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Les Plaisirs de l'enfer

Film de Mark Robson Drame et romance 2 h 37 min 11 décembre 1957

La ville de Peyton Place n'est paisible qu'en apparence. Allison MacKenzie, une belle étudiante, découvre que sa mère cache un lourd secret. L'arrivée d'un nouveau directeur de collège et une meilleur amie abusée par son beau-père vont finir de bouleverser le quotidien de Peyton Place.

Bien avant de sombrer dans la mièvrerie que l'on connaît aujourd'hui, le mélodrame a été pendant longtemps un des genres phares à Hollywood. Un genre passionnant qui, outre sa dimension sentimentale, permettait d'aborder de front de nombreux sujets de société. "Peyton Place" est, en ce sens, l'un de ses plus brillants représentants ! Sous son aspect de doux et inoffensif film romantique, se cache en fait un cinglant portrait de la middle-class américaine où sont révélés au grand jour les principaux tabous de l'époque : alcoolisme, sexe, viol, inceste, etc. Ce n'est pas peu dire que le film fit scandale au cœur de l'Amérique puritaine d'Eisenhower ! Mais au-delà des thèmes abordés, "Peyton Place" impressionne par sa finesse et par sa justesse de ton ! En effet, Robson a ici le bon goût d'éviter les lourdeurs narratives et la caricature outrancière ; il fait dans le simple, le classique même, mais surtout dans l'efficace. Alors si aujourd'hui, on se souvient surtout de "Peyton Place" comme étant en quelque sorte l’ancêtre du soap opera, le film vaut tout de même bien plus que ça ! Qualité de la mise en scène et justesse de l'interprétation font que le film n'a rien perdu de sa force évocatrice, malgré quelques petites rides qui n’enlèvent rien à son charme...

Une fiction placée sous le sceau du réalisme

Passons outre le ridicule du titre français, "Peyton Place" est avant tout une chronique très acide de l'Amérique des années 40/50, celle de ces petites villes qui sont autant de clichés de l'American way of life mais où la gentille populace cache également d'immondes secrets. L'histoire, basée sur un roman de Grace Metalious, s'inscrit dans le cadre très réaliste d'une petite bourgade fictive de la Nouvelle Angleterre qui se veut être représentative de la ville moyenne américaine. On suit ainsi, sur plusieurs années, le destin croisé de différentes personnalités de cette communauté bien sous tous rapports ; un échantillonnage qui a le mérite de mixer harmonieusement les âges et les couches sociales. Les bases de l'histoire sont ainsi solidement ancrées dans une réalité sociale connue de tous, la férocité de la charge n'en sera que plus grande. !

Le mélodrame apprivoisé, le mélodrame transcendé

Le film débute à la manière d'un mélodrame classique avec l'arrivée du nouveau Principal du collège, Michael Rossi, qui va vite être attiré par la belle Constance. On sent la douce romance débutée, les acteurs sont jeunes et beaux, la luminosité est apaisante, le cadre est idyllique, le technicolor rend les couleurs resplendissantes, les violons commencent à entonner leur sérénade... Mais voilà, l'histoire qui nous est présentée n'a rien du conte de fées ! Robson nous déroule gentiment son histoire en suivant le chemin balisé du bon mélodrame, prenant son temps pour installer ses personnages et ses situations, avant de faire progressivement craqueler l'image lisse et idyllique qui nous était présentée jusqu'alors ! Et c'est dans cette progression où le film devient particulièrement savoureux et jouissif, les images se fendent peu à peu et nous révèlent avec force l'ampleur de l’hypocrisie ambiante.

Le procès de la société Américaine

Si "Peyton Place" est si réussi, c'est surtout parce qu’il est bien écrit. On sent le travail de fond pour élaborer l'histoire et approfondir les personnages, rendant ainsi crédible les différentes situations présentées. C'est ainsi que Robson affûte ses arguments et son plaidoyer dans ce qui sera la mise en accusation de la société US. Si le film se termine par un procès, ce n'est pas un hasard, c'est cette société bien pensante et moralisatrice qui est mise au banc des accusés. On nous dévoile ainsi les crimes perpétrés et cachés par les membres respectables de la population : alcoolisme, sombres convoitises, mensonge, adultère, viol, inceste... À l'image de la prude et traditionaliste Constance, tous ont des cadavres dans leur placard et la vérité n'est pas toujours agréable à entendre. Robson met à jour, avec brio, l'hypocrisie généralisée, le poids néfaste des conventions et du puritanisme. Il est bien aidé en cela par une réalisation sobre et efficace, et par des acteurs étonnant de justesse ( Lana Turner et Diane Varsi sont toutes deux remarquables). Le propos du film n'en est que plus pertinent et lorsque le verdict tombe, c'est bien l'amertume qui s'impose durablement, reléguant la douceur sucrée du début au rang de vague souvenir.

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