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Le Charme discret de la bourgeoisie

Film de Luis Buñuel Fantastique et comédie dramatique 1 h 40 min 15 septembre 1972

Un dîner entre les Thévenot et les Sénéchal sera sans cesse repoussé pour des raisons tout aussi absurdes les unes que les autres.

Le charme discret de la bourgeoisie est, pour de nombreuses raisons, un petit bijou, un point d'équilibre entre absurde et drôlerie, vacillant sans cesse entre critique intelligente et peinture surréaliste, entre scène très terre-à-terre et envolée onirique, entre une (tentative de) bonne bouffe et une mort qui ne cesse de rôder. Les personnages, pour lesquels nous n'auront à aucun moment une quelconque antipathie, ne parviennent jamais à finir ce qu'ils entreprennent (manger, dormir, faire l'amour) et c'est en creux le massage d'une bourgeoisie qui tourne en rond, à vide, sans trouver de but ou d'accomplissement à leurs existences étouffées par les convenances. Mais qu'en terme fins et joyeux ces choses-là sont dites ! Et quel plaisir de suivre ces quelques scènes hallucinées ou des manœuvres militaires urgentes sont retenues le temps qu'un trouffion raconte son rêve, où un diner se révèle se tenir sur la scène d'un théâtre empli d'un public, et combien d'autres trouvailles encore !

Sous le poids des apparences, rien ne se fait ici comme il le devrait, mais jamais, et c'est une force du film, ce que l'on voit ne tombe dans la caricature grossière ou lourde. Pourtant, et avec le plus grand naturel, l'évêque jardine et apporte les chaises pour le diner, le colonel et sa compagnie fument des joints, l'ambassadeur trafique de la blanche et drague la révolutionnaire, le salon de thé ne sert ni thé ni café, les pandore torturent dans un piano, les auberges veillent leur mort au sein de la clientèle... Comme si le rêve, surgissant souvent au cours du récit, était étroitement lié à la réalité pour qu'on ne sache plus jamais vraiment où l'on se trouve. D'autant qu'ils se révèlent parfois plus réaliste que la réalité !

L'origine du projet de Bunuel et Jean-Claude Carrière (co-scénariste de l'époque) était de mettre en scène une répétition de situation à l'infinie. Si l'idée du meurtre d'un notable par un quidam n'a pu être menée à son terme, elle fut remplacée, à la suite d'une discussion avec leur producteur, sur l'idée d'un diner qui ne pourrait jamais être menée à son terme.

Ces six bourgeois marchant indéfiniment le long d'une route de campagne, désespérément droite et sans fin, comme des hamsters tournants à vide dans leur roue, illustrent parfaitement ce que le titre suggère (titre trouvé après la dernière mouture du scénario) de manière subliminale: la critique d'une société est bien là mais elle est à l'image de son auteur: légère, drôle, surréaliste. La mort, présente tout au long du récit, comme unique fin possible de la route.

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