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Le Colosse de Rhodes

Film de Sergio Leone Aventure, catastrophe et péplum 2 h 08 min 16 juin 1961

Dario, héros athénien, rend visite à son oncle à Rhodes, où vient de s'achever la construction d'une énorme statue d'Apollon : le colosse de Rhodes.

Avec 4 westerns en 5 ans, l'italien Sergio Leone passa du statut de vulgaire tâcheron de cinéma bis italien à celui d'auteur à part entière célèbre dans le monde entier. Son succès a été à l'origine d'une des modes les plus importantes du cinéma italien, le western spaghetti et ses 400 films, et a permis le renouvellement du western américain.

Ce succès est dû d'une part à une forme originale, perturbante mais attirante : musique classique et expérimentale actrice à part entière, dilatation du temps, gros plans sur les visages, grande profondeur de champs, etc. Et de l'autre à un fond encore plus perturbant, vision pessimiste d'un monde d'aventuriers que le progrès et l'argent rendent plus destructeurs. La vision de Leone est donc celle d'une déconstruction du western traditionnel par la distanciation ironique où il s'y joue des clichés. (J'arrête là l'analyse sinon cela serait disproportionné.)

D'accord Leone a dû faire avec un certain nombre de tics et de clichés propres à ce genre. Le budget et la documentation ne lui ont pas permis de restituer une certaine vérité historique comme il le fera dans le western (avec des jeux du cirque romains, des soldats rhodiens ressemblant à des centurions, des phéniciens ressemblant à des perses...) La réalisation très typée est encore balbutiante (même avec une belle photographie et de nombreux travellings) et Morricone n'est pas encore à la musique.

Mais son processus de déconstruction est déjà commencé avec ce présent film :

- D'abord le héros du film : à côté de tous les personnages clichés du péplum (tyran, conseiller perfide, fille amoureuse, fille perfide, ...) Darios fait tâche. Jusqu'à la première heure il est en marge de l'histoire (il préfère flirter avec la méchante) et après il ne fait pas grand chose que subir les événements comme se faire capturer, trahir, être témoin des affrontements entre résistants et phéniciens. Rory Calhoun participe au décalage par son flegmatisme et son physique moins typé que les "stars" du genre qui renforcent la distanciation par rapport à l'histoire (C'est un peu l'ancêtre de Terence Hill).

- une dénonciation de la violence et du fascisme. Le colosse est ici un instrument d'oppression du peuple (capable de balancer le feu de l'enfer sur les fuyards et contrôlant les grilles des prisons). Leone s'attarde sur les vestiges d'un champ de bataille passé pour en montrer l'horreur, au lieu de privilégier l'action spectaculaire.

- Un nihilisme quasi jouissif à la fin lors de la destruction de la cité. Je ne sais si aucun autre réalisateur a osé balancé des murs de pierre sur des enfants.

Ce film est la germe des futurs oeuvres de son auteur. Il est malheureusement mal considéré car beaucoup l'ignorent où en ont trop attendus. Mais l'ADN de son réalisateur est là.

PS : C'est surtout un film de Leone avec 2 belles actrices apparaissant souvent! Si ce n'est pas magnifique!

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