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La Vie d'un tatoué

Film de Seijun Suzuki Action, drame et gangster 1 h 27 min 13 novembre 1965

Deux frères en fuite pour avoir supprimé un patron de gang se dissimulent au sein d'une équipe d'ouvriers du bâtiment. Ils découvrent alors la vie misérable du prolétariat et l'emprise des yakuzas sur ce secteur.

Un autre Suzuki "sobre" qui peut facilement être mis en parallèle avec son Ninkyô eiga (film de yakuza en costumes) réalisé un an plus tôt : Les fleurs et les vagues. Dans La vie d'un tatoué, plus simple et direct, Suzuki équilibre habilement les codes du genre, la beauté dramatique réaliste du Ninkyô, et sa propre touche toute personnelle, ses belles envolées ironiques et graphiques.

Nous sommes en pleine vague de films de Yakuzas réalistes qui développent l'opposition entre le serment féodal en fin de règne et les émotions du tueur / parieur au sang froid qui émet quelques doutes sur ses pratiques et plonge dans la modernité d'avant-guerre. Seijun Suzuki réalise une sorte de western social et post féodal qui suit Kenji le yakuza et son jeune frère, assassin malgré lui, forcés de fuir Tokyo vers un port reculé afin de rejoindre la Mandchourie où tous les fieffés bandits les plus infâmes ont coutume d'échapper à la police. Les deux frères s'intègrent rapidement faisant ami-ami avec des miniers rigolards dirigés par un homme d'affaire motivé. Ils tombent vite sous le charme de la mère et la fille du patron, mais aussi du cadre idyllique, alors que la police, symbolisée par un inconnu avec des chaussures rouge pétantes, et un puissant clan Yakuza les recherchent.

Même si le scénario n'est pas sans de très minimes raccourcis faciles, l'équilibre dramatique est bien là. Seijun Suzuki parvient cette fois-ci à rester très carré et sérieux, voire romantique, dans la première partie, avec juste ce qu'il faut de petites touches d'ironie et de plans énergiques, tout en expérimentant à certains moments un montage syncopé, l'arrivée du train par exemple, tout à fait original et sans excès d'aucune sorte. Étonnant.

L'acteur principal méconnu, qui jouait un ninja dans Samurai spy, s'apparente à un bloc de granit loin du charisme d'un Jo Shishido ou d'un Akira Kobayashi, mais parvient encore une fois à dégager une sorte de magnétisme rassurant qui légitime parfaitement sa position de frère aîné et de leader naturel. Tiraillé entre les sentiments protecteurs qu'il éprouve pour son frère (innocent, artiste et amoureux d'une femme beaucoup plus âgée que lui, réminiscence de sa mère disparue), sa nouvelle "famille", et sa position de loup sans pitié, il s'efforce d'intégrer la vie de la bourgade sans faire de vague et s'attache petit à petit à une pléiade de seconds rôles très sympathiques, tout en cachant du mieux qu'il peut son identité, en particulier son énorme tatouage de loup blanc qui couvre tout son dos.

Avec la partie finale qui voit l'affrontement entre Kenji le guerrier et un clan entier de yakuzas, la mise en scène vire totalement à l'expérience Suzukienne avec un magnifique enchaînement de plans aux couleurs vives et aux cadrages impossibles typiques (la fameuse contre-plongée depuis le sol) qui sied parfaitement aux humeurs assassines libérées par le héros. C'est un peu comme le mélange du final du "Sabre du mal" avec les extravagances Suzukiennes en cadeau, un peu rapide certes mais succulent.

Pas au niveau des chefs d'oeuvre d'ambiance de Suzuki, Les fleurs et les vagues est pourtant un Ninkyô eiga solide, voire intense, qui creuse avec habileté ses personnages tourmentés et qu'il serait dommage d'esquiver.

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