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La Revanche de Freddy

Film de Jack Sholder Épouvante-Horreur 1 h 27 min 1 novembre 1985

Une famille emménage dans la maison où vivaient Nancy Thompson et ses parents. Très vite, l'ainé des enfants commence à faire des cauchemars tandis que des phénomènes étranges secouent son entourage. À n'en pas douter, Freddy Krueger est de retour...

Récapitulons : Freddy Krueger est un monstre s'attaquant à des adolescents à travers des cauchemars glauques pour se venger de leurs parents. Simple. Tellement simple que ce second volet du tueur au gant sertie de lames de ciseaux envoie balader toutes les règles du concept initial. D'ailleurs tant qu'à faire on se débarrasse aussi du gant, maintenant Freddy a les lames de ciseaux qui sortent directement des doigts.

Ainsi Freddy tue les gens dans le mode réel et sa première victime est un adulte tout ce qu'il y a de réveillé et qui n'a aucun lien avec la première mort de Fred Krueger. Pour tout fan de la série c'est sans doute le pire épisode puisque c'est celui qui viole le plus les règles, dans une cohérence toute relative qui plus est. Krueger se matérialise dans le monde réel et tue des gens qui ne dorment pas à l'aide d'une victime qui, elle non plus, n'a pas besoin de dormir. La thématique cauchemardesque ? On jette, elle est juste abordée avec la chouette ouverture du film, pour rappeler tout de même d'où on vient. Donc Freddy tue des gens "comme tout le monde". Oui mais dans le monde réel ce bon Freddy conserve quand même toutes les possibilités que lui autorisait la manipulation de l'inconscient de ses victimes. Par exemple lorsque Freddy tue quelqu'un on retrouve Jesse couvert de sang, pour bien montrer le lien entre les deux personnages.... mais par contre lorsqu'on larde Freddy de coups de couteaux Jesse n'a rien. Krueger peut aussi se téléporter, faire de la télékinésie et de la pyrokinésie quand ça l'arrange mais pas tout le temps non plus. Pourquoi ? Comment ? Tout le monde s'en fout mais ce qui était une évidence dans le contexte onirique devient forcément plus gênant dans le cadre réel. La cohabitation un peu forcée des deux univers est donc sujette à de nombreux trous et autres utilisations un peu facile par les scénaristes.

Même le titre pue un peu l'arnaque pour l'amateur du Boogeyman créé par Wes Craven : "Freddy's Revenge". Ok ça sonne cool pour une suite mais étant donné que Nancy n'est plus là, qu'il n'y a aucun rapport avec les personnages/événements du premier film, il n'y a donc strictement aucune notion de vengeance dans le film; même pas dans les dialogues de Krueger.

Mais alors, puisqu'on n'y parle ni vengeance, ni cauchemar de quoi on parle dans "A Nightmare on Elm Street part 2 : Freddy's Revenge" ?

De Freddy déjà, le personnage reste étrangement fidèle à lui-même : provocateur, pervers, violent, charismatique. Le maquillage est vraiment fabuleux sur ce second épisode et Robert Englund s'impose encore une fois à l'écran même si le film s'avère plutôt avare en meurtre, là aussi un vrai soucis pour l'amateur de slasher. Et surtout même si toutes les règles sont bafouées ce second opus reste paradoxalement l'épisode, en dehors du premier, le plus intéressant thématiquement. Reprenons quelques lignes du scénario.

Jesse est nouveau en ville et il fait un rêve récurrent où Krueger le poursuit mais sans jamais le tuer. Il accompagne tous les matins Lisa platoniquement à l'école, elle s'intéresse à lui mais lui reste timide. Au contact de Ron et d'un prof à la réputation "cuir moustache" les "attaques" de Freedy se font plus fréquentes. Il comprends alors que, petit à petit, Krueger prend possession de lui et il ne peut plus le contrôler quand il se retrouve sous la douche à côté de son prof. Plus tard lorsqu'il essaye de coucher avec sa copine Freddy revient et Jesse décide alors de rejoindre Ron dans sa chambre mais les choses dérapent. Lisa comprend alors que si elle veut récupérer Jesse elle doit l'aider à combattre ce qu'il a en lui, un monstre que seul Jesse peut vaincre par la force de sa volonté. Parallèlement à ça les parents de Jesse ne comprennent pas les changements de leur fils et pensent qu'il se drogue.

"La revanche de Freddy" est donc l'histoire de la découverte de l'homosexualité par un jeune homme de la middle class passé au prisme du fantastique pour un résultat plutôt réussi et original. Une interprétation difficile de ne pas faire tant les signaux sont nombreux et surtout cohérents. L'anecdote veut que l'équipe du film n'avait aucune idée au moment de le tourner et pensait faire un slasher "en toute innocence". Pourtant comment ne pas percuter en voyant la mort du prof, déguisé comme Pacino dans Cruising, qui se fait attacher puis fesser jusqu'au sang. Incroyable aussi cette scène où Jesse range sa chambre en dansant de façon explicitement sexuelle avant de se faire surprendre par sa mère. Le détail qui tue ? Lorsque la mère entre dans la chambre et interrompt la chorégraphie on peut lire un panneau "No chicks" sur la porte de la chambre de Jesse. On veut bien imaginer que le scénariste David Chaskin se soit amusé à truffer son récit de référence sans rien dire à personne mais difficile de croire que Jack Sholder ait réalisé ces séquences-là sans s'en rendre compte.

Toujours est-il qu'à ce niveau de lecture le film possède une profondeur qu'on ne retrouvera plus dans la saga. Du reste le film offre aussi quelques séquences plutôt efficaces comme cette métamorphose impressionnante de Jesse en Freddy dans la chambre de Ron ou encore ce plan subjectif allant de la chaudière jusqu'au lit de la petite soeur de Jesse. Bien sûr on est alors plus proche d'un film de loup-garou ou d'un film de possession démoniaque que d'un "Nightmare on Elm Street". Ce second épisode a ceci de paradoxal que pour être apprécié il faut se défaire de l'idée même que c'est un Freddy. D'ailleurs il n'a sa place nulle par dans la chronologie officielle et n'apportera pas de révélations sur le personnage. Les scénaristes des films suivants se contenteront de l'ignorer. Il y a une certaine audace à utiliser Krueger pour en faire vraiment autre chose qu'une simple suite recyclant les codes et les mises à mort. Le film tire son épingle du jeu en s'éloignant des personnages classiques et caricaturaux du slasher. Ne pas faire un Freddy est sans doute l'idée qui donne tout son intérêt à ce Freddy. Malgré cette trahison, malgré des meurtres peu nombreux, malgré les trous dans le scénario (comment Jesse atterri concrètement dans la boite de nuit restera un mystère), ce deuxième épisode se laisse regarder et propose une vision intéressante du personnage de Freddy Krueger et de la relation qu'il peut entretenir avec ses victimes.

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