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Ma femme, sois comme une rose

Film de Mikio Naruse Drame 1 h 14 min 15 août 1935

Kimiko, jeune employée de bureau, décide de partir a la recherche de son père qui a quitte le foyer et vit avec sa maitresse.

En amoureuse des titres, je ne pouvais que savourer celui-ci, Ma femme, sois comme une rose, évocateur de beauté mais aussi d'éphémère, un titre qui faisait monter à mes narines la fragrance délicate et prégnante de cette fleur, symbole de la femme aimée que de tout temps le poète a chantée. Car Naruse, dans cette jolie comédie douce-amère se révèle tout en demi-teinte et pare son film des douceurs de la grâce, posant un regard pudique, juste et délicat sur ses personnages, et surtout les femmes, comme toujours à l'honneur dans ses films. Une mère, une fille, un père qui a quitté la maison pour aller faire sa vie ailleurs, dans les montagnes, où devenu chercheur d'or, l'idéaliste, le grand enfant, qui vit avec une ancienne geisha et a fondé une nouvelle famille, se donne l'illusion de réaliser ses rêves. L'histoire pourrait être banale, n'étaient-ce les personnalités pleines d'humour qui émaillent le film, et notamment cette mère assez atypique, poétesse de son état, toujours en porte-à-faux, qui entre crises de mauvaise humeur affichée et recherche d'Inspiration, suscite chez sa fille, plus réaliste, amusement ou courroux. De grands airs dont Kimiko n'est pas dupe, même si elle a compris que sa mère souffre d'une solitude affective que son égocentrisme seul a provoquée. Alors la jeune femme, saisie d'un espoir insensé part sur les routes, à la recherche de ce père qu'elle voudrait tant ramener à Tokyo avant de convoler, rêvant d'une famille unie dont elle serait la fille choyée.

Et c'est la découverte d'un autre monde : un petit frère d'abord, rustre et peu amène qui se demande ce que cette jeune Miss vient faire chez lui tandis qu'il lui sert de guide, la conduisant au salon de coiffure que tient sa mère, OYuki...Mais qui est-elle donc cette ancienne geisha qui lui a volé son père ? La réponse nous en est donnée dans une scène magnifique et chargée d' émotion, une scène très forte où se révèle toute la grandeur d'âme d'une femme simple, affectueuse et aimante, qui sans bruit et depuis des années, délivre à cette fille qu'elle ne connaît pas, à peine plus âgée que la sienne, un message d'amour, lui adressant mensuellement de modestes mandats.

Pour Kimiko c'est presque l'apprentissage d'une vie : au contact de cette mère si oblative, de cette rose sans épines pourrait-on dire, elle comprend enfin son père, et c'est presque à son corps défendant qu'elle revient avec lui à Tokyo. Mais comme ils sont différents ces deux êtres qui n'ont plus rien à se dire quand ils se retrouvent, complètement étrangers l'un à l'autre, vivant chacun dans leur bulle, ce qu'exprime si bien Kimiko par ce sec et amer constat final :

Tu as perdu, maman.

Pas d'effusion ou de redondance, tout est dit dans la plus pure sobriété.

Vif et enjoué malgré son sujet mélodramatique, c'est un film qui n'est jamais pesant, la note mélancolique, telle une petite musique, survenant quand on ne s'y attend pas, un film où l'on retrouve les déambulations chères à Naruse : père et fille qui marchent côte à côte sur un chemin, ou encore les deux fiancés ne cessant de se quitter pour se rejoindre, tandis que les parents momentanément réunis, précèdent Kimiko sur le trottoir, la mère se retrouvant bientôt larguée à l'arrière. Un film à la grâce musicale et au charme irrésistible, aussi beau que son titre.

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