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Le Paradis des bêtes

Film de Estelle Larrivaz Comédie dramatique 1 h 43 min 14 mars 2012

Une adolescente redécouvre le sentiment d'amour envers son père alors que celui-ci est en pleine crise existentielle.

La journée internationale contre la violence faite aux femmes, a eu lieu le 25 novembre 2013. Mais les manchettes des journaux n'ont pas été très dissertes. En effet les violences conjugales restent un sujet, sinon tabou, peu vendeur et qui agace: "toujours la même litanie". C'est justement ce processus (minimiser, dévaloriser, disqualifier) qui est à l’œuvre dans la montée en puissance de la violence dans le couple.

A cette occasion, le "réseau violence conjugale du 20ème de Paris", a présenté le film Le paradis des bêtes (2012) en présence de la réalisatrice Estelle Larrivaz.

C'est un premier long métrage, consacré à un couple avec deux beaux enfants, bien sous tous rapports, mère au foyer pour s'occuper des enfants, bien installés dans la vie, quelques accommodements avec le fisc, et une sœur du père qui dirige la fleurissante enseigne «le paradis des bêtes», un grand magasin animalier.

Mais ce père, joué par Stefano Cassetti (Dominique) est un peu volage, toujours dans le coup, ce qui ne l'empêche pas d'être possessif et d'une exigence sans limite envers sa femme Géraldine Pailhas (Cathy). Et le film déroule bien la progression de la violence conjugale. Comme si au fur et à mesure de leurs disputes, la toute puissance de l'agresseur se renforce, disqualifiant, humiliant, tandis que la victime se dévalorise, se tasse dans une non-estime de soi. "Tu est nulle, ne sait rien faire en plus tu as un gros cul...". L'interprète du rôle de la mère, commentait ma voisine, n'a pas du tout un gros cul! Peu importe, c'est dans cette "grossièreté" que celui qui méprise installe son pouvoir sur l'autre, quelque soit la réalité de ses insultes.

Les scènes de violence, d'abord verbales et souvent devant les amis, ensuite physiques dans la voiture ou à la maison et "parfois, le seul témoin de ce que vit une femme battue est un enfant", sont nombreuses et impressionnantes, suffocantes dont les moments de "respiration" se trouvent dans les beaux paysages de montagne où le film a été tourné. La sœur du père, jouée par Muriel Robin (Stéphane), excellente interprétation, dans un rôle ambigu de grande sœur, protectrice dont le comportement de sa fratrie laisse entendre des enfances dures et de souffrance. En quelque sorte ce qui nous est donné à voir par leurs attitudes, est une des caractéristiques de famille maltraitante, comme une transmission intergénérationnelle.

En quelque sorte des tensions dans le couple, qui font peur à la victime, l'explosion de violence, suivie de justifications et regrets de l'agresseur, "non je ne le referai plus", la culpabilisation de la victime, nouvelle période d'attente, "peut-être ça va s'arranger"… et en fait cela recommence. Et quand, dans le film la mère décide de partir avec les enfants, le bel homme, beau parleur, ne peut pas le supporter et va user de toutes les ficelles, d'abord pour la faire revenir, sans succès et ensuite pour la laisser pour morte sur un sentier l'ayant violentée dans sa voiture et amenant les enfants en Suisse. D'abord pour les petites vacances scolaires, leur disant ensuite que leur mère ne pouvait pas s'en occuper (elle est à la recherche de travail) et donc c'est lui qui s'en charge, d'ailleurs ils vont même s'installer en Suisse, comme des "vacances prolongées"...

C'est bien décrit dans le film le comportement des enfants, la petite fille de huit ans se méfie et réussie à faire une fugue avec son petit frère de cinq ans. Pris dans une gare, ce qu'ils ont dit aux gendarmes sera balayé par les paroles reconnaissant sa difficulté et apaisantes du père, qui se plaint de cette mère qui les a abandonnés, ce qui est bien reçu par les policiers, "ils ont tellement vu..."

Ce sont finalement les policiers de la Brigade des mineurs qui visitent la mère à l'hôpital, et l'aident à porter plainte. Mais comme les enfants sont en Suisse, on ne peut pas grand chose! Ce qui la conduit à quitter les soins, contre l'avis médical, pour essayer de les trouver, les voir et si possible les ramener avec elle.

Mais là aussi les enfants ne savent pas comment réagir, et le conflit de loyauté mis à l'épreuve par les contradictions des adultes, vient questionner leur capacité à pouvoir s'en sortir au mieux. Le film me paraît assez juste dans son regard, sans jugement et sans concession. Il y a plus d'un an qu'il est sortie et le fait d'être interdit au moins de 12 ans ne facilite sans doute pas sa programmation (à la télévision n'ont plus). C'est d'ailleurs surprenant cette limitation, alors qu'il aborde avec finesse et des beaux moments cinématographiques la vie de deux enfants de moins de douze ans...

Probablement le prochain projet d'Estelle Larrivaz, (davantage connu comme actrice) sera plus abouti cinématographiquement. Mais ce premier film me paraît de qualité, un scénario très écrit et bien écrit (un peu autobiographique), belle photographie et une séquence finale, inattendue mais très créative et d'un vrai effet de cinéma, qui m'a laissé songeur (sur le fond et sur la forme)! http://blogs.mediapart.fr/blog/arthur-porto/291113/paradis-des-betes-pas-des-femmes

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