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Retour à la vie

Film de André Cayatte, Henri-Georges Clouzot, Georges Lampin... Sketches, drame et comédie 1 h 52 min 14 septembre 1949

Cinq sketches étudiant le retour à la vie normale des prisonniers de guerre et des déportés.

Cinq sketchs ayant pour thème commun le retour à une vie normale, aussi normale que puisse être leur vie après cela, de cinq anciens prisonniers français des camps nazis. Cinq sketchs qui peuvent être cruels, sombres, émouvants, caustiques, parfois même légers...

Le Retour de Tante Emma : D'habitude je suis très loin de porter dans mon estime le cinéma d'André Cayatte, que je trouve trop lourdement didactique et manichéen, mais là il fait très bien le boulot. L'histoire est celle d'une rescapée de Dachau, épuisée totalement physiquement et moralement (et on la comprend !), qui va devoir faire face à une autre épreuve lors de son retour dans sa famille : la cupidité de cette dernière. L'écriture de l'histoire est intelligente car elle ne charge pas inutilement les personnages ; ces derniers étant bien attentionnés mais ne pouvant s'empêcher de faire ressortir leur vénalité lorsqu'une question d'héritage est en jeu. Leur attitude est détestable mais tellement "humaine" qu'on les méprise sans vraiment les haïr. L'interprétation, en particulier celle de Bernard Blier, est excellente.

Le Retour d'Antoine : Comme dans ton bon film à sketchs qui se respecte, il faut au moins un raté. Ne cherchez pas plus loin, c'est celui-ci. L'histoire : un prisonnier de guerre fraîchement libéré se retrouve barman de nuit dans un hôtel réquisitionné pour un groupe de femmes militaires américaines. On pouvait s'attendre à quelque chose de piquant ici. Ce n'est pas le cas, on a juste le droit à un ensemble bien-pensant, sans audace, insignifiant pour ne pas dire niais.

Le Retour de Jean : Ah un sketch réalisé par un géant du cinéma : Henri-Georges Clouzot... On s'attend donc avec ce cinéaste, surtout que le thème s'y prête à merveille, à quelque chose de fort et de décapant. On ne va pas être déçu. Le réalisateur, injustement accusé d'avoir été collabo, ne manque pas de profiter de cette occasion pour régler ses comptes avec la France bien-pensante dans la première moitié de l'histoire. Rien que la séquence où un vieillard qui se dit bon pied, bon œil avec le "Maréchal" tout en montrant un portrait de de Gaulle vaut son pesant d'or. Mais c'est surtout dans la seconde moitié que le sketch est le plus remarquable en développant un discours très intelligent et pertinent sur "la banalité du mal", et puis surtout sur la "banalité" de ceux qui peuvent le faire. Si la grande réussite de cette partie de l'ensemble du film (la plus réussie de l'ensemble d'ailleurs !) doit beaucoup à l'immense talent de son réalisateur, il est incontestable qu'elle doit aussi énormément à l'interprétation du géant Louis Jouvet, impérial en ancien prisonnier qui veut comprendre.

Le Retour de René : Un sketch ici assez léger, ce qui ne l'empêche pas de se montrer très caustique au début en se moquant des officiels, qui n'ont pas peur du ridicule, ou du comité d'épuration, qui s'apprête à juger des femmes de ménage ayant juste eu le tort de faire leur travail à la Kommandantur. L'histoire est celle d'un ancien prisonnier, artiste de cirque dans le civil, qui va avoir les mauvaises surprises d'apprendre que sa femme l'a quitté et que son appartement est occupé par une veuve et ses enfants. Ça se laisse regarder sans déplaisir, en grande partie grâce à l'attachant Noël-Noël dans le rôle principal.

Le Retour de Louis : Un ancien prisonnier de guerre revient dans son village accompagné d'une épouse...allemande. Inutile de préciser que la haine, certes dans un certain sens compréhensible, mais entièrement ici injuste, des habitants, qui ont tendance à trop assimiler "allemand" à "nazi", va tenir un rôle important dans l'histoire. Grâce à une écriture subtile et à une distribution parfaite, ce sketch est particulièrement puissant.

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