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L'Homme qui voulait savoir

Film de George Sluizer Thriller 1 h 47 min 27 octobre 1988

Rex et Saskia s'arrêtent sur une aire d'autoroute. L'homme s'éloigne du véhicule pendant quelques minutes. A son retour, sa compagne a disparu.

Ce dvd Criterion est de belle facture, mais je n'ai pas pu m’empêcher de trouver tout de même curieux que cet éditeur se soit penché sur ce film, alors que tant de films visuellement plus importants attendent des restaurations (ne serait-ce que des éditions) plus urgentes. La photographie de Toni Kuhn n'est pas mauvaise, loin s'en faut. Mais disons qu'elle ne se distingue pas vraiment non plus. Je dirais même qu'elle a parfois un aspect VHSien que peut-être un manque de moyen laisse deviner. Attention, certaines séquences sombres montrent un savoir-faire, une habileté indéniables (dans le tunnel, le soir, à la toute fin), ce qui prouve que le chef-opérateur a de la ressource. M'enfin, il faut avouer que tout cela n'a pas grande importance car l'attrait du film ne se situe évidemment pas sur la forme mais sur ce petit conte moral tout noir.

A la toute fin, j'ai pensé à ces petits sketchs qui étaient présentés par Claude Chabrol pour la télé à la fin des années 80, "Sueurs froides", des petits courts très noirs, à la manière de ceux qu'avaient produit Hitchcock pour la télé également. J'insiste sur ce terme de "moral" Difficile pour moi de parler de cet aspect précis du film sans risquer de spoiler, or, il est essentiel, central de ne pas révéler le final. Tout est là! Qu'est-ce qui est arrivé à la jeune femme disparue? Est-elle encore en vie? Que veut faire le kidnappeur du petit ami, de celui qui veut à tout prix savoir, tout comme le spectateur qui partage cette obsession? Finalement cela se résume bien au titre français (pour une fois) : "L'homme qui voulait savoir", à une idée entêtante, au point où tout dépassement de cette idée apparaisse impossible. La résolution du problème passe avant tout, une obsession donc. Mais le scénario ne se limite pas à celle de cet homme, il laisse part à celle du kidnappeur. Les obsessions de ces deux hommes s'affrontent dans un jeu que le spectateur ne sait pas traduire avec certitude. S'agit-il d'un jeu du chat et de la souris? Si oui, nous en devinons l'issue, mais si non? Comment savoir? C'est en fin de compte la question qui est posée, celle de vivre avec l'incertitude, sans la connaissance confortable de la vérité. Et si tout ça n'est pas une question "morale", qu'est-ce que c'est? Existentielle? Carrément?

Le film prend son temps. Il n'est pas trop long. Il prend sûrement le temps qu'il faut pour faire ressentir l'attente qui accompagne l'obsession, l'espérance d'un moment clé où tous les éléments prennent sens, le ton juste aussi, celui des sentiments, des interrogations. Sur ce point, le film est très bien bâti. Le montage est également fort correct. Il y avait de quoi se perdre, dans des circonvolutions ou surtout dans cette longue attente. On pouvait craindre de longs plans fixes. Il n'en est rien : le découpage propose de la variété, reste vivant de bout en bout. Pas d'ennui à déplorer pour le spectateur. On demeure attentif, on veut savoir. Cette foutue absence de certitude nous gagne, traduisant la belle efficacité du scénario et de la mise en scène.

D'autre part, George Sluizer s'appuie sur le très bon jeu des comédiens. Bernard-Pierre Donnadieu est sans surprise l'acteur que l'on sait. Toujours aussi bon, il dresse le portrait d'un homme froid, calculateur, mais dont les imperfections suggèrent les parts d'ombre, effrayantes, dont celles de l'enfant maladroit, presque comiques. Gene Bervoets est un comédien que je ne connaissais pas du tout. J'ai longtemps été perturbé par son physique. Son visage est pour moi l'exacte copie de celui de Dominique West (Mc Nutty dans The wire). Mais peu à peu, sa composition, délicate et sûre a su m'imposer une réelle attention sur son personnage.

Un bon petit film, une très bonne idée et une maitrise du récit qui laisse une bonne impression.

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