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Les Souliers de Saint-Pierre

Film de Michael Anderson Drame 2 h 42 min 14 novembre 1968

Libéré des camps sibériens dans lesquels il a passé vingt ans, un prêtre russe, manipulé par le Parti, gravit les échelons de la hierarchie catholique jusqu'à la papauté...

Michael Anderson entreprend avec ce film la tache bien difficile de remettre l'église sur des rails qu'elle a depuis longtemps quitté. Belle ambition. De bons moyens aussi. D'abord il évite de titiller la susceptibilité des chrétiens fidèles, qui seront même parfois aux anges en goûtant comme moi au plaisir de découvrir les somptueux et merveilleux salons du quartier de St Pierre de Rome. Et même si on réalise bien que l'on flirte parfois dangereusement avec le documentaire à la Stéphane Bern, les décors réels prestigieux et les ambiances qui se succèdent sont magnifiés au point que j'ai goûté ces visites avec grand plaisir. Mis à part le régisseur de l'Elysée qui s'en trouverait certainement tout penaud et minable, Anderson fait très attention à ne heurter personne, du coup tout le monde est très gentil dans le quartier du Vatican, et le restera même même au cœur des confrontations d'idées au sommet de la hiérarchie. Les « idées nouvelles » pouvant pourtant mener à l'éviction et à la censure des récalcitrants ce qui nous est subtilement montré ici et j'y vois l'un des gros points fort du film. Anderson est un aussi un homme de goût - c'est bien lui qui nous réalisera quelque années plus tard l'Age de cristal ce must SF - et pour le rôle phare, son choix s'est donc tout naturellement porté sur Antony Quinn pour incarner le pape emblématique du roman de Morris West. Dans un contexte de guerre glacée entre la Chine et l'URSS, le film va donc nous montrer l’ascension et l'intronisation d'un pape super sympa en nous détaillant son processus de désignation ainsi que les conclaves préalables. On l'aime d'emblée ce type ayant connu le goulag et sa souffrance. Lui seul parmi la clique des cardinaux en place est en mesure d'apprécier à sa juste valeur et même de tisser des liens d'amitié très fort avec le Père Telemond, ce curé naturellement désigné comme vilain canard du quartier, lui qui véhicule à qui veut l'entendre, ou le lire, ses idées politico-scientifico-religieuses douteuses, voire hérétiques (les dialogues entre les 2 hommes constituent une autre pierre angulaire du film). L'empathie qu'il provoque est forte lorsqu'on le voit par exemple gentiment discuter le bout de gras avec un dirigeant en chef chinois très pressé d'en découdre avec les Russes (les solutions capitalistes n'ayant pas encore été découvertes par la Chine au moment de la sortie du film). Ce pape fictif suscite aussi l'admiration lorsqu'on le voit réussir à calmer le jeu entre ce chinois un peu nerveux et les costumés cravatés gris du Kremlin. De plus que, comme d'habitude, l'acteur est au top ; et je me demande bien encore qui aurait pu mieux incarner ce pape Ciril ? Cette fresque romanesque est certes un peu naïve et simpliste sur les bords, elle contient aussi quelques scènes inutiles ou ridicules comme la longue attente de la petite fumée blanche, mais l'essentiel, comme la beauté du discours d'intronisation du pape Ciril, durant lequel il décide de sacrifier tous les biens de l'église pour soulager la misère des peuples affamés, en rappelant qu'un chrétien n'est rien sans la charité et le partage dans l'instant présent (d'autant que ce pape bien couillu garantie l’intangibilité de sa décision) fait preuve d'un engagement bien trop rare dans le cinéma dont je ne suis pas encore lassé. 7 1 pour le discours. L'église ne fit me semble t-il jamais grand bruit de ce beau discours, pas plus que du reste du film. Modestement, elle se contentera d'élire quelques années plus tard un pape non italien pour la 1ère fois depuis plus de 400 ans (JP2) comme cela est suggéré par le film. Très modestement et fraternellement comme dirait l'autre ; trop modestement voire lâchement dirais-je...

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