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La Femme de l'année

Film de George Stevens Romance et comédie 1 h 54 min 5 février 1942

Tess Harding et Sam Craig sont tous deux journalistes au New-York Chronicle. Leurs mondes et passés semblent bien différents : elle est spécialiste des affaires politiques et il et journaliste sportif. La nature de leur relation va être définie par des critères sociaux, de genre et émotionnels.

Le duo Katharine Hepburn-Spencer Tracy (couple réel) qui a fonctionné sur pas mal de films donne ici une de ses plus savoureuses prestations. La réalisation de George Stevens doit beaucoup à la réussite du film. Mésestimé en France, Stevens conserve une excellente réputation aux Etats-Unis. Sur ce film MGM, Joseph L. Mankiewicz le réalisateur entre autres de « L’affaire Ciceron » est producteur. On sent une finesse à laquelle il a probablement contribué.

L’histoire se passe au début de la seconde guerre mondiale. Tess Harding (Katharine Hepburn) est la journaliste vedette d’un journal, toujours là où il se passe quelque chose aux points chauds de la planète. Les premiers plans nous le font sentir par les manchettes du journal signalant ses articles. Son collègue Sam Craig (Spencer Tracy) est journaliste sportif. Tess et Sam se connaissent vaguement mais préfèrent s’ignorer. Aucun des deux ne veut se confronter à l’ego de l’autre.

Ce froid dégénère en début de querelle qui parvient aux oreilles de leur directeur qui les convoque dans son bureau pour leur intimer de faire la paix. Une approche leur fait réaliser qu’ils se plaisent. On n’a aucun mal à deviner ce qui va se passer. Ils vont néanmoins devoir faire avec leurs occupations respectives et … ce ne sera pas du gâteau.

L’important est le traitement de l’histoire. Le film est une comédie où les gags s’enchaînent de façon souvent inattendue. Pas des gags vieillots, non des gags qui fonctionnent encore parfaitement parce qu’intemporels. Ainsi, Craig est invité à une soirée chez Tess. Elle habite un appartement dans une résidence huppée. Craig est venu avec un bouquet dans une boîte magnifique. La bonne lui a ouvert juste avant que Tess vienne l’accueillir. Les amabilités d’usage sont accompagnées d’un ballet parfaitement réglé au cours duquel le spectateur s’amuse de voir le bouquet passer de main en main. A cette même soirée, Craig doit rapidement se débrouiller tout seul, car Tess est très prise. Il éprouve un mal de chien à trouver des interlocuteurs parlant anglais. Quand il en trouve et qu’il tente de s’intégrer à leur conversation, ils se mettent à parler dans une autre langue. Le seul qui daigne lui répondre un peu plus tard ne sait dire que yes. Craig en profite pour voir s’il réagit à une petite crasse…

Les gags émaillent donc ce film. Ils sont nombreux et de tous genres. Surtout visuels et même auditifs et de situation bien-sûr, sans oublier les quiproquos. Craig passe souvent pour un empoté dans le monde de Tess la femme pressée. Ceci dit, quand il s’agit de tenir un rôle de ménagère, elle montre ses limites.

Pour ce qui est de la mise en scène, qu’on en juge. La première sortie du couple est à un match de base-ball. La caméra nous a d’abord situé le lieu en montrant l’aire de jeu. Plan suivant, on voit les tribunes. La caméra pivote doucement sur la droite et zoome tranquillement vers la bouche d’entrée d’où Craig émerge en tirant Tess par la main. On entend les commentaires des journalistes collègues de Craig quand le couple approche des places assises. Aucune femme ne s’est jamais installée là. Pourtant, ils vont laisser faire. Évidemment Tess n’y connaît rien. Ca tombe bien, le spectateur lambda français non plus. Craig explique tant bien que mal à Tess ravie. Celle-ci est très élégante, avec notamment un chapeau à large bord. L’homme derrière elle ne voit quasiment plus rien sur le terrain et il se permet de signaler à Tess qu’il ne pleut pas. Elle ne comprend pas où il veut en venir. Au plan suivant, la caméra est derrière elle et montre comment ses mouvements gênent l’homme. Voilà, le film est à peu près constamment dans ce style.

Un film qui aurait pu être un véritable chef d’œuvre s’il n’avait pas tendance à verser dans le sentimentalisme larmoyant vers la fin. Une fin heureusement agrémentée par une séquence éblouissante (et muette) dans la cuisine de l’appartement de Craig.

Le féminisme ? Vaste débat qui a encore de beaux jours devant lui. Tess est clairement la féministe convaincue, à la pointe de l’action pour l’époque. Elle réalise cependant que, malgré tous ses défauts, Craig l’intéresse. A mon avis, le point fort du film est de renvoyer partisans et adversaires du féminisme dos à dos. Oui, le féminisme a ses raisons d’être. Mais, poussé à l’extrême, il peut, en combattant des injustices, en créer d’autres. Le film montre que les hommes et les femmes doivent s’accommoder de leurs différences pour viser un certain équilibre. Et si le film ironise à propos de certains clichés du féminisme ce n’est jamais méchant. Il a également le mérite de ne pas négliger la situation internationale. Les acteurs sont éblouissants et on s’amuse beaucoup. Katharine Hepburn est à la fois élégante, énergique, séduisante et parfois empotée. Spencer Tracy, plus vieux, est un peu l’ours bourru dont les connaissances n’ont rien à voir avec celles de sa partenaire. C’est un régal de le voir avec toute la bonne volonté du monde, faire ce qu’il peut pour montrer que, tout compte fait, Tess lui convient telle qu’elle est.

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