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L'Appel de la forêt

Film de William A. Wellman Action, aventure, drame 1 h 35 min 9 août 1935

Les aventures de Buck, chien de traîneau dans le Grand Nord, hanté par l'appel de la forêt et son désir de retourner à la vie sauvage.

Au fond, il est assez paradoxal de constater qu'une possible grande carrière ait été tuée dans l'œuf pour cause de refus d'avortement.

C'est pourtant parce que la très catholique Loretta Young a tenu a garder l'enfant qu'elle a conçu avec Clark Gable pendant le tournage de cet appel de la forêt qu'elle n'a pas eu la carrière qui lui était promise. Plus de 30 ans après ce film, les journaux à scandales de Los Angeles laissaient encore bruire la rumeur perfide d'une union charnelle entre les deux acteurs. Ce que notre mâle Gable ne confirmera jamais, d'autant qu'il était tenu par une clause de contrat lui demandant un comportement moral pendant ses années sous contrats avec la MGM. Et ce n'est pas parce qu'il fut "prêté" le temps de ce tournage avec Wellman à la Fox que cela changeait quoi que ce soit.

A sa décharge (hmm..),on peut dire que le beau Clark cherchait des sources de distractions pendant un tournage qui le cueillit à froid (c'est le moins qu'on puisse dire). Alors qu'il pensait s'embarquer pour une excursion sympa a base de ski avant de partir pour le soleil et l'aventure du bounty, il doit vite déchanter. Point de piste de ski, conditions de tournages dures et inhabituelles, et un réalisateur aux méthodes pourquoi pas brutales.

Car Wellman, s'il n'a pas encore tourné beaucoup des films qui feront sa légende, n'en est pas moins un réalisateur réputé, à l'influence réelle. Suffisamment, par exemple, pour décider d'adapter London en sortant des studios, ce qui constitue une petite révolution en ce milieu des années 30. Voilà donc l'équipe de tournage embarqué vers le nord (l'état de Washington), ce qui est nouveau et risqué pour l'époque. Tout en se vantant (et on peut presque le croire) de n'avoir jamais lu le livre qu'il porte à l'écran.

Pourtant l'attente est énorme: une enquête récente (en 1935, donc) affirme que l'appel de la forêt est un des romans les plus souhaités pour adaptation à l'écran, juste devant autant en emporte le vent !

Et quand Gable, déconfit par les conditions parfois difficiles de ce tournage qui débute dans un froid extrême, commence à arriver en trainant des pieds sur le plateau, en retard, Wellman n'hésite pas: il rejoint la star dans sa chambre et lui promet de lui casser sa belle gueule s'il ne devient pas coopératif et ponctuel. A contrecœur, Clark s'exécute... et se plonge dans les yeux énamourés de sa jolie partenaire. Le début de ma chronique en mode people vous a indiqué la suite des évènements.

Et le film, dans tout ça, me demanderez-vous, si vous êtes parvenu jusqu'ici ?

Si on ne retrouve pas tout l'univers Londonnien (et parfois pour des raisons très explicables, comme nous allons le voir), certains moments sont parfaits: la vie dans la ville champignon perdue au fond du Klondike, le compagnon, Shorty (Jack Oakie merveilleux) rencontré aussi du côté des nouvelles de Smoke Bellew, le chien Buck terriblement attachant, et quelques scènes d'extérieurs ébouriffantes où les acteurs oui, ont bien donné de leur personne ! Il y a en effet quelques plongeons dans les torrents sans doute glacés, quelques moments allongés sous plusieurs centimètres de neige pour le moins impressionnants.

Ce qui a été ôté de l'univers de London tient en divers coupes opérées au moment de la sortie du film, qui a perdu au moins un bon quart d'heure entre le montage original et la copie préservée aujourd'hui. Le code Hays est en pleine application au moment de la sortie du film, et des scènes mettant en scène Jack Thornton (Gable) et une prostituée (dont le nom l'actrice, Katherine DeMille, défile encore au générique final sans qu'elle n'apparaisse une seconde à l'écran !) en début de film, ont notamment disparu. Tout n'est pas perdu, le côté gentiment amoral de l'amour des deux personnages principaux subsiste, tout comme une certaine liberté de ton entre Thornton et Shorty. Quelques scènes sont savoureuses, quand nos héros se frottent aux résidus de civilisation qui tentent tant bien que mal de s'organiser dans ces contrées hostiles. Enfin, le film exsude de la complicité évidente entre Thorton et son bon gros chien Buck, complicité d'autant plus grande que Buck aussi, pendant le tournage, devient le géniteur d'une généreuse portée (à l'écran, en tout cas).

Si ce n'est pas un chef d'œuvre de Wellman, l'appel de la forêt, à l'instar des livres de l'auteur dont il s'inspire, est un film terriblement attachant à côté duquel il serait diablement dommage que vous passiez !

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