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Les Complices de la dernière chance

Film de Richard Fleischer Policier 1 h 35 min 7 juillet 1971

Un ancien bandit vivant reclus dans un village de pêcheurs au Portugal accepte un dernier contrat, qui consiste à conduire un prisonnier évadé jusqu'en France.

Sous ses apparences de petit polar, The Last Run dissimule une vraie volonté d'épouser le road-movie nostalgique à travers le baroud d'honneur d'un gangster démodé, à travers l'ultime tour de piste de l'homme qui a oublié ce que veut dire "être vivant".

Étonnant film que celui-ci, lorgnant aussi bien du côté du polar rétro que du road-movie existentiel, peinant à nous passionner véritablement pour sa banale histoire de gangsters tout en forçant notre admiration par son ambiance désenchantée. Ce manque d'unité provient sans doute des origines tumultueuses du projet (qui a vu notamment George C. Scott pousser Huston vers la sortie) et empêche The Last Run d'être totalement abouti.

C'est sans doute au niveau de l'écriture que les carences se font le plus sentir avec des personnages stéréotypés, une intrigue convenue qui se perd en longueur et un intérêt sur le choc des générations qui ne prend jamais à l'écran, malgré les nombreuses références aux gangsters d'antan. Alan Sharp, qui signe ici son premier scénario, peut être gêné par le brusque changement de réalisateur, ne parvient pas à donner suffisamment de consistance à son histoire. Il faut reconnaître, à sa décharge, qu'il n'est pas aidé par la prestation des acteurs secondaires et surtout celle de Tony Musante, affreusement peu convaincante.

Pour le reste, The Last Run n'est pas dénué d'intérêt lorsqu'il fait la part belle à son acteur vedette, George C. Scott, et au destin de ce gangster vieillissant qui n'est à sa place nulle part. Il y a presque une dimension anachronique dans ce film qui contribue amplement à son charme. On la retrouve avec ce personnage typique des années 50-60, ancêtre du héros de Drive, qui prend la route pour se sentir vivant, à l'instar des lascars de Two-Lane Blacktop. Ou, pour le dire autrement, il existe dans ce film un étrange mélange entre un classicisme et avant gardisme hollywoodien : mise en scène efficace, montage limpide et vision désenchantée gentiment troublante.

Avec son sens du détail et son désintérêt pour le spectaculaire, Richard Fleischer parvient admirablement à illustrer le sentiment qui anime cet homme qui ne reprend la route que pour vibrer une nouvelle fois, une dernière fois. C'est en faisant le lien entre l'homme et son destrier, un bolide issu d'une autre époque, qu'il y parvient avec le plus force. Dès la première séquence, le ton est donné avec ce long préambule durant lequel le vieux gangster communie avec sa voiture, déployant envers elle geste tendre et regard affectueux, avant que son palpitant ne s'emballe au rythme des vrombissements du moteur.

Reprendre du service, redevenir le chauffeur de truands notoires, c'est vivre de nouveau et c'est bien ce retour à la vie que la mise en scène souligne admirablement. Attentive, minutieuse et patiente, la caméra célèbre la fusion quasi organique entre Harry et sa vieille guimbarde, provocant notre empathie pour ce personnage usé par le temps qui s'élance sur la route dans un dernier sursaut d'orgueil. Le rythme lancinant, associé à une photographie exaltant la minéralité des lieux et le doux score de Jerry Goldsmith, retranscrit à merveille la mélancolie latente.

Qu'importent au fond l'histoire et ses personnages archétypaux, seul compte l'homme et sa fuite effréné, goûtant l'ivresse à chaque coup d’accélérateur et brûlant sa vie sur le bitume. George C. Scott impressionne par son jeu tout en nuances et emporte définitivement notre adhésion lors des scènes d'accalmie. Finalement c'est lorsqu'il descend de la voiture, que l'homme prend le dessus sur le gangster et ouvre son cœur pour celle qui le regarde enfin : le final, sombre comme il se doit, n'y changera rien. L'homme vient de renaître de ses cendres, sa dernière course ne tombera pas dans l'oubli.

6.5

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