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Les 4 Fantastiques

Film de Josh Trank Action, fantastique et science-fiction 1 h 40 min 7 août 2015

Quatre jeunes se retrouvent avec de nouvelles capacités physiques. Ils vont devoir apprendre à les maîtriser et unir leurs forces pour sauver la Terre.

Comme vous le savez sûrement si vous suivez régulièrement mon activité (sait-on jamais...), il m'arrive parfois de jouer le rôle de l'avocat (plus ou moins qualifié) des causes perdues en défendant des œuvres soit injustement mal-aimées, soit considérées à tort pour ce qu'elle ne sont pas. Que ce soit pour Du Sang et des Larmes, Jurassic World ou encore Noé, je me convainc toujours, dans mon grand optimisme, que ces films ne peuvent être aussi mauvais et inintéressants que certains veulent nous le faire croire. Alors lorsque le reboot des 4 Fantastiques se pète les chicos sur le mur des notes et avis de Sens Critique ainsi qu'à peu près tous ceux du reste du monde, cela paraît inévitable que je vais vouloir défendre ce film et surtout son jeune réalisateur. Non pas par pur hypsterisme mais simplement parce qu'ils le méritent.

Les 4 Fantastiques est un tel cas d'école dans la dualité entre l'industrie hollywoodienne et la vision d'un auteur que l'analyser dans sa totalité reviendrait à en faire une thèse sur la difficulté pour un jeune metteur en scène de s'imposer dans ce milieu. Là où un Christopher Nolan dispose d'une importante liberté artistique compte tenu de son influence et de ce qu'il rapporte à Warner, Josh Trank, lui, n'a comme bagage que Chronicle, succès relatif mais surprise de 2012 au budget léger de 12 000 000 $. Une somme qui lui avait permis de réaliser son film en marge d'Hollywood avant que la Fox n'accepte de le distribuer. Ici, le contexte est tout autre, Josh Trank n'est plus qu'un employé du studio engagé pour relancer une saga avant d'en perdre les droits. Sa place au sein du projet rappelle ainsi celle de David Fincher sur Alien 3, avec une finalité de production tristement similaire. Après un tournage désastreux et une post-production qui le fut tout autant, le jeune réalisateur s'est tout simplement barré du projet, laissant le soin à Simon Kinberg, le producteur du film, de tourner de nouvelles scènes à sa guise (dont le pire climax de tout le temps), détruisant la vision de Josh Trank de cette équipe de super-héros. Les différents trailers laissaient déjà entendre les conflits entre l'auteur et le studio avec une promotion tantôt jouant la carte du mystère, tantôt celle de la cool attitude (ils avaient tout capté les gogoles de la Fox...). La comparaison entre les vidéos promotionnelles et le film est encore plus probante quant à cette catastrophe artistique et industrielle puisqu'un tiers des plans (à peu près, on va pas chipoter) présents dans les premières bandes annonces ne le sont plus dans le film fini.

Le cul entre deux chaises, le long-métrage l'est autant que sa promotion hasardeuse.

Et c'est d'autant plus frustrant face à la qualité de la première heure. D'une grande efficacité, cette première partie fait office d'introduction pour tout les personnages du film. Après quelques minutes puisant dans le cinéma de divertissement des années 80-90 (Spielberg et ses copains) et marqué par un classicisme naïf presque touchant, Josh Trank déploie ses thématiques propres à l'origine du succès et de la singularité de Chronicle. Pour cela, le jeune metteur en scène choisit de surprendre son spectateur en lui contant des origines de nos super-héros totalement différentes de celles qu'on leur connaissait déjà. Un choix qui fait forcément gueuler les gros fanboys (gogoles aussi) mais qui permet à Trank de se retrouver en terrain connu et d'infuser dans son récit sa patte personnelle. Fini donc le voyage dans l'espace et place au voyage trans-dimensionnel, symbolisant pour nos protagonistes le passage à l'âge adulte, l'entrée dans une toute nouvelle dimension impliquant une brutale prise de responsabilité (ici symbolisé par ces nouveaux pouvoirs). Nécessite alors le besoin d'avoir de jeunes adultes comme personnages principaux, fragilisant la cohérence d'un récit qui va savoir rebondir très rapidement en se focalisant essentiellement sur les caractères de ses personnages.

Parce que Les 4 Fantastiques est un blockbuster à 125 000 000 $, il est impossible de trop s'étendre sur la complexité des personnages au risque de tomber dans la surenchère d'éléments factices empêchant au spectateur de bien cerner les protagonistes Par conséquent, au cours de la première demi-heure, chaque membre du quatuor est caractérisé par une situation symbolisant sa mentalité. Le procédé est simple, certains parleront de cliché, mais très efficient, d'autant plus qu'il est emmené par des acteurs très convaincants dans leur rôle.

Après cette présentation, Josh Trank peut enfin passer à ce qui l'intéressait depuis le début du projet : la transformation de ses personnages. Fortement inspiré par l'oeuvre de David Cronenberg, le film quitte le divertissement familial le temps d'une dizaine de minutes éprouvantes et extraordinaires compte tenu de la pression de la Fox ou Reed, Johnny, Ben et Victor vont subir les foudres d'une planète bien décidée à repousser l'envahisseur dans ses propres contrées et à pourrir là-bas. Josh Trank filme alors la peur dans le regard de ses personnages, bien aidé par une bande originale en adéquation parfaite avec le ton du film (mais dont les sonorités de Philip Glass sont bien trop étouffées) avant de se focaliser sur l'horreur de ses nouvelles mutations. Bien loin d'être considérées comme une bénédiction, ces dernières s'apparentent à des monstruosités, sujet de souffrance pour la quasi-totalité des victimes de cette substance vert vomi (pour rappel dans la bande annonce, la lave condamnant nos personnages étaient d'un rouge agressif et non d'un vert rave party, merci la Fox) que Josh Trank parvient parfaitement à capter notamment par des inserts très organiques, par exemple dans la déformation des muscles de Reed Richards.

Mais alors qu'on tenait pour l'instant l'un des meilleurs films de super-héros de ces dernières années, la Fox nous ramène brusquement à la réalité avec la dernière demi-heure, sorte de condensé au montage dégueulasse sautant toutes les étapes nécessaires à la création d'une équipe de super-héros. Comme si réaliser un film de super-héros sans aucune scène d'action relevait d'un blasphème et d'une faute artistique, la Fox décide de rectifier le tir en amenant le plus vite possible son climax, crachant à la gueule du travail de Josh Trank pour tenter d'humaniser ses personnages et d'apporter ses obsessions à l'oeuvre. Le détachement de l'oeuvre original n'a alors plus aucun sens puisqu'il ne se justifie que pour un final sans âme et terriblement incohérent avec ses personnages, notamment dans le traitement de Fatalis, carcasse totalement vide qui boude ses relations avec le quatuor principal pour faire sauter sa propre planète (comme ça, pour passer le temps...). De la dramaturgie instaurée par l'apparition de ces mutations il ne reste rien, à part le drame de voir un énorme potentiel gâché.

Si le terme de "désastre industriel" s'applique tristement bien au 4 Fantastiques, c'est bien pour le goût d'inachevé qu'il laisse en bouche. Un désastre tenant son origine de la diminution brutale de qualité de cette introduction ambitieuse et risquée. On ne peut se prendre qu'à rêver d'imaginer une version longue avec les prises initiales de Josh Trank tant le garçon maîtrisait parfaitement son sujet dans la première partie du film. Une fois n'est pas coutume, la Fox a massacré une oeuvre morte-née, tuée avant l'heure par une belle grosse communauté de haters. De quoi avoir la rage...

PS : pour ceux que ça intéresse, la lettre ouverte de Josh Trank traduit dans un français plus ou moins correct ici : http://pix-geeks.com/fant4stiques-josh-trank-fox/

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