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Histoire de sexe(s)

Film de Ovidie et Jack Tyler Expérimental 14 octobre 2009

Deux dîners, l'un entre hommes et l'autre entre femmes, où l'on disserte sur les relations entre couples et les pratiques sexuelles...

AVANT-PROPOS

Bon... C'est assez long, je ne m'excuserai pas d'avoir été le plus concis possible. Mais je me suis dit... Pour éviter une lecture trop poussive, j'ai parsemé, dans mon texte, des chansons de circonstance. Ce n'est pas de la très bonne musique mais je les trouve très intéressantes. Et puis, c'est une allusion franche aux musiques de films pornographiques qui n'existent que pour remplir le maquis silences entre les cris. Donc, premier titre : http://www.youtube.com/watch?v=vePX0YOs_u8 - et je te souhaite, qui que tu sois et puisque je m'offre à toi, une bonne lecture.

CONTEXTE

Pourquoi Ovidie décide-t-elle de faire ce film pornographique ?

Pour pouvoir répondre décemment à la question, il faut replacer ce film dans son contexte moral et historique. Autant dire que cela présage une critique longue, dure et douloureuse. En fait, pour répondre au pourquoi, il nous faut passer par une autre question qui est : comment Ovidie en est arrivée à cette forme de pornographie ?

Histoire(s) de sexe(s) est l'histoire avant tout d'une évolution de la pornographie, non en tant qu'évolution à venir et globale mais en tant que réaction à ce genre. Ayant eu une carrière dans la pornographie et tenant pour valeur sa liberté sexuelle et la disposition de son corps, Ovidie est devenue réalisatrice pour répondre, peu à peu, à plusieurs problématiques qui sont le fondement de la pornographie traditionnelle.

Qu'on me permette de commencer l'observation de ce contexte après les années 70 car je ne pense pas qu'il soit nécessaire de revenir à une époque où la pornographie était mal vue et extrêmement clandestine. Aujourd'hui, la pornographie est généralisée, librement en vente pour les consommateurs et même institutionnalisée au sein de grands groupes financiers côtés en bourse. En effet, certains capitalistes ont pris la libération sexuelle pour une opportunité mercantile qui perdure jusqu'à nos jours. Ou plutôt... Une libéralisation sexuelle. Quelques chiffres. Depuis l’avènement de l’Internet, l’industrie web pour adultes atteint 12% de tous les sites sur internet. 25 % des recherches sur un moteur de recherche sont reliées à la pornographie, ce qui constitue 70 millions de requêtes par jour, en moyenne, avec toutefois une hausse lors du repos dominical. Evidemment, il n'est pas étonnant que que le business du plaisir sexuel génère quelques 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires dans le monde dont près de 3 milliards pour les seuls Etats-Unis. Et encore, cela est sans compter ce qui relève de l'économie souterraine tant ce monde est opaque en raison de certaines activités mafieuses.

Si j'insiste sur l'économie colossale que représente la pornographie au sein d'un système régi par la propriété privée, la concurrence et la loi du profit maximal, c'est que celle-ci a, en partie, un impact sur les rapports humains, c'est-à-dire sur l'exploitation et sur les rapports hommes et femmes. L'économie n'explique pas toutes les réactions existantes au sein de la pornographie mais ont le mérite d'apporter un regard objectif. Ainsi, dans un mouvement de libération sexuelle, les auteurs-producteurs se sont faits forts d'instrumentaliser cette libération au travers de leurs films. José Bénazéraf, pour ne citer que le plus manifeste, faisait citer des tirades politiques à ses acteurs à l'encontre d'une bourgeoisie conservatrice (http://www.dailymotion.com/video/xxe0l_jose-benazeraf-dans-tracks_news). Sous prétexte libertaire, Bénazéraf, comme tant d'autres dans le monde, avait commencé une guerre morale mais aussi une guerre contre les femmes qu'il prétendait émanciper... en les objectivant ➊. Les fonds économiques patriarcaux sont, à mon sens, ce qu'il y a de plus objectif pour exprimer la nécessité pour le commerce pornographique de représenter les femmes en tant que seul objet de désir sexuel. Oh elle ne date pas des années 70 l'idée que les femmes doivent être désirables si elle veulent plaire. Il faut bien dire, avant que le marché du travail ne s'ouvre massivement aux femmes, c'est ce que le patriarcat avait de plus revendicatif : trouver chez lui une femme sage, docile et attirante... et si possible une bonne mère. (http://www.youtube.com/watch?v=1FQziZB7LvE) En revanche, en devenant active dans un contexte économique mondial en berne, les femmes ont du multiplier les rôles pour s'émanciper de ce patriarcat encore très acide. Quelle femme n'ai-je pas entendu se plaindre ou culpabiliser de tous ces rôles ? Entre les tâches domestiques inégalement réparties, les soins cosmétiques, du rouge à lèvre aux bas résilles en passant par le "ticket de métro", le rôle de mère et d'éducation des enfants, s'ajoute le rôle d'ouvrière. Il n'y a pas un seul de ces rôles sociaux où les femmes ne souffrent pas majoritairement de profondes inégalités. Et pour celles qui ne craquent pas, il y a cette représentation sexuelle des femmes au travers de la pornographie. Il n'est pas un adolescent de 15 ans qui n'ait vu déjà une femme réduite à l'état orificaire, autrement dit de trou mécanique, gluant, rasé. 80 % des garçons de 14-18 ans ont vu ou ont été exposés à la pornographie les douze derniers mois contre 45 % pour les filles de la même tranche. Dans la pornographie traditionnelle, ce sont les femmes qui suscitent le désir, ce sont vers elles que convergent (aouch !) les hordes de phallus affamés et programmés pour la performance (E.L.L.E. : endurant, largeur, longueur, éjaculation-systématique-sur-la-gueule), ce sont elles les stars qui sont filmées et qui sont les mieux payées. Ce sont elles qui sont photographiées, qui touchent des cachets (Aspégic 1g) pour être nues et être tringlées. Les hommes n'existent alors que pour deux fonctions : apporter les fonds de production pour le tournage (pour les héritiers) et apporter leurs dotations en nature pour les autres. Mais limiter la pornographie à la prostitution (qui est un lien majoritaire, qu'elle soit ou non consentie) ne suffit pas à répondre à toutes ces femmes qui se pensent libres en ayant davantage d'expériences sexuelles. Cela ne suffit surtout pas à répondre car, aujourd'hui, une masse considérable de films sont faits de manière narcissiques et dans l'amateurisme. La pornographie devient un de ces rites de passage à l'âge adulte et il n'est pas rare de filmer ses ébats à l'heure des nouvelles technologies portables et virtuelles. Encore une fois, c'est surtout les femmes qui sont à l'honneur, valorisée parce qu'elles donnent du plaisir, parce qu'elles se sont apprêtées pour le donner. Les hommes, sous cet angle, y sont un peu moins accessoires mais restent tendanciellement dans un rôle stéréotypé de domination - ce qui explique que ce sont eux qui s'occupent de l'image la plupart du temps.

Il est important de saisir le rapport des forces entre hommes et femmes pour ce qui va suivre en critique. Mais revenons à ce qui qualifie la pornographie traditionnelle pour comprendre le métrage d'Ovidie. Pour cela, il faut revenir du temps de la classification X et à la disparition des cinémas destinés à la pornographie et à l'érotisme. Par ailleurs, vous remarquerez que l'érotisme en tant que genre a complètement disparu des productions cinématographiques, soit il a été dilué dans d'autres genres, soit il est produit au travers d'indigentes productions pour la télévision. Cette transformation de la production artistique a engendré, selon moi, une forme de radicalisation de la pornographie. Du temps du cinéma X au milieu des bordels de Pigalle, les productions étaient contrôlables ainsi que l'âge des consommateurs-trices. Avec leur reconversion en peep-show et en sex shop, la pornographie me semble avoir pris un tournant décomplexé et privé, tuant toute notion artistique par la même occasion. C'est alors, au début des années 80 jusqu'au début des années 2000, que naissent les grands noms de la pornographie, devenus aujourd'hui de véritables holdings soumises à une concurrence comme n'importe quelle entreprise. C'est aussi à cette époque que se développe une spécialisation de la pornographie, commuée en une multitude de genres sous-culturels et mercantiles dont je fais grâce de ne pas citer, mais allant du plus sordide au plus soft, du plus animalier au plus pédophile et du plus rose au plus gothique. Et peu à peu, certaines pratiques sexuelles dégradantes trouvent un écho dans la société, d'abord masculine, et deviennent choses courantes dans toute scène pornographique : l'épilation intégrale, chirurgie plastique, jeunisme, fellation, sodomie, éjaculation faciale et autres positions dominantes destinées à l'explicitation des plans gynécologiques, des plans qui défient l'entendement du septième art avec leur durée et leur redondance. Si, un jour, le fist ou la double pénétration deviennent les preuves ostentatoires de la représentation de l'assouvissement du plaisir sexuel, et bien vous y passerez mesdames, et vous serez plus ou moins qualifiées au yeux de votre partenaire (ou même à vos propres yeux).

Il s'agit alors d'une multiplication de la violence sexiste et d'une prolifération de marchés économiques, plus ou moins cachés, qui voient le jour. Si les premiers touchés sont les plus vulnérables, c'est-à-dire les femmes, les hommes ne sont pas moins objetisés dans leur rôle de manche testostéroné et de performer macho. Mais ce ne sont pas eux qui jouissent de la violence physique ou verbale la plupart du temps (http://www.vevo.com/watch/robin-thicke/blurred-lines-unrated-version/USUV71300526). La vulgarité a pris aussi une place exponentielle au fil du temps, au travers des cris outranciers, de visages déformés - bouche agrandie ou ouverte en permanence - par la douleur de la jouissance, du consentement des actrices à être filmées dans des situations dégradantes, de la simulation de viol, au travers du snowball et autres excrétions, au travers de l'insulte humiliante, de pseudo-éjaculation féminine multiple et diverses pratiques aujourd'hui démocratisées (notamment par le biais d'un certain rap, même par dérision - http://boobaquote.tumblr.com/). Toujours dans cette vision phallocentrique, on trouve aussi des traces de racisme inhérentes à la pornographie traditionnelle, que cela soit au travers du genre interracial où des "petites" s'empalent systématiquement sur des baobabs, ou que cela soit au travers du tourisme sexuel (souvent asiatique pour l'heure).

Pour synthétiser, la pornographie traditionnelle, c'est : un rapport de soumission-passivité/domination systématique, l'absence d'un cadre affectif (sexualité purement récréative), l'absence de caresses ou sexualité orificaire, l'absence de dialogues (moi, mâle sait ce que veut femelle), la mécanisation de la sexualité comme l'absence totale de panne des corps ou l'envie insatiable jusqu'à l'éjaculation masculine qui marque la fin des ébats, l'orgasme systématique pour les actrices, l'absence de repos des corps après l'acte sexuel.

On assiste ainsi à un tableau de violences de la pornographie, avec des comportements préfabriqués virils et féminins, qui trouvent un large écho dans nos consommations échangistes. Aujourd'hui, je ne compte plus le nombre de femmes qui exigent d'avoir du muscles et du bien membré pour se dire satisfaite. Je ne compte plus non plus le nombre, largement plus important, de femmes qui affirment être affligées par certains comportements machistes dans la rue, et ce dès la naissance de leur poitrine.

Oui, cette pornographie est toute entière réactionnaire et elle répond à une logique marchande.

ANALYSE

Prenant conscience de ce tableau désastreux pour les rapports entre hommes et femmes, Prenant conscience aussi de l'irréalité des rapports sexuels infligés par le patriarcat, Certaines femmes (pour l'instant, ce sont des femmes) en sont venues à réfléchir, à réagir à l'aune des principes féministes, et en priorité pour lutter contre la maltraitance des corps féminins sur les lieux de tournage.

Est apparu logiquement le "porno féminin" ou "porno féministe" ou "pornographie alternative". Je réprouve ces dénominations pour plusieurs raisons mais laissons-les de côté pour enfin me concentrer sur Histoire de sexe(s).

Ovidie interviendra dans son film sur chacun des éléments que j'ai cité en synthèse ci-dessus. Ovidie est intéressante car, en tant que représentante (paradoxale certes) de l'alt-porn en France, elle a pu imposer l'utilisation de préservatif sur les tournages et le fait qu'elle ne pratiquerait pas la sodomie. Enfin, elle est intéressante pour sa vocation artistique post-rhabillage, c'est-à-dire après une carrière dans le hard.

Voguant sur sa notoriété, son journalisme, animée par la volonté de montrer une autre pornographie, Ovidie veut une pornographie hétérosexuelle qui ne soit pas le fruit des violences de la pornographie traditionnelle. Moi, je qualifie cette pornographie de "pornographie équitable".

Ainsi est né cette Histoire de sexe(s). http://www.youtube.com/watch?v=fhrYtTqUDkQ

Ce film raconte l'histoire de deux soirées qui se déroulent simultanément. D'un côté, des hommes, avec des profils et des caractères très différents. L'un est machiste, réactionnaire et passablement raciste (Seb - le personnage est le symbole du harder classique, voulu con, lourd et obsolète). Un autre (Franck) a une peau plus foncée, n'en a pas une grosse mais une tordue et voit une femme en secret. L'hôte (Jean-Philippe), cuisinier, est un homme plus introverti et sort avec une nana de 19 ans. Le dernier est échangiste (Bertrand). De l'autre côté, des femmes, avec des profils et des caractères très distincts aussi. L'hôtesse est une quadragénaire divorcée, adepte de l'échangisme, de l'union libre et des sextoy (Agathe). Une autre est une femme qui ne connaît pas son corps et dont le couple avec Franck ne se passe pas bien sur le plan sexuel (Sandrine). L'une est en couple avec Bertrand et pratique l'échangisme avec lui. La dernière a couché avec Franck et baise "sur le pouce" (Jennifer).

On assiste par conséquent à un véritable laboratoire avec vue sur la sexualité de chacune avec des problématiques propres à cette "pornographie équitable", à savoir :

Une violence plus mesurée, sans véhiculer un message irrespectueux envers les actrices. Une représentation de la sexualité intégrant les caresses et le repos après l'acte parce que la pornographie ne devrait pas se limiter aux seuls actes de pénétration (préliminaires, caresses, paroles échangées). Convaincre qu'une "pornographie équitable" et l'esthétisme ne sont pas incompatibles. La sensualité des corps ne doit pas se résumer à une succession de plans gynécologiques. Les acteurs doivent avoir des physiques plus communs que ceux des icônes habituelles du X.

L'objectif du film ne semble pas être à sens unique, ne pas être seulement à vocation masturbatoire et veut passer progressivement, au travers des cas soumis, de rapports pornographiques répréhensibles pour leurs violences à des rapports où l'égalité des partenaires est sensée être mis à l'honneur.

CRITIQUE http://www.youtube.com/watch?v=TeaToYHqOfE&feature=kp

Alors la vraie question, c'est : Ovidie y parvient-elle ? La moindre des choses que l'on peut penser à propos est que l'entreprise paraît salutaire, même si elle ne fait que répondre à une logique de marché, marginal certes. Produit par une chaîne de télévision du groupe Canal , Frenchlover TV, dédiée à l'éducation sexuelle, "Histoire de sexe(s)" regroupe une multitude de cas qu'il serait bien fastidieux d'examiner.

Le principal est d'observer que le film n'est pas un film à sens unique, qu'il est pluriel dans les expériences de chacun(e) et qu'il offre un éventail très varié de situations, de la plus détestable (ou grotesque) à la plus acceptable. Acceptable ? Ce n'est pas pour rien que ce film est recensé sur SC et pas un autre ; qu'il est hypocritement distingué comme étant un film d'auteur dont la vocation masturbatoire est... relative ➋. Et pourtant, à moitié du film, les scènes pornographiques sont situées dans un contexte et des comportements plus respectables, si bien qu'elles sont plus longues. Je me suis attaché (oh oui les menottes) à relever les points qui me gênaient des éléments que je trouvais comme "bons" à montrer. Alors j'ai fait deux colonnes Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j'ai découvert le score final ! : 26 éléments répréhensibles contre 21 éléments acceptables dans le cadre de cette pornographie pensée pour être une oeuvre où la sexualité s'approche de la réalité (donc susceptible d'être éducative). J'ai été surpris car, premièrement, je m'attendais à pire. Mais il n'empêche que le match est perdant.

Il est perdant pour plusieurs raisons. D'une part, Ovidie doit montrer des cas qu'elle juge elle-même violent pour montrer ce qui change dans sa manière de montrer la pornographie. D'autre part, il reste des éléments qui, moi personnellement, me gênent au plus haut point et qui surtout rappelleront mon insistance à propos de l'objectivation des corps féminins ➊. Les hommes doivent-ils impérativement restés dans un rôle de performeur à grosse bite ? Les femmes dans leur rôle d'allumeuse-suceuse-gueularde-qui-veut-bien-à-chaque-fois ?

Pour commencer, je suis obligé d'avouer que ma vocation féministe ne se destine pas à la liberté des femmes mais à leur égalité avec les hommes. C'est d'ailleurs ce qui vaut aux communistes d'être taxés d'antiféministe. Pour moi, le féminisme n'est la liberté des femmes, je le répète, c'est une lutte collective pour l'égalité. Et si je dois considérer la liberté des femmes pour leur émancipation, elle se situe dans ce cadre du chemin vers l'égalité.

Parce qu'au petit jeu de la liberté, l'ambivalence est totale. Tu es libre d'être Ovidie ou Laurence Parisot ou Frigide Barjot... A quoi ça rime de fonder sa pensée sur un mode biologique et/ou antipatriarcale ? Parce que tu es une femme, tu es plus légitime à savoir ce qu'est l'émancipation qu'il faudrait pour toutes, alors que rien n'empêche l'exploitation des femmes par d'autres femmes ? Parce que tu crois qu'aucune femme ne saura remplacer un rôle patriarcal s'il le faut ? C'est ridicule. Alors ce n'est pas parce qu'on s'habille court, que les moeurs sont libertaires que l'émancipation est opérante. Au contraire, ce type de vision est totalement compatible avec l'ordre établi et, surtout, elle reste à l'état individuel, réactionnaire, différentialiste, ou au mieux, elle reste marginale. L'égalité, à ce titre, est un chemin beaucoup plus difficile, et surtout moins sexuel, moins genrée, individualiste et libéral. Bref... Le féminisme dépend où l'on place les bornes de son idéologie, mais le féminisme n'a aucune idéologie propre à son courant. Ovidie fait parti d'une catégorie marginale et destinée à le demeurer. Elle vit comme tant d'autres, par sa mentalité, dans une sorte de ghetto du X, impuissante à réformer la pornographie traditionnelle, à faire évoluer le genre, seulement audible pour les avertis. C'est de l'ordre de la chimère, notamment sur le plan économique.

J'en reviens donc aux éléments qui m'ont gêné dans le visionnage. Dans "Histoire de sexe(s)", il y a neuf séquences de pornographie. Cinq d'entre elles sont davantage respectables que la moyenne sur le plan de la sexualité car les intentions et motivations des personnages sont souvent plus que l'acte sexuel lui-même. Mais de manière générale, j'ai observé qu'on ne sortait pas du carcan des femmes perçues comme unique objet de désir. Que ce soit elle qui invite par ses manières et ses dentelles sexy ou que ce soit l'homme qui la charme sur son physique, elle ne fait jamais l'amour que parce qu'elle se trouve désirable ou désirée dans le regard de son partenaire. L'inverse n'existe pas. Comment les rapports peuvent-ils être égaux sachant qu'Ovidie ne paraît pas du tout déterminée à percevoir autrement les rapports sexuels que par un dominant/dominé ? http://www.jukebox.fr/liza-monet/clip,my-best-plan,xsvkq5.html

En fait, le label Ovidie ne garantit pas davantage une meilleure représentation des femmes. Elle garantit juste qu'elles n'aient pas été maltraitées sur le tournage. Porno équitable, porno bio, porno d'AMAP - sans ajout de maquereaux artificiels. C'est non seulement insuffisant mais cette marche à suivre ne garantit pas une meilleure représentation de la sexualité non plus par voie de conséquence.

C'est pourquoi sans doute toutes ses actrices sont rasées, y compris la plus prude, et qu'elles sont maquillées. En tant que metteuse en scène, c'est ce genre de détail auquel on ne peut pas échapper... Mais en fait Ovidie est tellement obsédée par la liberté des femmes qu'elle est capable de laisser certaines pratiques de séduction se perpétuer... C'est pour ça que c'est important de le signifier de mon point de vue : dans son laboratoire féminin, rien n'empêchait qu'une des actrices ne soient pas maquillées - ou maquillée juste pour la lumière - pour montrer que l'auteur est consciente du problème.

J'observe aussi des différences sexistes dans les discours masculins et féminins. Les hommes sont vulgaires et sont portés sur le physique. Les femmes, de leur côté, versent dans l'affectif autant qu'elle continue de gueuler.

J'observe enfin qu'à aucun moment il est évoqué une quelconque situation professionnelle dans l'un des rôles, excepté qu'un type était ambulancier... mais sa femme est mannequin mains.

Deux scènes m'ont particulièrement marqué et c'est en cela que ce film s'approche le plus de mon avis. Dans une scène échangiste, un des partenaires masculins a une panne sexuelle. Je me dis : "bon point" ! Le pauvre homme, venu en couple, ne parvient pas à avoir une érection. Alors sa compagne essaie de lui en donner une... et tout ce qu'elle arrive à faire, c'est de le culpabiliser. Situation inacceptable pour moi. Elle me fait penser que, pour Ovidie, la sexualité ne peut pas s'exprimer autrement que par une érection, et pire j'ai été choqué par la culpabilisation comme moyen de régler les choses. Partant d'une bonne intention, la scène en devient désastreuse.

Dans une autre scène, une femme entre dans un sex-shop doté d'une salle pour films pornographiques (nostalgie ?). Jusque là, je me dis : "tout va bien". Sauf que, au bout de quelques minutes, elle finit par faire de large sourire à un type placé derrière elle. A noter que le personnage qualifie son récit de "peut-être glauque". Le rapport sexuel qui suivra est catastrophique dans la mesure elle se servira du type comme d'un sexe sur patte, jetable, dominé. J'ai immédiatement qualifié la scène de miroir du machisme. On appelle ça l'embrisme, un mot bizarrement méconnu.

Dans chaque scène, il y a du pour et du contre, mais avec un contre qui vient ternir tout le travail de réflexion. Ovidie qualifiera, elle, de son côté, comme étant une libre disposition du corps chez ses personnages.

Par conséquent, l'auteur ne crée pas avec ce film un entre-deux pertinent. Expérimental ? Non, il s'agit bien de la même indigence à laquelle nous sommes habitués. Hormis quelques éléments qui diffèrent comme des physiques un peu plus proche de la réalité, la presque absence des plans gynécologiques et la présence de dialogues avec l'autre (excellente scène de la sodomie inachevée) - des éléments essentiels et bien amenés, il reste un goût de dépit, un goût de sperme sur le coin de la gueule qui ne se départ pas d'une vision moins violente de la pornographie. Au contraire, les femmes, même dans une sexualité active, sont toujours sous le coup de la domination masculine. Je veux bien qu'on se dise féministe libertaire mais que soit réglée cette problématique avant tout, c'est un point capital.

Je vous conseille quelques films suite à cette lecture : "Des monstres et des hommes" de Balabanov, "Le pornographe" de Bonnello, "Amateur" de Hartley, "The Full Monty" de Daldry, "8mm" de Schumacher ou encore "Inside Deep Throat" qui raconte le calvaire de Linda Lovelace. C'était un peu long pour moi mais c'était essentiel de parvenir à une nuance car ce film, malgré tous ses défauts, je le recommande comme preuve et pièce à conviction : ce n'est pas parce qu'une femme a conscience et respecte ces actrices que sa vision pornographique n'est pas réactionnaire. Au contraire, l'auteur libertaire me paraît très conformiste, en dehors d'avoir fourni un vrai travail de réflexion. Oui, c'est ce qu'il nous reste : une réflexion dont il était nécessaire qu'elle existe. Qu'elle s'exécute, ce serait un progrès ! Alors quoi ? Je demande pas du réalisme mais juste un peu plus de justice, et que cette justice souhaite investir les hommes en tant qu'objet séduisant en soi, sans que ce ne soit forcément connoté gay. Allez lire le Nouvel Observateur Hors série de janvier 2014, intitulé "L'érotisme dans l'art" et vous verrez que l'égalité face au désir et à la nudité est très loin d'être une réalité.

"Jag känner faktiskt att jag är bättre kompis med min fitta nu" : http://vimeo.com/59658050

NOTES

➊ L’objectivation sexuelle des femmes : un puissant outil du patriarcat : http://antisexisme.net/2013/08/13/objectivation-1-2/

➋ J'ai copié-collé dans les commentaires l'intégralité de l'échange que j'ai eu à ce propos avec l'équipe SC. Je l'ai trouvé révélateur du flou autour de la notion de pornographie (alors que cela n'a pas lieu d'être) mais aussi sur la différenciation de ce film sur tout autre film pornographique.

Depuis 2009, Ovidie a fait ses armes. Et sa réflexion selon toute vraisemblance. Puisqu'en 2015, elle affirme que le porno féministe n'existe pas ; que le porno est forcément la construction d'un ordre patriarcal qui instille aux femmes et aux jeune filles qu'elles aiment être soumises et souffrir.

http://sexes.blogs.liberation.fr/2015/08/12/le-porno-feministe-nexiste-pas/

En voie de conséquence, la note passe de 4 ... à 7 ! C'est une première !

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