Download in HD

Le Sport favori de l'homme

Film de Howard Hawks Comédie romantique 2 h 29 janvier 1964

Si Roger Willoughby a écrit un excellent livre sur la pêche, personne ne se doute qu'il n'aime pas du tout ce sport, et encore moins les poissons. Pourtant, une publiciste va l'inscrire dans un concours de pêche où il va bien devoir gagner pour sauver la face...

Une vague de renouveau souffle sur le cinéma durant les années 60, le Nouvel Hollywood ne va pas tarder à prendre le pouvoir et le cinéma "à l'ancienne" paraît déjà démodé. Enfin, voilà une vision des choses qui n'est pas partagée par tous et notamment par ce bon vieil Howard Hawks, un cinéaste qui s'est, de toute manière, toujours moqué des modes. Loin de vouloir céder au jeunisme ambiant, notre homme sort une screwball comedy qui peut être vue comme un pied-de-nez envers tous ceux qui pensent l'envoyer au placard. Le pari est osé, voire risqué, l'âge d'or de la screwball comedy étant déjà loin derrière mais l'homme connaît son métier jusqu'au bout des doigts et va nous en faire la preuve flagrante avec "Man's Favorite Sport", petite comédie certes sans prétention mais bigrement jouissive ! Vous me direz que le film était peut-être démodé car le succès n'a pas été au rendez-vous. En même temps, s'il fallait se baser sur le box-office pour pouvoir juger de la qualité d'une œuvre, cela se saurait depuis longtemps ! Alors forcément cette comédie était déjà démodée dans les années 60, les gags sont classiques, les situations ont été vues de nombreuses fois, mais le film reste une réussite car elle provoque le rire et engendre du plaisir ! Hawks sait très bien qu'une bonne comédie fait rire quelle que soit l'époque dont elle est issue, le style (burlesque, screwball...) n'est qu'accessoire ! Le cinéaste connaît les rouages comiques, il nous les expose ainsi dans toutes leurs simplicités.

Le film reprend les grandes caractéristiques qui ont fait la gloire du genre (humour burlesque, comique de situation, dialogue aux sous-entendus grivois..) même si ici, et c'est ce qui surprend le plus, on ne retrouve pas le rythme tonitruant des classiques hawskiens ( "His Girl Friday", "Bringing Up Baby" ). Hawks semble prendre son temps pour installer ses situations et faire émerger l'humour, et même si les gags restent assez classiques, l'efficacité reste au rendez-vous. L'histoire reprend la traditionnelle opposition homme/femme chère au cinéaste. L'intrigue, extrêmement simple, sert de prétexte à moquer le comportement masculin et de montrer, qu'en toute chose, ce sont les femmes qui mènent la danse. On parle de ce sport qu'est la pêche mais on devine aisément les allusions faites à la sexualité.

Comme il l'avait fait pour "I Was a Male War Bride", Hawks entreprend une dévirilisation en règle de l'archétype masculin. Le personnage principal, Roger Willoughby, est le "mâle" dans toute sa splendeur. Il est grand, fort, indépendant, suffisant et se déclare être un expert dans un domaine où, apparemment, il n'y connaît rien ! Notre bon Roger n'est en fait qu'une image, il s'adjuge le titre honorifique de champion de la pêche alors qu'il n'a jamais pratiqué l'exercice. C'est un peu comme si on apprenait que Casanova n'était qu'un vulgaire puceau ! Heureusement notre homme va être initié aux choses de la vie par une femme et grâce à elle, il sera enfin ce qu'il prétend être ! Le dénouement est certes attendu mais avant cela on va franchement s'amuser devant la maladresse et la bêtise de notre Don Juan de la pêche.

Hawks y va progressivement, au début il se moque gentiment de l'arrogance masculine (la scène de la voiture) et de cette peur castratrice qu'éprouve l'homme si ses failles personnelles devaient être mises à jour. En avouant qu'il ne sait pas pêcher, le masque de Roger tombe et sa fierté avec ! Le passage où il use de stratagème pour retarder son aveu d'impuissance est d'ailleurs parfaitement jubilatoire et témoigne de la qualité d'écriture hawskienne. Ensuite, le cinéaste sort l'arme lourde pour tourner au ridicule le comportement macho ; le burlesque s'impose et on rit franchement devant l'incapacité de notre "expert" à monter une simple tente ou encore, lorsqu'il teste une improbable combinaison-bouée. Mais surtout, l'humour se fait plus fin lorsqu'il s'agit de signifier que l'homme est à la merci de la femme. Roger se retrouve tour à tour coincé dans son sac de couchage, immobilisé dans un plâtre ou accroché par la cravate ; à chaque fois il se retrouve dans une situation ridicule, où la connotation sexuelle est évidente, et son salut n'étant possible qu'a la suite d'une intervention féminine.

Bien sûr, le couple Rock Hudson/Paula Prentiss semble un peu trop calqué sur le modèle Cary Grant/Katharine Hepburn. Mais, il serait injuste de parler de pâle copie tant Hudson est irrésistible en grand gaillard maladroit et Prentiss est magnifique d'espièglerie. Le seul problème avec ce couple, c'est qu'il manque cruellement de charme, Rock ayant toujours du mal à exprimer des sentiments.

Le rythme lancinant, le caractère éculé de certains gags et le manque de charme du couple vedette empêchent ce film d'être un chef-d'œuvre du genre . Mais malgré tout l'humour est bel et bien présent, doublé d'une douce insolence et d'une agréable touche d'érotisme. "Man's Favorite Sport" est une réussite de plus à mettre au crédit d'Hawks et la preuve que si la comédie était un sport, il en serait toujours le champion.

streaming film complet