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Le Bison blanc

Film de J. Lee Thompson Western 1 h 37 min mai 1977

Torturé par un cauchemar où il est poursuivi par un énorme bison blanc, Wild Bild Hickock décide de partir à la recherche de cet animal mythique.

Qu'est-ce que la vie ? : C'est l'éclat d'une luciole dans la nuit. C'est le souffle d'un bison en hiver. C'est la petite ombre qui court dans l'herbe et se perd au coucher du soleil. J'ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l'homme blanc qui les avait abattus d'un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister.

Le Bison blanc est un western morbide et surnaturel réalisé par J. Lee Thompson, adapté du roman de Richard Sale, le même ayant écrit le scénario du film. Cela ne vous rappelle rien ? Deux ans plus tôt sortait Les Dents de la mer, adaptée du roman de Peter Benchley, ayant lui aussi écrit le scénario du long métrage. Il semble que le studio Dino De Laurentiis Company a essayé de réitérer l'exploit du studio Universal Pictures avec Jaws, en proposant lui aussi un animal féroce tueur d'hommes tiré d'un roman et adapté en scénario par la même personne, seulement, n'est pas Les Dents de la mer qui veut. Même si Le Bison blanc met en vedette un casting efficace dont un excellent trio composé des comédiens Charles Bronson, Will Sampson et Jack Warden; une excellente musique écrite par John Barry; une superbe photographie fantomatique signé Paul Lohmann, une mise en scène atmosphérique par J. Lee Thompson, ou encore le scénario efficace de Richard Sale présentant une terrible lutte entre 3 hommes et un bison blanc géant durant l'hiver 1874; le film sera un cuisant échec.

Le Bison blanc est une oeuvre ésotérique, proposant un survival horror version western rondement mené dans sa construction. Je suis étonné qu'on puisse qualifier ce film de daube. Certes tout n'est pas parfait, néanmoins on est très loin d'être en face d'un mauvais spectacle. Finalement l'élément négatif revenant le plus souvent est attribué au design de la créature, qui n'est en plus qu'un bison ce qui n'a rien de bien effrayant pour certains, pourtant... je conteste !

En resituant l'époque je trouve le design du bison plutôt bien réussi avec il est vrai quelques petits loupés comme avec les phases de déplacement qui certes ne paraissent pas réelles, mais apportant suffisamment d'illusions pour maintenir un suspense haletant. Si le requin de Jaws pouvait compter sur la mer pour masquer en grande partie son monstre, et la mise en scène génialissime de Spielberg pour le montrer le moins possible à l'écran, ici j. Lee Thompson n'a d'autres choix que de montrer sa créature. Du coup, le réalisateur va faire preuve d'habileté en créant tout un symbolisme mystique, et surnaturelle via la culture amérindienne et la hantise cauchemardesque de Bronson, avec une ambiance et un cadre personnifié pour faire en sorte que son monstre paraisse le moins ridicule possible à l'écran. L'inquiétante et magnifique partition de John Barry favorise intelligemment le mysticisme de la bête, de même que le terrible et puissant crie de celle-ci qui imprègne l'atmosphère d'un sentiment d'angoisse. Tout une construction allégorique et métaphorique donnant vie à ce terrible bison blanc, qui de mon point de vue est comparable à une entité fantomatique venu venger le massacre/carnage des millions de bisons.

Les diverses séquences filmées peuvent compter sur des décors mystérieux et accablants contribuant à rendre toujours plus d'étrangeté et de contextualisation au récit avec un travail sur les éclairages de nuit dans la neige magnifique. Les séquences tournées en studio peuvent sembler criardes, mais je trouve que cela colle parfaitement avec toute la fantasmagorie morbide autour de l'anxiété phobique de Bronson. En extérieur on a droit à quelques décors étonnants, comme le cimetière d'ossement de bison qui est subjuguant et effrayant, au même titre que le cadre glacial et inhospitalier où se trouve la bête. Les scènes d'action sont dans l'ensemble plutôt sympathique, on ne s'ennuie pas tout du long. Petit regret autour de la confrontation finale que je trouve un peu trop courte, et dans laquelle je regrette de ne voir aucune mort parmi les trois personnages principaux. Cela m'a paru un peu trop facile, et pas la hauteur de la menace qu'on nous vend depuis le début. Grosse appréciation au niveau de l'ambiance qui est parfaitement mise en scène, avec quelques petites séquences piquantes (comme avec celle mettant en avant l'ancienne prostituée) pour venir légèrement adoucir ce récit particulièrement dur.

Les performances des acteurs sont parfaitement en phase avec l'intrigue, Charles Bronson dans le rôle de Wild Bill Hickok avec ses lunettes de soleil est particulièrement cool. J'adore tout le travail de psychose fait autour de ce personnage qui est en proie à de violents cauchemars du bison blanc, à un point où celui-ci n'arrive plus à supporter la lumière du soleil, n'arrive plus à dormir sans se réveiller avec violence, n'arrive même plus à avoir une simple érection. Une véritable tourmente, superbement dépeint. Will Sampson sous les traits du chef sioux Crazy Horse, incarne un personnage tout autant intéressant, guidé par la vengeance mais aussi le devoir, voulant à tout prix tuer la créature ayant décimé son village et par la même tuée son enfant, pour lui prendre sa fourrure et envelopper sa progéniture décédée avec pour qu'il puisse rejoindre l'au-delà l'âme en paix. Jack Warden dans le costume du vieux, borgne et bourru Charlie Zane grand tueur indien, amène beaucoup de dureté au récit avec son côté très tranchant et raciste envers les sauvages. Je pense qu'il incarne habilement ce à quoi devait ressemblait un Américain de cette époque. Ce trio amène beaucoup de contraste au récit, devant surpasser l'antipathie haineuse du genre humain pour pouvoir surmonter la difficile et glaciale épreuve qui les attend.

CONCLUSION :

Le Bison blanc est loin d'être aussi mauvais qu'ont laissé présager des années de mauvais retour de la part de la presse et des spectateurs. Bien que possédant des défauts, le cinéaste J. Lee Thompson parvient à rendre un survival horror westernien honnête et efficace autour de l'homme contre la nature, dans une ambiance oppressante et inquiétante, avec des comédiens efficaces, et une partition de John Barry frissonnante. Pour ce qui est du constant mauvais retour autour du design du fameux bison blanc, il ne faut pas oublier que c'est une création en animatronique qui date des années 70, et certainement l'une des meilleures (je n'ai pas dit la meilleure) en le comparant chronologiquement avec tout ce qui a pu être fait durant les années 70, c'est pourquoi je suis bien moins sévère autour de celui-ci. Du coup, une question ne cesse de me traverser l'esprit :

" Pourquoi tant de haine !? "

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