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Les SS frappent la nuit

Film de Robert Siodmak Drame et thriller 1 h 40 min 19 septembre 1957

À Hambourg, en 1944, la serveuse d'une auberge est sauvagement assassinée. Les soupçons se portent rapidement sur le soldat Keun. L'inspecteur Kerstein ne le croit pas cependant coupable et tente de découvrir le meurtrier.

Les SS frappent la nuit (parfois appelé selon sa traduction littérale "La Nuit quand le diable venait") est un portrait de la société allemande durant la Seconde Guerre mondiale selon un angle de vue similaire à celui qu'utilisera 10 ans plus tard Anatole Litvak dans La Nuit des généraux : c'est le récit d'un crime civil commis pendant la guerre dont l'élucidation se heurtera à la rigidité de l'institution militaire. Dit autrement, c'est la confrontation de l'exercice du droit à la soumission imposée par un état de non-droit. Mais là où le réalisateur américain d'origine ukrainienne mettait l'accent sur la criminalité au sein des hauts rangs de l'armée, Robert Siodmak s'intéresse à la fictionnalisation d'un fait divers, les agissements d'un tueur en série qui survinrent à la fin de la guerre.

Cette guerre ne servira d'ailleurs que de toile de fond, sans que le contexte particulier des derniers temps du nazisme triomphant ne soit vraiment développé. Tout juste sait-on que le protagoniste apprenti enquêteur revient du front suite à une blessure, tandis qu'il reprend son métier à la ville, commissaire au sein de la police criminelle. Ce n'est pas non plus la dimension de thriller avec un éventuel jeu sur la tension dramatique qui est favorisée, à l'image de M le maudit avec lequel le film partage certains points communs, notamment dans le caractère incontrôlable du meurtrier — même si l'horreur terrifiante de Peter Lorre, avec tout le sous-texte sociétal, trouve très peu d'écho dans le comportement de l'assassin benêt interprété ici par Mario Adorf. Dans cette histoire de série de meurtres non-élucidés qu'il soulèvera, la politique s'invitera très vite.

L'empreinte grotesque laissée par la condamnation évidemment illégitime (aux yeux du spectateur) d'un homme rondouillet qui porte presque la mention "innocent" sur le front peut laisser circonspect, dans un premier temps. Mais de fil en aiguille, au détour d'un petit cours d'anatomie (le tueur fracture l'os hyoïde de ses victimes par sa force herculéenne), la raison d'état s'invite dans la partie et les passe-droits des autorités nazies finissent par peser de tout leur poids. Dans un système supposé infaillible, l'erreur n'existe pas. De peur d'émailler la confiance du peuple, la propagande et la corruption œuvreront de concert pour dissimuler la vérité : il ne suffit pas que le criminel soit arrêté, encore faut-il que son profil corresponde aux valeurs du parti. Manque de bol, l'assassin n'est ni Juif ni étranger, seulement simplet : rien de suffisamment consistant pour révéler l'incapacité du Troisième Reich a arrêter un tueur en série durant plus d'une décennie. Et tout le monde paiera les pots cassés : renvoi au front d'un handicapé, fuite en Suède d’un témoin, et exécution d'un innocent en toute connaissance de cause. Le véritable tueur en série Bruno Lüdke servit de cobaye à des expériences jusqu'à sa mort en 1944.

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