Download in HD

Le Bal de l'horreur

Film de Paul Lynch Épouvante-Horreur 1 h 32 min 18 juillet 1980

Une petite fille meurt accidentellement des conséquences d'un jeu organisé par des jeunes, qui décident de ne jamais révéler la vérité. Mais une ombre les a vus et décide de se venger dix ans plus tard, à l'occasion d'un bal de fin d'année, des gamins devenus adultes.

En 1978, ‘’Halloween’’ de John Carpenter a un impact incroyable sur la production horrifique. Le genre était alors assez peu rependu, dans les années 60/70 aux États-Unis sueles quelques studios indépendants proposants des œuvres. Cheap et peu diffusées au-delà du cercle des connoisseurs. L’Horreur venait alors principalement d’Angleterre, avec les films de la Hammer. Suite à ‘’Halloween’’ le genre connaît un boom qui inonde les eighties d’oeuvres horrifiques en tout genre. Le sous-genre le plus populaire est alors le Slasher. Un principe simple : un tueur lâché dans la nature, masqué ou non, selon les films, prend en chasse des adolescents, même si le curseur est variable, allant de mineurs à jeunes adultes. C’est selon. Ces derniers sont généralement plus intéressés par le sexe et la drogue, que de penser à faire une carrière et fonder une famille. Il y a dans la représentation des jeunes adultes de cette époque, une volonté de montrer l’héritage libertaire des années 1970, et dresser un constat d’échec du Flower Power, par l’émergence d’une particularité tout américaine : le sérial killer. Dès les massacres perpétrés par les moutons de Charles Manson, il se passe aux États-Unis ce phénomène morbide qui se répand durant les années 1970 et 1980. À la fin des années 1970, le pays est essoré par des années de Crise. Les gouvernements présents à Washington semblent avoir perdu tout contrôle, la population n’a plus confiance en ces représentants, et c’est à ce moment-là que la société connaît une vraie radicalisation avec l’émergence d’un nouveau réveil religieux. L’élection de Ronald Reagan en 1980 est l’un des stigmates de cette période. Illustrée par une volonté du retour vers une grande Amérique à l’ancienne, avec ses valeurs et sa tradition. Au même moment, les enfants du baby-boom arrivent à l’âge adulte. Dont beaucoup ont grandi dans l’héritage de la révolution des mœurs à la fin des années 1960 à travers leurs parents. Simultanément à tout ça, l’existence d’un nouveau type de criminel éclate à la face du pays. Le meurtrier en série devient une réalité, en engendre la paranoïa. Le plus célèbre de cette période est Ted Bundy, arrêté en 1978, qui est un homme socialement intégré, militant Républicain, marié, bien sous tous rapport. Il tuait principalement des jeunes femmes. Ceci coïncide avec la naissance du Slasher, dans lesquels le croque mitaine est désormais le voisin. Ce n’est plus le vampire, le zombie ou le loup-garou, c’est une personne lambda, charmante, n’importe qui en somme. En 1980 lorsque sort ‘’Friday the 13th’’, c’est un succès inattendu, qui marque durablement le genre, influençant durablement la production par un nombre de rip off incroyable, aux qualités variables. La même année un autre Slasher fait son chemin vers les écrans de cinéma, ‘’Prom Night’’ : jeu de massacre lors du bal de promotion, passage initiatique des jeunes américains. Bien entendu les ados libidineux et drogués à la marijuana sont ceux qui passent à trépas en premiers. Ils incarnent une vision biaisée de la jeunesse américaine, qu’une âme vengeresse (un tueur masqué), vient corriger. Souvent présenté comme un genre réac’, traduisant un retour fondamental aux valeurs, comme ce le fût durant les Fifties. Le Slasher punis ceux qui s’écartent du destin commun de l’American way of life. Dans ‘’Prom Night’’, tout commence dans une école désaffectée, où des chiards d'une dizaine d'années font une partie de cache-cache. Voulant effrayer une petite qui s’est égarée dans le bâtiment, ils l’acculent à une fenêtre, de laquelle elle tombe. S’écrasant en contre-bas, elle meurt sur le coup. Les enfants se promettent alors de ne jamais révéler ça à quiconque. Quelques années plus tard les mioches ont grandis, ce sont des ados en fin de lycée, prêts pour leur grande soirée, tel un rite initiatique, comme un échelon vers une vie adulte bien rangée. Sauf que le soir du bal, un tueur rôde autour de la fête, tuant un à un les responsables de la mort de la petite fille, ainsi que d’autres victimes collatérales qui passent sur son chemin. C’est ainsi une histoire de vengeance qui se met en place. Le tueur se faisant la main vengeresse d’une société incapable de protéger une petite fille, face à des branleurs pourri-gâtés qui se croyant tout permis, et qui ne respectent rien. Reflet négatif supplémentaire d’une génération d’adolescents qui semble destinés à peu de choses. Il est évident possible de faire une lecture réac de ‘’Prom Night’’. Comme tout bon Slasher qui se respecte, le moindre personnage vu un joint au bec, est assuré de finir trucidé de manière imaginative par un tueur qui ne lésine pas sur les moyens spectaculaires. Il en va de même pour les ados qui s’adonnent au sexe hors mariage. Hop, à la machette. Cependant, cette lecture ‘’réac’ ‘’ peu dans certains cas s’avérée un peu abusive. D’une parce que le moral final ne va absolument pas dans ce sens, et pénalise le tueur responsable du massacre, qui est au final une personne malade, aliéné par une société prônant de plus en plus un individualisme forcené, broyant sans vergogne les plus faibles. Il est ainsi dispensable de voir ‘’Prom Night’’ comme autre chose qu’une œuvre horrifique, gore, destiné à un public adolescent. Proposant un contenu plus adulte, dans la logique de l’âge ingrat qui les touches. Passer l’adolescence n’est pas une période facile. L’adolescent est encore traité comme un enfant, mais il lui est demandé d’agir comme un adulte. De quoi devenir schizophrène. Un point développé par le film de Paul Lynche, qui reflète le passage de l’innocence à la dureté d’un monde violent, glauque, où rôde mille et un dangers. Parfois juste derrière la porte du voisin. ‘’Prom Night’’ est un contenu mature qui ne prend pas ses ados de spectateur, clairement la cible visée, pour des neuneus. Au contraire, le fait que le film soit très sanglant, violent, et même viscérale, est une gageure prédisposé pour le public auquel il s’adresse. En même temps le récit offre un parcours initiatique du personnage principal interprétée par Jamie Lee Curtis. Laquelle grandi à travers les épreuves traversées. ‘’Prom Night’’ est aujourd’hui un moyen d’avoir une petite lucarne sur la société américaine du début des années 1980. Lors du bal, la musique qui passe est du Disco. Un détail, mais qui permet de remettre le film dans son époque, et se rendre témoin de mœurs musicaux de l’époque. Dans l’ensemble les ados se tiennent bien, seules quelques-uns sont violents, alcoolisés, un comportement qu’ils payent bien entendu de leurs vies. Le message délivré par ce métrage est l’idée de prendre ce qui vient, comme ça vient, et d’essayer de s’en sortir sans trop de casse. Ne surtout pas se renier, mais s’accepter, pour changer et évoluer, de manière à devenir un adulte accompli. Au final cette œuvre prend ses spectatreurs/rices pour des personnes responsables. Se permettant de montrer l’adolescence non pas comme une transition naturelle, mais un simple passage de l’enfant à l’adulte. Point. Ainsi, des passages initiatiques comme le bal de promo, une coutume répandue dans les écoles américaines, devient la symbolique du passage à l’âge adulte. Bon bien sûr ce passage s’exprime dans le film de manière brutale, puisqu’il y a beaucoup de morts, bien graphiques. Des innocents se font découper, tout comme leurs congénères ingrats, qui reflètent les dérives d’une société qui vire vers l’obsession de soi. Où e regarder et se montrer devient une manière d’exister. Dans le Slasher ce type de superficialité est en général récompensé par un coup de machette dans la face. En revanche, les personnages entiers, qui ne se mentent pas, et essayant tant bien que mal une période houleuse de la vie, sont en général ceux qui finissent le film. Jamie Lee Curtis, déjà présente dans ‘’Halloween’’, et dans ‘’Terror Train’’, également en 1980, participe à la codification d’une convention : la Scream Queen. Aussi appelée, plus impopulairement ‘’Final Girl’’. Soit un personnage féminin fort, qui déjoue les plans du tueur, pour finir par l’éliminer. Une codification qui évolue très peu d’un Slasher à l’autre. L’une des raisons pour laquelle ce genre va s’essouffler en moins d’une décennie, car c’est sans arrêt le même schéma qui est proposé. ‘’Prom Night’’ fait ainsi office de précurseur, se permettant encore quelques entorses aux conventions, puisqu’il est l’un des premiers à les utiliser, et qu’elles ne sont pas encore fixées. Offrant ainsi, même 40 ans après sa sortie une bonne surprise finale. Ce n’est pas tout aussi téléphoné que les œuvre qui arrivent pas la suite. Au final ‘’Prom Night’’ c’est un chouette film, bien rythmé, généreux, et en plus y’a Leslie Nielsen qui joue le principal du lycée. Et rien que pour ça c’est marrant de le voir. Les morts sont funs, ça va parfois trop loin, ça termine dans une explosion d’horreur brute, remplissant donc tout ce qui est demandé à un Slasher. Certainement l’une des pierres angulaires du genre, avant qu’il ne s’enfonce dans les enfers de l’exploitation à tout prix. Spoil : dans les 10 ans qui suivent le film connaît trois suites. Et un remake en 2006.

-Stork._

streaming film complet