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La Traversée de Paris

Film de Claude Autant-Lara Comédie 1 h 20 min 26 octobre 1956

Sous l'Occupation, Martin, brave homme au chômage, doit convoyer à l'autre bout de Paris quatre valises pleines de porc. Son acolyte habituel ayant été arrêté, il fait appel à un inconnu, Grandgil. Mais celui-ci se révèle vite incontrôlable et le trajet périlleux.

La traversée de Paris est une tromperie, un film-piège. La présence au générique de trois monstres sacrés des comédies, Jean Gabin (Grandgil), Bourvil (Marcel Martin) et Louis de Funès ; qui avec l’épicier Jambier inaugure ce qui sera son rôle, le petit patron irascible et grimacier ; le contexte de l’Occupation et les réminiscences de l’extraordinaire scène du chantage ; Grandgil beuglant dans l’épicerie de sa voix de stentor « Monsieur Jambier, 45 rue Poliveau, pour moi, ce sera 1.000 F… Monsieur Jambier, 45 rue Poliveau, maintenant c'est 2.000 F… Je voulais dire 3.000. » ; tout nous nous invite à imaginer un préquel de La grande vadrouille. Il n’en est rien. Si les dialogues de Jean Aurenche et Pierre Bost sont parfaits et les images magnifiques, l’ironie initiale du texte de Marcel Aymé est portée à incandescence par le cynisme d’Autant-Lara.

Le film s’ouvre sur une file de ménagères excédées par l’annonce que la boutique, devant laquelle elles campaient, est vide. Or, la caméra nous conduit dans la cave regorgeant de victuailles : l’épicier trafique. Autant il est aisé de voler des Parisiens faméliques et de s’approvisionner à la campagne, autant la difficulté est de se faire livrer, en évitant les innombrables contrôles, dans une métropole privée de voiture. Jambier introduit des cochons sur pieds, qu’il abat à domicile. Un boucher attend les cent kilos de viande fraîche.

Par un concours de circonstances, Martin choisit Grandgil, qu’il croit peintre en bâtiment affamé, pour l’aider à convoyer, à pied, les quatre lourdes valises à l’autre extrémité de Paris. Ce dernier se révèlera indocile, imprévisible, mais plein de ressources. La balade est l’occasion d’une plongée dans la ville assoupie. La comédie à tôt fait de virer à la dénonciation au vitriol de la vilénie des cafetiers, clients, passants, agents de police, concierges et bouchers. Seules deux personnalités émergent de cet océan de veulerie, le major allemand, soumis à sa hiérarchie et à la Gestapo, et Grandgil. Ce dernier, artiste peintre renommé et germanophone à l’insubmersible assurance, a saisi l’occasion de cette virée pour jouer avec le feu, tester ses propres limites. Il apparaît, qu’à ce jeu, un grand bourgeois risque peu. « Salauds de pauvres ! ».

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