Download in HD

The Hours

Film de Stephen Daldry Drame 1 h 54 min 18 décembre 2002

Dans la banlieue de Londres, au début des années 20, Virginia Woolf lutte contre la folie qui la guette. Elle entame l'écriture de Mrs Dalloway.

La mélancolie est une matière liquide, qui anesthésie la vie en ruinant le destin des plus fragiles, ceux qui clignotent faiblement, comme des petites lumières là où la poussière danse... La mélancolie ruisselle dans les veines, englobe les peurs, les doutes, les craintes, les rêves, glace doucement, transforme l'être humain en statue de pierre dans les confins d'un cheminement sans retour. Quand elle est produite par un artiste, elle peut contaminer les autres au plus profond de leur chair, en tout temps et en tout lieu. Quelque chose dans l'air perdure indéfiniment. Le poison se joue de l'espace-temps.

The Hours est à la fois la vision d'un produit artistique (une œuvre littéraire) mais aussi l'observation de sa restitution dans l'avenir. C'est un des pouvoirs qui échappent à l'artiste, quand celui-ci doit laisser agir son œuvre une fois qu'elle a pris son envol.

Avec son montage fluide, qui s'adapte aux froissements de la musique majestueuse et minimaliste de Philip Glass (à lui seul un des emblèmes marquants du film) The hours fait bouger une caméra anachronique qui attise la curiosité, en questionnant le spectateur sur ce qui devra être déterminant dans la vie de trois femmes à travers trois époques et trois journées différentes.

Cet exercice narratif permet d'offrir des performances croisées, nuancées, parfois similaires, parfois antinomiques, parfois liées dans le temps, le tout en bénéficiant d'un casting haut de gamme.

Nicole Kidman d'abord. Jouant une Virginia Woolf anhédonique, ayant perdu le goût des choses, elle voit sa vie lui échapper avec son fatalisme latent et persistant, sa vision inflexible et ses problèmes de communication récurrents. La prouesse de l'actrice relève d'une physionomie étonnante, son faux nez n'étant finalement qu'un détail au milieu de ses tenues, de ses postures, de sa conduite et son allure à la fois apathique, ralentie et évanescente.

Plus frêle et a priori plus fragile, Julianne Moore, en mère imparfaite (lectrice de "Mrs Dalloway" de Virginia, quelques décennies plus tard), doit briser son destin à cause d'un rôle social qu'elle ne parvient jamais à incarner. C'est une partie d'elle-même qui finira par mourir symboliquement pour que la chose ne soit pas effective concrètement. Victime d'un état psychotique inéluctable, elle représente un personnage dominé par son instinct de survie, quel qu'en soit le prix - et l'horreur - à payer.

Meryl Streep, toujours plus tard dans le temps, ne souffre pas d'une pathologie dans l'absolu, contrairement aux deux autres, mais d'une situation affective perturbée par la maladie de son ami Richard (Ed Harris, impressionnant) ; poète sidéen, tour à tour ironique ou désespérément glacial quand il sent venir que sa tendre amie se ment à elle-même. Magnifique et brisée, l'actrice est un régal pour la caméra, avec ses peurs qui peinent à se cacher sur son visage et ce poids de l'échéance, de l'inévitable, qui engendre chez elle une souffrance routinière, une lutte pour tenir son agenda et tenter d'organiser au mieux sa propre vie.

Le film s'achève par le commencement, comme pour évoquer une fatalité mythique, en montrant que le processus créatif, l'art, ne peuvent nécessairement sauver les âmes atteintes par la mélancolie. Ce sont par des mots tendres pour son compagnon que Virginia se dirigera en direction de la Ouse, la rivière près de sa maison de Rodmell, afin d'y trouver un cimetière éphémère...

Philip Glass

streaming film complet