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Le Jour où la Terre s'arrêta

Film de Scott Derrickson Drame, science-fiction et thriller 1 h 44 min 10 décembre 2008

Une gigantesque sphère luminescente atterrit à Central Park, provoquant de spectaculaires destructions et une panique sans précédent.

Vu lors de sa sortie au cinéma en 2008, je ne l'ai revu qu'après 5 ans. Je l'avais trouvé plutôt moyen à l'époque, voilà que je lui trouve un regain d'intérêt à présent. Son propos me semble plus d'actualité que jamais et pose de grandes questions existentielles.

L'Homme vit depuis longtemps comme un prédateur vis-à-vis de tout ce qui l'entoure, y compris ses semblables. Il se croît plus intelligent que toutes les autres espèces vivantes mais manque singulièrement de sagesse alors que ses moyens techniques lui permettent de détruire son espace vital. Dans ce film, comme dans la réalité, il ne fait rien pour remédier à son inexorable disparition, bien au contraire. C'est alors que des extra-terrestres débarquent et, par le biais de leur représentant, décident de l'éradication de l'espèce humaine, fléau de la biodiversité. Celui-ci est joué par Keanu Reeves, un observateur qui se veut objectif sur la nature humaine. C'est amusant car le même acteur jouait dans le cultissime "Matrix" où l'agent Smith expliquait déjà que l'humanité est "le cancer de cette planète". Toujours est-il que le constat m'apparaît d'un implacable réalisme, l'humanité pour sa partie "développée" (?!) se goinfrant jusqu'à l’écœurement tandis que ses réserves disparaissent à vue d’œil. Contrairement à beaucoup, la narration de la première moitié du film m'a vraiment emballé : réaction de violence primitive face à ce que l'on ne comprend pas, projection de ses propres peurs sur l'inconnu, illusion du contrôle sur son environnement... La façon dont Klaatu se joue de ces "gros bras" américains (mais on pourrait sans doute dire la même chose de la plupart des gouvernements des pays modernes) m'est apparue assez jouissive. Mais alors que l'humanité semble bel et bien condamnée, voici qu'après ses mauvais penchants c'est son côté lumineux que l'on va essayer de montrer au juge de vie et de mort. C'est ici que les bons sentiments sur ce qui ferait le meilleurs de l'Homme m'ont paru bien pitoyables. Comment imaginer pouvoir émouvoir un juge intergalactique à l'aune de nos mièvres sentiments ? En lui faisant écouter de la musique classique ? Celle-ci n'exalte t-elle pas de furieuses passions ? Adolphe Hitler adorait Wagner et ne semble guère s'être laissé aller à la compassion. En lui montrant qu'une femelle de cette espèce dominante aime et protège sa progéniture ? N'est-ce pas le lot de la plupart des espèces vivantes ? En lui montrant le visage angélique d'un pauvre cht'it n'enfant avec des larmes dans ses pitis nyeux ? Je ne suis pas certain que le visage poupin d'un bébé cafard nous émeuve beaucoup lorsqu'il s'agira de détruire son nid.

Le problème de l'humanité, c'est que les diverses branches philosophiques qui la composaient ont été éradiquées ou supplantées par un modèle dominant, celui de l'européen libéral et égocentrique. Tous les continents ont cédé complètement ou en partie à ce mode de pensée agressif, dominateur et coupé de ses racines. Nulle surprise alors que des formes de vie extérieures ne puissent être considérées que sous l'angle de l'envahisseur. Et ce n'est pas l'attachement grégaire limité que développent les humains qui peut donner envie de sauver l'espèce. Il existe encore ça et là quelques îlots de pensée différente mais ils cèdent du terrain face au dogme dominant : vider le calice jusqu'à le lie sans se poser de questions. C'est là qu'est l'utopie de ce film, donner à croire au spectateur que l'humain peut changer. Nenni. C'est par l'éducation que l'humanité pourrait évoluer. Or, l'obscurantisme est fort répandu et la maltraitance éducative la norme. Une personne disposant de trop peu de connaissances sur son environnement ne peut embrasser un large horizon et se contente de vivre et de penser par mimétisme. C'est donc un long processus de maturation qui permettrait aux générations futures de se hisser "vers le haut". Mais lorsque l'on sait qu'aux Etats-Unis, territoire du film, ce sont les firmes agro-alimentaires qui financent certains programmes éducatifs, on a de quoi frémir.

L'humanité se retrouve comme ces lapins lâchés sur un îlot par des colonisateurs au XVIIIème siècle. Privés de prédateurs, les longues oreilles se sont multipliées au delà de toute raison, dévorant toute la végétation de l'îlot et étouffant les autres formes de vie. La terre finalement mise à nue, l'érosion a fait le reste et l'îlot est devenu stérile, faisant mourir ses envahisseurs.

Je crains malheureusement qu'il ne nous reste plus guère d'herbe pour couvrir le sol...

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