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22 Jump Street

Film de Phil Lord et Christopher Miller Action, comédie et policier 1 h 52 min 13 juin 2014

Jenko et Schmidt infiltrent sous-couverture, un campus universitaire pour démanteler un réseau de trafiquants de drogues.

On était déjà revenu il y a deux mois sur le cas de Phil Lord et de Chris Miller à l'occasion de la sortie de leur excellent précédent film La Grande Aventure LEGO. Le duo est indéniablement un élément très prometteur au sein de cette vague de cinéastes américains apparus après l'an 2000, notamment par sa capacité à jongler avec l'animation et le long métrage "live" mais aussi et surtout par sa capacité à transcender les projets les plus improbables que tout prédestinait à l'échec. L'un de leurs exploits, et non des moindres, a été de parvenir à livrer l'une des rares bonnes adaptations cinématographiques d'une série télévisée - un exercice extrêmement risqué si l'on ne s'appelle pas Brian De Palma (Les Incorruptibles, Mission : Impossible) - à partir de l'une des plus "ringardes" d'entre elles : 21 Jump Street. Si cette dernière disposait alors encore d'un maigre lot de fans qui se remémoraient avec émotion la découverte à la fin des années 1980 d'un minet appelé Johnny Depp, avant qu'il ne soit recupéré puis trituré (pour le meilleur comme pour le pire) par le cinéaste Tim Burton, le moins que l'on puisse dire c'est qu'une version moderne de cette intrigue policière voyant des flics s'inflitrer dans un lycée apparaissait comme farfelue, voire complètement hors de propos.

Le premier excellent choix pour relever ce défi a été d'aborder le sujet avec humour. Plus personne ne pouvait en effet croire (ou accepter de croire) à un tel postulat pour cause de crises de "réalisme" aigus après le 11/09. Le concept était trop tiré par les cheveux, trop grotesque et par dessus tout "inutile". Qu'est-ce qu'un film au premier degré et partant d'un principe pareil aurait à dire de pertinent sur le monde d'aujourd'hui ? Il fallait donc s'en moquer et, second choix judicieux, le prendre avec un contre-pied absolu. Ainsi, Miller et Lord détruisirent l'ensemble de la mythologie de la série au grand dam des fans (tuant littéralement Depp lors d'un caméo) afin d'en construire une autree qui soit plus actuelle et qui soutienne la nouvelle version de la franchise. Ainsi, par ce postulat, les cinéastes s'intéressaient moins à parler des méfaits de la drogue sur la jeunesse qu'à étudier les codes de la fiction pour "teens" (ados) dans laquelle la série s'inscrivait. 21 Jump Street version "film" n'est pas un mélo policier mais une comédie impertinente (on est dans de l'humour un peu trash comme dans une production de Judd Apatow) arborant fièrement un discours "méta". Le résultat était aussi intelligent que tordant, tout en n'étant pas dépourvu d'une dose d'émotions grâce aux interractions de ce "couple" aussi improbable qu'efficace composé de l'"action-star" monolythique Channing Tatum et du "nerd" enveloppé mais très drôle Jonah Hill.

Le résultat fut - contre toute attente - une réussite tonitruante qui cartonna au box-office et qui plut aux critiques. Et si dans leur délire "méta" Lord et Miller avaient placé en guise de conclusion l'annonce fracassante d'une seconde mission pour les deux flics qui se déroulerait cette fois dans une université, nul doute que personne ne croyait vraiment que le public marcherait à ce point dans ce délire pour permettre le financement d'une suite. Néanmoins, les chiffres étant ce qu'ils sont, 21 Jump Street fut l'un des cartons majeurs de 2012. Et les cinéastes se lancèrent dans un autre défi a priori impossible à relever : faire aussi bien, sinon mieux que ce premier épisode. A la fin de la projection, l'impression est mitigée. D'abord parce que 22 Jump Street est un tantinet moins drôle et réussi que 21 Jump Street. Ensuite parce que cela indique que, pour le première fois, le duo de cinéaste n'a pas complètement réussi à relever un défi et que ce quatrième long métrage s'impose clairement comme le moins abouti de leur courte carrière. Néanmoins, il est difficile d'en tenir rigueur au film puisqu'il est parfaitement conscient des défauts dont il souffre. De plus, il les avait prévu dès le départ et les assume donc fièrement.

En exagérant la mise en abime, le film explique dès l'introduction la note d'intention du chef de la police/des producteurs : après le succès inattendu du film/de la mission, ces derniers ont décidé de réinvestir trois fois plus d'argent afin de relancer l'opération sur le mode "bigger and louder" (plus gros, plus bruyant, plus spectaculaire). La condition ? Refaire exactement comme avant, suivre la recette de l'opération précédente afin que le succès de la suivante soit garantie. Simple sur le papier sauf qu'il apparait qu'il est impossible de réitérer l'exploit à l'identique sans que cela ne soit plus outrancier ou moins concluant. On se retrouve ainsi devant un copier-coller assumé de certaines séquences, tout en les modifiant suffisamment pour les rendre "meilleures" que les originales (avec plus ou moins de succès). Tentant de refaire la même chose qu'autrefois, les deux héros réalisent que cette méthode ne fonctionne plus dès lors que le cadre diffère légèrement. S'en suit ainsi une grosse colère de la part des patrons producteurs/policiers qui, voyant que les héros/scénaristes ne refont pas ce qu'on leur demande et qu'ils n'obtiennent pas de résultat satisfaisant, décide de réduire les frais. Un choix qui se retrouve incorporé à l'intrigue puisque, afin de ne pas faire grimper l'addition, les deux héros se retrouvent sans pistolet et sont contraints d'éviter de détruire trop de choses lors de leurs courses poursuites.

La nature désorganisée et discursive du film est logique : elle est la volonté des réalisateurs/scénaristes de ne pas respecter les codes et elle résulte aussi de l'incapacité des héros à s'en tenir à leur enquête qu'ils submerge par leurs nombreux conflits personnels (une "bromance" évidemment très connotée). Et si cette relation entre ces deux héros que tout oppose passe par tous les clichés possibles - 22 Jump Street flirtant moins avec la "teen comedy" qu'avec la comédie romantique - les étapes balisées qu'ils suivent sont annoncées dès le départ dans une forme de sinistre prémonition. Ainsi, l'irruption de ces clichés fait partie intégrante du "gag" géant que constitue le film. De même que la présence de scènes d'action plus destructrices s'intègre au "programme" annoncé en sous-texte lors de l'introduction. Néanmoins, si cette profession de foi excuse - voire justifie - l'ensemble de ces défauts, elle n'empêche pas ces derniers de faire leurs mauvais "effets" sur le spectateur. Redite maligne, mais redite quand même malgré certains passages plus hilarants que les meilleurs moment de 21 Jump Street (notamment une sous-intrigue concernant le personnage incarné par Ice Cube). L'interaction entre Hill et Tatum fonctionne toujours autant mais on regrettera non seulement l'absence d'un personnage féminin aussi marquant que celui qui était joué par Brie Larson, mais aussi et surtout l'emploi d'un humour moins incorrect. Cependant, à l'instar de l'ouverture qui singe les "teasers" récapitulatifs se trouvant au début de chaque nouvel épisode d'une série, le générique de fin va à fond dans le "méta" et s'impose comme le meilleur de ces vingt dernières années, repoussant à tel point la mise en abime qu'il est improbable qu'un vrai 23 Jump Street puisse voir le jour.

LIEN : kritics.blog.over-blog.net/2014/06/22-jump-street.html

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