Download in HD

Les lys des champs

Film de Ralph Nelson Drame et comédie 1 h 34 min 5 juillet 1963

Homer Smith est homme à tout faire. Dans le désert de l'Arizona, il rencontre un groupe de nonnes allemandes qui lui demandent de réparer leur toit.

On présente souvent La nuit des morts vivants de Romero comme le premier film avec à la tête de son casting un noir. C’est évacuer un peu vite, par injustice ou par ignorance, la carrière de Sidney Poitier qui dans ses films est loin d’incarner un bête stéréotype racial.

Certes, Lilies of the field n’a rien du brûlot Black Panthers. C’est une comédie enchantée, qui valut à ce titre sans problème l’Oscar du meilleur acteur à Poitier, en 1963. Mais sous ses airs de ne pas y toucher, c’est un film complètement déviant, aux antipodes des standards de l’Amérique blanche urbaine et bourgeoise, à l’opposé du traditionnel cadre Wasp.

Dans Lilies of the field, un aventurier noir (Poitier/Homer Smith) rencontre en pleine ruralité, au milieu d’un quasi-désert, une communauté de sœurs catholiques allemandes. Celles-ci cherchent à construire une église pour la communauté latino environnante, très pieuse. Homer Smith va les y aider. Les seuls représentants du pouvoir blanc sont, au très loin, le curé et le chef d’une entreprise de matériaux. Sur cette scène de théâtre s’affrontent des stéréotypes aux opposés sur l’échelle de l’humanité : la vieille garde allemande, autoritaire et inflexible, et la jeunesse noire libérée.

L’ensemble est prétexte à une comédie optimiste qui sert de rare argument dans les conversations cinéphiliques où l’on débat de savoir s’il est possible de faire un bon film avec de bons sentiments. Lilies of the field est typiquement un feel good movie comme on en voit des dizaines de ratés chaque année. C’est un film musical et rythmé, où Poitier enseigne l’anglais avec bonhommie à une poignée de sœurs enjouées chapeautées par une mère supérieure bougonne. Pour une raison mystérieuse, les ingrédients typiques du navet décérébrant actuel donnent ici forme à un bon film. Est-ce du à l’incroyable charisme de Sidney Poitier – l’un des acteurs les plus injustement méconnus de l’histoire du cinéma – ou à l’innocence d’une époque où les codes du feel good movie n’étaient pas encore installés ? Difficile à dire.

Film noir/latino/germanisant perdu dans un océan wasp, Lilies of the field étonne également par la rencontre qu’il orchestre entre le protestantisme baptiste afro-américain et la catholicité traditionnelle européenne autour des valeurs de partage et de la notion de communauté.

L’équipe du film est composée de jeunes ressortissants de la télévision, typiques du passage de relai et du changement de perspective à l’œuvre dans le cinéma américain des années soixante. Le réalisateur Ralph Nelson en est là à sa deuxième produciton pour le cinéma, après plus de dix ans de carrière pour la télévision. Lilies of the field succède dans sa filmographie à l’excellent Requiem for a heavyweight, autre pépite méconnue. On reconnait également au casting l’immortel Jerry Goldsmith.

streaming film complet