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Un homme et une femme

Film de Claude Lelouch Drame et romance 1 h 42 min 27 mai 1966

Un homme et une femme, tous deux veufs inconsolables, se rencontrent, se croisent et finissent par s'aimer d'un amour fulgurant et passionné.

J'ai vraiment pas envie de noter ce film. Étonnant comme ressenti me direz-vous ? Et pourtant il y a des œuvres qu'on ne voudrait sous aucun prétexte noter sous peine de devoir se justifier comme si une émotion pouvait se transcrire aussi simplement. Lorsque le film vous plonge dans sa vie, son existence tout à fait particulière, lorsqu'il vous amène à comprendre sans mots le plus simple des gestes, le plus énigmatique des regards, on reste bouche bée, on en suffoquerait de sa véracité, on l'aimerait à en mourir.

Si pour moi une histoire n'a pas besoin de se présenter dans une ribambelle d'effets, dans un mensonge ou plutôt une illusion dont le degré de forçage varie, une histoire d'amour n'a pas non plus à se jouer comme s'il fallait répéter les sentiments de millions de couples les ayant précédés. L'amour naît mais ne meurt qu'en de rares cas, l'amour, le vrai, celui qu'on sait par celui qu'on croit. L'amour est illusion bien évidemment, bon nombre de théories tout à fait pertinentes le prouvent et pourtant cela n'empêche personne de se retrouver désarmé devant lui, n'ayant qu'une volonté incertaine pour se défendre. L'amour naît parfois mais ne meurt jamais disions nous, si vous vous demandiez de quoi parlait notre film, vous avez trouvé votre synopsis.

Si l’œuvre de Lelouch est devenue au fil des décennies un monument du cinéma Français, on le devine, du moins on l'accepte sans mal. On l'accepte car en tant que spectateur on sait lorsque la réalité est jouée et lorsqu'elle est ''simplement'' vécue. Ici, l'art de ne pas jouer est constant, nécessaire pour ainsi dire. Les acteurs, dans un naturel spontané, du moins nous le ressentons comme tel, les acteurs expriment, nous suivons avec eux leurs vies et leurs démons qu'on ne peut ou ne veut pas toujours fuir. De ce fait, la rencontre entre Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée sous l’œil de Lelouch n'a dans son commencement rien de bien extraordinaire, c'est souvent le cas des rencontres. Elle a raté son train de Deauville vers Paris, il l'emmène en voiture, ils discutent, exposent leurs vies sans pour autant penser créer quoi que ce soit. La semaine suivante, le scénario se répète, nous en apprenons davantage, eux aussi. La rencontre se veut plus appuyée, l’intime se mêle au discours, tout se joue en quelques œillades.

Un homme et une femme aurait pu ne pas naître pour un bon milliard de raisons. Si le film précédent de Lelouch n'avait pas été descendu par la critique, s'il n'avait pas pris le volant en rage et en désespoir, s'il n'avait pas fui pour échouer sur la plage de Deauville, s'il n'avait pas vu cette femme accompagnée de son enfant et de son chien près de la mer à six heures du matin simplement marcher, s'il ne s'était pas demandé pourquoi diable cette scène existait-t-elle, s'il n'avait pas eu la curiosité d’apercevoir son visage, tout ces petites coïncidences, si elles n'avaient pas été alors le film n'aurait jamais pu être ce qu'il est aujourd'hui. Et comme il nous l'a si bien dit à nous autres observateurs dans cette salle obscure, parfois il suffit de ne voir les choses qu'en noir pour qu'un matin elles apparaissent toutes autres, que du fumier jaillisse une fleur qu'on n'aurait jamais remarquée dans un parterre. Parfois la beauté pure, la beauté simple ne peut exister sans l'échec, le désarroi, sans une laideur qu'on souhaite réparer au gré d'une belle histoire à conter.

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