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Les Jeux de l'amour et de la guerre

Film de Arthur Hiller Comédie et guerre 1 h 55 min 27 octobre 1964

Pendant la guerre, le lieutenant Madison et ses amis ont pour talent de trouver tout et n'importe quoi, et donc d'aimer la bonne vie, sans jamais avoir combattu. Débarqué à Londres, l'officier américain tombe amoureux d'une veuve anglaise et se retrouve par hasard charger d'une dangereuse mission.

Quelques mois avant d'exploser dans la rôle de Mary Poppins, Julie Andrews tournait son premier rôle, celui d'Emily Barham, femme-chauffeur conduisant ces messieurs les officiers de l'état-major allié dans Londres, pendant le Blitz. Le soir où Charlie Madison (James Garner), officier américain au service d'un amiral, lui met la main au panier, elle le gifle au lieu de glousser, comme toutes ses idiotes de collègues. Il ne leur en faut pas plus pour entamer une histoire d'amour moderne, sur fond de guerre et de glorification des valeurs morales. D'autant plus que c'est Arthur Hiller qui l'a réalisé; oui, l'homme qui, quelques années plus tard, a fait le plus grand tabac sentimental du XXe siècle, Love Story. Là, vous vous dites: il y a un truc qui cloche. Une bluette, c'est ce que le film aurait pu donner s'il n'avait pas été écrit par Paddy Chayevsky, l'auteur des scénarios de Marty, d'Au-delà du Réel et surtout... de Network. A l'époque, le public français se serait moins méfié de ce film si ses diffuseurs idiots (pardon pour les pléonasmes) ne l'avaient pas affublé de ce titre bateau ; mais lorsqu'on sait que son titre original se traduit par "L'américanisation d'Emily", on a compris qu'il s'agit d'une satire. De fait, après un coup sur l'occiput, le brave amiral va décider que le premier mort du Débarquement en Normandie doit être un Marine, et que la chose doit être filmée, pour cause de relations publiques... Notre héros ira-t-il au casse-pipe pour obéir à son mimiral chéri et séduire la belle veuveuve de guerre? Mmh... Peut-être pas. Non seulement, ce film est une satire de la guerre en général et de l'armée en particulier, mais il va jusqu'à faire l'apologie de la lâcheté, employant des arguments plus qu'intelligents qui laissent rêveur. Car oui, comme disent les vrais artistes martiaux, la meilleure défense, ce n'est pas l'attaque, mais la fuite. Seuls les faux pacifistes peuvent ne pas le comprendre. Les musclors de bistrot et autres femmes de préfet seront outrés par de tels propos, n'en doutons pas. Ils rateront ainsi l'un des meilleurs réquisitoires jamais proférés contre l'ineptie de la guerre et de ceux qui croient qu'on ne peut jamais l'éviter. La scène du petit déjeuner chez la mère d'Emily est un chef-d'oeuvre de cruauté chirurgicale, où James Garner, parfait d'ambiguïté, gravite dans les hautes sphères de la morale individualiste, dernier parangon de la société occidentale. Plus loin dans le film, James Coburn éclate à son tour dans sa première grande scène hystérique, préfigurant l'escogriffe d'Il était une fois la révolution, voire son personnage de George Kaplan dans Hudson Hawk. Enfin, et pour couronner ce gâteau au goût unique en son genre, les amateurs de Blake Edwards (qui se demanderont tout du long si ce n'est pas lui qui l'a réalisé en secret) retrouveront la silhouette foutraque de Steve Franken, déjà complètement ivre trois ans avant The Party. Enfin, si vous préférez les factoïdes hollywooïdes, vous apercevrez Sharon Tate dans un salon... Et le tout forme un très grand film méconnu.

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