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Star Wars : Les Derniers Jedi

Film de Rian Johnson Action, aventure et science-fiction 2 h 32 min 13 décembre 2017

Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…

[ATTENTION CA SPOILE GRAVE]

Il y a pas très longtemps, dans une galaxie vachement proche,

En décembre 2017, alors que le huitième film principal de la saga Star Wars est sorti, le monde est divisé. La gauche et la droite, les USA et la Chine, Protestants et Catholiques, et... Star Wars VIII. Sans trop en rajouter, ce film déchaîne les passions, qu'elles soient positives ou négatives. Au delà de ceux qui s'en foutent de Star Wars, les autres ont du mal à y échapper. Et moi le premier. Quand à savoir si il divise autant ou plus que les précédents opus de la saga, c'est dur à dire. Depuis les premiers films de la décennie 70-80, les fans se font régulièrement des guerres d'arguments et d'invectives pour défendre ou couler la prélogie, l'épisode 7, Rogue One, ou plus récemment, The Last Jedi, le petit dernier.

Ses défenseurs mettent en avant les visuels et la réalisation du film, très inspirés malgré quelques flagrantes fautes de goût. Ils évoquent le retour de la saga vers ses racines et en même temps la volonté de Rian Johnson de rompre avec celles ci, s'extasient sur quelques scènes qui résonnent particulièrement dans la galaxie Star Wars, les références aux précédents films. Ses contempteurs fustigent un scénario incohérent, trop touffu, lent, voire insultant pour l'héritage de Lucas. Ils ne pardonnent pas les fautes de goûts citées plus haut, s'indignent de ce qu'ils considèrent comme un traitement indigne de Luke, voire affirment simplement et franchement s'être fait chier devant le film.

Alors qu'en est il de moi ?

Et bien je comprends les deux points de vues, mais il est un avis que j'ai beaucoup de mal à accepter ; celui qui consiste à hurler au sacrilège, à affirmer que Rian Johnson aurait insulté Star Wars. Personnellement, dans cette querelle, j'ai choisi mon camp ; The Last Jedi compte parmi mes films de la saga préférés. Et je m'en vais vous expliquer pourquoi, en bien trop de mots et en expliquant pourquoi ce que vous verrez peut être comme une insulte à Lucas est pour moi un signe de respect absolu à ce qu'est Star Wars. MON Star Wars.

Star Wars, une force qui nous entoure et nous pénètre

Comme je l'indique dans le titre de cette critique, il y a plusieurs Star Wars. En fait, je pense qu'il en existe autant qu'il y a de spectateurs des films. Pour certains, il s'agit juste d'un film original qu'ils ont vu il y a 40 ans, pour d'autres, une part de leur culture voire de leur personnalité. Et même ceux qui ont tout vu, tout lu et ont la même connaissance de cet univers n'en ont pas le même ressenti, n'y apprécient pas les mêmes choses, n'y reviennent pas pour les mêmes raisons. Par exemple, certains fans adorent la prélogie, ses Jedi qui virevoltent, ses effets numériques saisissants (à l'époque) et sa fin tragique. D'autres vouent un amour exclusif aux trois premiers, qui seraient empreints d'un esprit mythologique manquant à leurs successeurs. Si je m'attarde sur ce point c'est parce que je pense que votre ADN Star Wars va globalement déterminer votre appréciation de The Last Jedi.

Personnellement, j'ai grandi avec cette saga ; les cassettes des premiers films passaient régulièrement chez moi quand j'étais gosse, et j'ai vu les trois films de la prélogie au cinéma. A l'époque, j'étais conquis, par les six films. Puis, après une période Seigneur des Anneaux qui m'avait fait complètement zapper les sabres lasers, j'y suis revenu avec un oeil neuf. Et là, bouleversement : Je me suis rendu compte que je n'aimais pas la prélogie ; Trop comique pour être vraiment dramatique, vampirisée par ses comic-reliefs, trop détachée de la trilogie pour que l'univers reste cohérent, mal écrite (surtout les personnages et leurs dialogues)... J'ai donc entreprit de revoir la trilogie originale ; Et si A New Hope reste un monument, Empire Strikes Back est clairement pour moi la perle de la saga ; inventif, épique, plus nuancé et malin que son aîné, plus sombre aussi... Quand au Return of the Jedi, j'en suis sorti mitigé ; la partie centrée sur Luke et Vador est parmi ce que Star Wars a fait de mieux, mais toute la partie chez Jabba le Hut n'apporte pas grand chose et la bataille sur Endor est déjà symptomatique des écueils de la prélogie, avec ses Ewoks qui dédramatisent tout (saut durant l'unique plan où un Ewok meurt à l'écran). Au final je pense que si je devais résumer ce que j'aime dans Star Wars, je n'aurais besoin que de trois concepts ; Le mythe, l'épique, la résonance.

Le mythe Star Wars

Ce qui différencie cette saga de Star Trek ou d'autres, c'est le mythe que développe Lucas dés le premier épisode. Star Wars n'est pas juste le récit d'un fermier qui va faire péter un gros vaisseau ; c'est évidemment une réutilisation du monomythe théorisé par Campbell et vulgarisé par Vogler mais surtout une nouvelle mythologie forgée à partir de maquettes en carton pâte et de costumes en plastiques. C'est avant tout l'histoire des hommes dans ce qu'elle peut avoir de plus universelle ; Bien contre mal, liberté contre oppression, amour contre haine. Et quand bien même c'est hyper bateau dans le fond, ça fonctionne, parce que ça vibre avec toute notre culture. Quand bien même Obi Wan évoque plus un vieux samurai qu'un chevalier du moyen-âge, son code de conduite et ses idéaux nous parlent aussi facilement en France qu'à un spectateur japonais. C'est ce qui permet aussi à des personnages de prononcer "May the Force be with you" sans paraître ridicules comme dans beaucoup d'autres oeuvres. Le mythe instauré par Lucas dans la première trilogie fonctionne, même 40 ans après pour peu qu'on fasse abstraction des FX, et ça tient notamment à une chose ; la mystique du récit.

Si Lucas a pu parler de la Force dans l'épisode 4 sans jamais réellement la montrer, c'est parce qu'il en a fait une utilisation assez subtile ; Obi Wan manipulant les pensées du Stormtrooper ou Luke s'en remettant à son instinct pour tirer sa torpille, la Force est avant tout invisible, et donc, dans l'imaginaire du spectateur, elle est toujours présente. C'est quelque chose que j'adore dans cette saga et qui m'a rendu la prélogie amère ; Star Wars est un space opera où tout ne s'explique pas par des chiffres et des diagrammes. L'empire y est moins impressionnant par son nombre de soldats que par la figure inquiétante de Darth Vader, machine à tuer impitoyable car englouti par le côté obscur de cette force mystique, plus proche du Destin grec se jouant des hommes que de la sorcellerie d'Harry Potter. D'où la trahison que j'ai éprouvé quand j'ai vu Qui-Gon parler de Midichloriens, des Jedi et des Siths faire les acrobates au lieu de se battre, et la Force devenir un pouvoir télépathique pour jouer à "shoot the Yoda" (souvenez vous du combat dans le sénat...). Le spectacle devenait prioritaire sur le mythe, sans pour autant retrouver pleinement le sens de l'épique.

Le récit épique

Pour être honnête, il est un des films de la prélogie qui s'en tire plutôt bien au niveau de l'épique, comme au niveau du Mythe ; la Revanche des Siths. Quoi de plus normal ? C'est le film qui remet en selle le conflit direct entre les deux ordres liés à la Force, et qui de ce fait amorce le virage tragique de la saga, le tout sur fond de guerre intergalactique. Mais pour ce qui est des deux films qui le précèdent... Si je disais plus haut que le Retour du Jedi m'évoquait la prélogie dans plusieurs de ses mauvais côtés, c'était notamment pour l'incohérence magistrale qui consiste à faire se suivre une scène de bataille guignolesque entre les Ewoks et les Storm(victim boloss)troopers de l'empire, et une scène dramatique entre Luke et l'Empereur à bord de l'étoile noire. De quoi tuer à la fois l'épique ET le Mythe puisque l'un détruirait presque le sérieux de l'autre.

Et bien la prélogie fait ça TOUT LE TEMPS. Les Gungans doivent se battre contre des droïdes (robots programmés pour la guerre donc sensés être dénués d'humanité) ? Ajoutez des cabrioles de Jar Jar et ses fameuses "boomasses" (avec un accent raciste, c'est encore mieux) et vous aurez une superbe bataille pour petits et... petits, surtout. Une course poursuite qui fait suite à une tentative d'assassinat sur la douce Padmé ? Mettez environ 15 000 punchlines à Obi Wan, pour que Mc Grégor sauve un minimum votre film. Le problème n'est pas tellement d'ailleurs qu'un personnage fasse un peu d'humour pour faire descendre la tension d'une scène ; C3PO le faisait régulièrement dans la trilogie. Le problème tient au fait de refuser la tension d'une scène, de refuser l'épique. En l'occurrence, les deux premiers films de la trilogie sont déjà dénués d'enjeux (Sauver le trône de Padmé ? Retrouver l'assassin de Padmé ? On est loin du génocide d'Alderann ou du risque d'annihilation de la rébellion de la trilogie originelle) MAIS AUSSI de tension dramatique, la plupart du temps. Quand C3PO faisait une de ses stats invraisemblables en plein champ d'astéroïdes, le reste de l'équipage lui intimait de se taire parce que ça restait une situation difficile. Quand Jar Jar jongle avec ses "boomasses", qui pourrait croire que le personnage est en danger ? De toute façon, il faudrait y avoir cru avant puisque après tout, tout cela n'est qu'une histoire d'embargo commercial où les droides font fuir les gentils mais ne tuent jamais personne à l'écran.

A l'inverse, The Last Jedi est traversé par l'épique, de bout en bout ; Depuis la première bataille qui débute le film, jusqu'aux derniers instants sur Crait à la fin, les enjeux y sont énormes. Beaucoup avait applaudi le choix radical de Rogue One de détruire à la fin une bonne partie de la flotte rebelle et la mort des protagonistes. Si je pense que le film rate une occasion avec le geste avorté de Fin, la situation de la Rébellion dans ce film reste catastrophique. Des personnages tertiaires à qui le film prend la peine de donner un visage et qui meurent... Il y en a une pelleté ! Et même les vibrants exploits sont ensuite ramenés à leur coût humain et matériel. Dans The Last Jedi, le vaisseau de la Rébellion prend l'eau de tous les côtés et c'est ça qui fait que l'épique fonctionne, au moins sur moi. Dans ce contexte, l'arrivée de Luke est une vraie bouffée d'air frais et une lueur d'espoir qui n'a rien de factice (malgré l'illusion). Quand à l'humour... Il est parfois problématique. Le running gag des Porgs, ça saoule assez vite. Le personnage de Nux qui se prend humiliations sur humiliations aussi, dans une moindre mesure. Mais globalement, l'humour de ce Star Wars VIII m'a moins évoqué celui d'un Marvel (ca y est on voit du Marvel partout maintenant) que celui des vieux films ; Poe qui baratine Nux dans la première scène, ça m'évoque clairement Han qui essaye de baratiner la station de radio de la prison dans l'étoile noire. Et surtout, ça n'est qu'un prétexte de Poe pour gagner le temps qu'il lui faut pour se lancer à l'assaut. Ca pourrait être plus fin, mais ça n'est pas gratuit. Sur ce point, j'ai vraiment l'impression que les fans ont un peu oublié que le ton des vieux Star Wars était souvent à l'humour, et que Marvel ne l'a pas inventé. Je suppose que c'est un réflexe de notre temps de voir la même recette partout mais ça n'est pas toujours justifié.

La résonance avec l'époque

Ce dernier concept est bien plus personnel dans mon attachement à Star Wars, je l'admet volontiers. Pour le dire simplement, j'ai souvent eu l'impression que la saga ne parlait pas simplement d'une galaxie très lointaine mais bien de nous, dans toutes les époques qu'elle a traversé. La première trilogie était bien évidemment une relecture en space opéra de la 2nde Guerre Mondiale ou de la Guerre Froide (dans laquelle le monde était encore engoncé). Dans ces trois films, les camps sont clairement définis, chacun ayant ses idées, ses codes, son objectif bien déterminés. On ne peut pas se tromper sur les gentils et les méchants, et l'étoile de la mort a clairement une connotation génocidaire et nazie en prime (mais l'URSS marche aussi très bien comme empire totalitaire). La prélogie, avec son atmosphère de république décadente, de démocratie mise à mal et d'escalade militaire, correspondait assez bien au contexte des deux guerres du Golfe (Celle de Bush père puis du fils), tout en évoquant bien entendu l'Allemagne nazie, et plus discrètement la fin de la République romaine. Et, fait majeur qui rompt avec les premiers films, l'ennemi y est fuyant et sournois, les gentils y sont moyennement attachants, et l'échiquier est brouillé. Comme dans cette période où les moujahides alliés d'hier devenaient les terroristes d'aujourd'hui, de même pour Saddam Hussein, allié puis adversaire des Etats Unis.

Alors qu'en serait il de la nouvelle trilogie ? Et bien je pense que les scénaristes ont encore visé justes puisque ce qui caractérise la galaxie des épisodes 7 et 8, c'est le chaos, la disparition des idoles, la perte de repères ; Comme si, pure hypothèse, notre monde réel, rendu confus par la fin des idéologies, la crise perpétuelle et la perte des identités se comportait étrangement, en élisant une ancienne star de la Télé-réalité à la présidence des Etats-Unis par exemple. Au delà de l'assimilation à mon sens claire entre le First Order et l'Alt Right montante aux USA, les films sont symboliquement forts à travers les figures de Rey (la définition du personnage paumé, laissé pour compte et qui fait du sur place), et celle de Kylo Ren (faux méchant, vrai gosse perdu, ayant mal tourné car manipulé par un adulte à l'influence malsaine, en adoration totale et faussée pour son grand père). A mon sens, les héros de cette trilogie nous ressemble, nous, les générations X ou Y comme nous appellent les vieux ; ceux qui ont vu un monde mourir sans qu'un autre ne vienne vraiment prendre sa place, et qui s'attachent à des figures malsaines dans l'espoir d'y trouver leur voie ou bien se résolvent à leur sort.

Ces trois points, atrocement longs j'en suis conscient, sont indispensables pour que vous compreniez pourquoi j'aime cet épisode VIII, et pourquoi je comprend complètement que vous ne n'aimiez pas. En réalité, pour la première fois depuis longtemps, j'ai retrouvé dedans le Mythe, l'Epique, et la Résonance. J'ai déjà parlé de la manière dont ces deux derniers thèmes étaient traités dans le film donc je vais surtout me concentrer sur l'aspect primordial ; le Mythe.

The Last Jedi, mon Star Wars

Alors, donc, le sujet qui fâche : pourquoi j'ai pris mon pied devant The Last Jedi ; Pourquoi je lui pardonne ses errements de scénario (toute la partie de Fin liée au brouilleur), ses fautes de goûts honteuses (Leïa dans le vide spatial, Luke qui trait des trucs dégueulasses, le casino beaucoup trop "terrestre") et son humour pas très fin ?

The Last Jedi, après un épisode 7 qui teasait la Force comme une énergie brut, mal maîtrisée par ses héros et antagonistes, se dévoile enfin comme le coeur de cette trilogie ; Luke, malgré son isolement, est bien le pivot de l'Histoire ; La légende de la galaxie, comme il ironise lui même puisqu'il se dénie ce rôle trop gratifiant à ses yeux, celui qui a abattu l'empire et le seul Jedi encore en vie. Et le moins qu'on puisse dire c'est que sur le sujet de la Force, ce VIIIème est de loin le plus bavard depuis l'Empire Contre Attaque et les leçons de Yoda. Au travers de Luke, on retrouve la Force comme élément du destin, mais aussi comme tension interne aux personnages principaux, constamment en proie aux doutes et à la tentation de l'autre côté. Au fond, plus qu'une question de maîtrise de super-pouvoirs, l'enseignement Jedi et Sith, c'est cela ; Un moyen d'affermir ses convictions, de ne plus se laisser tenter par l'autre côté de la balance (Sérieux, on se bats les couilles de savoir si Rey a suivit son cursus en 15 années pour être Jedi). C'est cela que Obi Wan avait raté avec Anakin, et de ce point de vue, le twist de la mort de Snoke me paraît bien plus cohérent que la fin de la Revanche des Siths puisque Kylo Ren ne passe pas d'un côté à l'autre en une seconde ; Malgré sa tentation du côté "lumineux", il achève en réalité sa formation Sith, en tuant son maître pour prendre sa place. Je ne comprends même pas que ça surprenne quelqu'un ; Darth Vader proposait déjà à Luke dans le V de détrôner l'empereur et de régner ensemble, comme Anakin le proposait déjà à Padmé à la fin du III, et Darth Sidious avait aussi tué son maître. A l'inverse, Rey devient réellement une Jedi lorsqu'elle refuse l'offre de Kylo, alors qu'elle s'en est pourtant rapprochée tout au long du film. Leur conflit est parfaitement symbolisé par ce sabre laser déchiré en deux ; Ils s'attirent et ils se repoussent, de façon irréconciliable.

Cette tension interne, c'est à mon sens le socle du Mythe Star Wars ; tout comme dans les mythes grecs ; l'épopée ou la tragédie repose sur cette capacité (Luke, Darth Vader) ou cette incapacité (Anakin, Kylo Ren) a suivre le bon chemin et faire le bon choix. Et pour le coup, je trouve que Kylo Ren compte parmi les personnages de la saga qui sont les plus intéressants de ce point de vue ; Il n'est pas un bête méchant dont on se doute qu'il va forcément faire les pires choix moraux possibles. C'est avant tout un gamin paumé, ambitieux, manipulé par un salaud et mal éduqué par un grand héros mais un mauvais oncle. A quel moment peut on dire que ce personnage fait honte à la saga ? Si tout ce qui compte pour le public c'est un grand vilain qui rit très fort en défonçant des super-héros alors très bien, mais perso je pense qu'on y perd au change. De même, Rei gagne en profondeur dans cet épisode, tiraillée entre un maître qu'elle admire mais qui la rejette, et un antagoniste qu'elle déteste puis apprendre à comprendre... Attendez ! Un Jedi qui cherche à comprendre son adversaire, qui n'attaque pas en premier et qui cherche avant tout à sauver un mec paumé du côté obscur ? Quelle infamie !

Et puisqu'on a parlé des élèves, parlons des maîtres, et surtout du maître ; Luke. Le personnage qui aurait été souillé par le film, selon certains détracteurs. Celui dont l'acteur lui même a dit qu'il n'était pas d'accord avec la manière dont le réalisateur l'avait traité. Et bien au risque de soulever encore une fois l'indignation... J'adore le Luke de cet épisode ; Un héros découragé, dont la foi en son ordre et en lui même a été détruite par un double échec, collectif (le Temple ravagé) et personnel (son propre neveu passé du côté obscur). Ce qui est intéressant avec ce Luke, c'est qu'on a une répétition du thème de Yoda dans le V ("Non je ne t'enseignerais pas, ça serait trop dangereux"), mais pour des raisons plus profondes encore : Luke considère que les Jedi ont joué avec le feu, que les succès des Siths sont avant tout leurs échecs et que la galaxie peut s'en passer. C'est presque malgré lui qu'il remet un pied dans la lutte en acceptant de "former" Rei (en fait d'avantage pour l'en décourager) puis en venant au secours de la Rébellion. Et quand il le fait c'est, déjà dans une scène à l'ambiance incroyable, mais surtout en vrai Jedi ; Son but n'est alors pas de tuer Kylo, mais de protéger ses alliés, et aussi de troubler son neveu, puisqu'il sait que c'est le nerf de la guerre (Retournement de sa réplique plus tôt dans le film sur le fait qu'un Jedi seul contre le First Order ne servirait à rien). Honnêtement, je ne comprends pas ce qu'on peut trouver de problématique à cette scène. C'est la première fois que l'on voit un Jedi se projeter comme une illusion ? Et alors ?! Personne n'a pété un câble en voyant Yoda remonter le vaisseau de Luke pour la 1ère fois dans l'épisode V, ou ce même Yoda s'en battre violemment les couilles de la gravité dés lors qu'il sort son sabre dans l'épisode II. De plus, ça justifie le fait que Luke survive au tir de barrage des AT-AT, sur lequel les détracteurs auraient sans doute râlé si il avait été réellement là. Cette fin de Luke, qui a battu son ancien élève en jouant sur sa haine, tout en sauvant la dernière lueur d'espoir, et qui s'en va dans un sublime plan devant deux soleils couchants (Comme dans ce plan légendaire de Luke dans l'épisode IV), je l'ai trouvé magnifique. Surprenante, certes, mais bien plus marquante que beaucoup d'autres de la saga. A mes yeux, Luke est parti en beauté.

Quand à Snoke... Je ne peux qu'espérer comme tout le monde quelques réponses dans l'épisode suivant mais en réalité, je ne suis même pas certain d'en vouloir. l'Histoire de Snoke n'a à mon sens pas grand intérêt étant donné les événements du film, tout comme l'Empereur n'avait droit à aucun background dans l'épisode VI et pas tellement plus dans toute la prélogie (Hormis qu'il est citoyen de Naboo et qu'il a eu un maître sith qu'il a tué). Snoke était là à la fois comme menace principale mais aussi comme un extrême négatif contrebalançant la figure de Luke ; C'était le maître de Kylo, pas le centre de l'Histoire. Si un jour, un film s'attarde sur l'histoire des chevaliers de Ren, sans doute aura-t-il une place plus importante. En l'Etat, sa mort servait bien l'histoire et je ne suis pas fâché que la trilogie lâche cet empereur bis, convainquant mais pas transcendant.

Je pourrais continuer longtemps, sur la relation Kylo-Rei que je trouve bien plus intéressante qu'une simple romance/amitié/on-sait-pas-trop artificielle, sur les batailles spatiales qui m'en ont mis plein les yeux, sur les quelques scènes qui resteront dans les mémoires (ce saut en Hyperespace...), sur le fait que malgré la faute de goût, faire survivre Leïa était drôlement couillu alors que tout le monde pensait qu'ils l'évacueraient rapidement pour pas s'emmerder avec le 9 (Et franchement voir à l'écran Carrie Fisher m'a plusieurs fois serré le coeur), sur le sous texte qui accompagne la partie du casino et qui pourrait presque justifier cette partie poussive (La guerre qui engraisse certains, les marchants d'armes qui fournissent les deux côtés), l'importance donnée à Poe aussi et à ce que le film dit sur la lutte armée pour une cause (pour le coup, je pense que c'est un bon emprunt à Rogue One, qui traitait déjà ce thème), ou sur le fait de ramener la marionnette de Yoda, ce qui constituera pour certains une faute de goût et pour moi un hommage respectable à la première trilogie (et cohérent avec le fait que ce Yoda est bien celui, espiègle et taquin, du V)... On en aurait encore pour dix pages, donc je vais tâcher de conclure.

Keep calm and lift rocks

Vous l'aurez compris, j'aime The Last Jedi. Parce qu'il m'a fait vibrer pendant 2h30, parce qu'il a apporté dans cette trilogie ce que j'aime dans la saga, parce que malgré ses erreurs, ses fautes de goût, et son scénario à rallonge, il tente à la fois de retrouver la moelle des anciens tout en cassant les codes. J'ai adhéré en grande partie à ce qu'il s'est permis et je l'ai trouvé aussi astucieux dans la mise en scène qu'audacieux, dans sa manière de ré-insuffler du mythe dans la machine.

Je comprends que l'on apprécie pas, qu'on reste extérieur au truc, voire qu'on s'estime trahi. Mais vous qui haïssez le film, prenez conscience que plus que tout autre saga, Star Wars tel que vous le voyez et l'aimez n'existe sans doute que pour vous. C'est d'ailleurs certainement ce qui en fait la force. Et ce que vous prenez pour une trahison, pour moi, ça a été un superbe voyage, dans mon Star Wars, que je devine pas très éloigné de celui de Rian Johnson. Comprenez enfin que aucun film fait autour de l'oeuvre de Lucas ne fera plus jamais l'unanimité, parce que toutes nos visions de ce qu'elle est, sont irréconciliables, un peu comme Kylo et Rey. Allez, félicitations à ceux qui ont tenu jusqu'au bout de ce pavé et,

May the Force be with you.

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