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La maison des perversités

Film de Noboru Tanaka Érotique et thriller 1 h 17 min 12 juin 1976

Minako Sayanomiya loue une chambre pour s’adonner en toute liberté à ses fantasmes. Son chemin va bientôt croiser celui du voyeur solitaire qui passe son temps à l'épier...

Mon deuxième Tanaka. Moins vibrant. Moins intéressant. Mon premier était le stupéfiant Marché sexuel aux filles. Je me rends compte des similitudes notamment sur l'espèce de liberté qu'il prend avec son scénariste Akio Ido à donner un ton volontiers surréaliste, dans ces deux films en tout cas. C'est une idée qui m'a passé par la tête plusieurs fois pendant le visionnage. Vraiment étonnant. Le récit est d'apparence très réaliste, linéaire, mais subit un traitement frappadingue. Voilà ma pensée précisée.

Quoiqu'il en soit, ce fourmillement d'idées loufoques, fantaisistes, débordant largement sur le symbolisme, ce qui d'habitude suscite en moi quelques réticences, a ici des effets salvateurs. Je ne suis pas sûr que le film m'aurait plu sans cela. Quoique... j'ai bien aimé également l'usage du cinémascope, la recherche de cadres picturaux et les jeux sur la lumière. Encore ce fameux procédé où l'angle de projection et l'intensité de la lumière changent pendant la séquence, jouant un rôle narratif de première importance. Je pense aussi à cette fascination chez le personnage du voyeur pour la lumière et les jeux de fumée, d'ombres.

Et toujours cette poésie qui se dégage du rythme, des prises de vues, de la forme, de cette douceur dans le récit.

Chez Powell, ce qui hypnotise et emprisonne le voyeur c'est la captation "entomologiste" de la lumière, c'est la caméra qui focalise l'attention du voyeur, l'essence même du voyeurisme. Alors qu'ici c'est plutôt le lieu, au-dessus des hommes et des femmes, le grenier dans lequel le voyeur se sent tout puissant, protégé. D'ailleurs dès qu'il s'essaie à rejoindre le commun des mortels, il perd de son pouvoir, il est rejeté. Il ne parvient pas à être Pierrot. Sa Colombine, il ne peut l'atteindre que d'abord dans la relation voyeur/exhibitionniste, puis dans le crime, complicité morbide, entre éros et thanatos, toujours cette rengaine.... le terme n'est pas des plus élégants, disons antienne que l'on retrouve dans nombre d'oeuvres érotiques décrivant les liens sadiens qui unissent violence et sexualité. Le film n'en fait pas l'apologie comme certains "romans porno" mais ne condamne pas pour autant ces liens non plus. Ce qui est certain, c'est que Tanaka nous dessine une trajectoire romantique à la Bonnie&Clyde qui lui permet de fustiger l'hypocrisie sociale (mari, domestique, prêtre catho) des institutions, des hiérarchies qu'imposent l'argent, les classifications sociales et religieuses, bref, tous les outils que les humains ont inventé pour oublier leur peur de mourir. C'est un film désenchanté où l'amour est perverti. Les hommes et les femmes sont seuls face à leurs angoisses. Il n'y a guère que chez le couple criminel qui se forme sous nos yeux que se crée une réelle entente, une symbiose harmonieuse, un lien d'interdépendances unique et puissant.

Les deux acteurs principaux, elle, Junko Miyashita et lui, Renji Ishibashi, nous proposent des prestations fort convenables, sans être exceptionnelles. Les scènes érotiques sont filmées de manière raffinée et même édulcorées. Tanaka filme essentiellement les jeux de regards.

Un film érotique noir en somme.

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