendre l'émotion qu'a suscité la mort de Corey Haim, il y a un an, aux États-Unis. Âgé de 14 ans, prisonnier de lunettes beaucoup trop grandes, il y est l'incarnation de l'innocence de la jeunesse. Le connaître, c'est être incroyablement attendri par lui. En vrai, je crois que c'était un petit con fini hors champ, mais l'histoire n'est pas censée le savoir. Quelque part, Lucas a quelque chose du dealer d'American Beauty meets Le Petit Prince, ce type qui voit de la beauté dans les choses les plus banales et les plus sous-évaluées car « l'essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu'avec le cœur ». Lors de sa sortie, la catchline du film disait « il y a un peu de Lucas en chacun de nous », un peu sous forme d'un « wishful thinking » - on espère avoir tous un peu en nous cette sensibilité fragile qui n'est possible qu'à ce moment très bref entre l'enfance et l'accomplissement de la puberté. Lucas fonctionne comme un enfant, il en a encore l'apparence (Haim n'avait pas encore mué) ; mais il évolue parmi des juniors et des seniors, il a une maturité supérieure à ce que véhicule son apparence.

Bref, c'est un petit être candide qui essaie de s'endurcir. Il a le recul pour comprendre le fonctionnement des relations sociales, par sa position d'outsider. Mais il veut brûler les étapes – d'où son intention de faire partie de l'équipe de foot, un geste qui symbolise à l'extrême la façon dont ce gamin un peu geek veut forcer le destin et devenir adulte avant l'heure. Bref, un personnage singulier que ce Lucas, qui renferme en lui toute l'innocence de l'enfance sur le point de disparaître. Corey Haim était incroyablement juste et portait le film sur ses épaules, à tel point qu'on lui prédisait une carrière flamboyante, un peu à la manière de Lindsay Lohan, à la sortie de Lolita malgré moi. Suivant le même genre de trajectoire que LiLo, Haim s'est retrouvé prisonnier de son succès et des largesses qu'il lui a procuré, notamment en termes de toxicomanie. Quand il est mort d'overdose, il y a un an, il avait à son actif une carrière faite de rehabs et de suites direct to dvd des Lost Boys. A sa mort l'an dernier, le public se souvenait invariablement du « lost boy » ou de Lucas, en se demandant comment un gamin si mignon avait pu si mal tourner.

Au final, Lucas semble créer un formidable paradoxe cinématographique. Il était censé incarner le teen-movie proche de toi, le film sensible où tous les personnages sont bienveillants les uns vis-à-vis des autres. Manque de pot, le jeune garçon candide et profond (Corey Haim) est mort dans son vomi et dans sa fumée de crack, le jock sensible et beau gosse (Charlie Sheen) est devenu un « winner » (sic) en ménage à trois avec 2 stars du X, et la geekette timide et effacée (Winona Ryder) a détruit sa carrière dans un accès de cleptomanie dépressive. Life's a bitch, and then you die.

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