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War Zone

Film de Dzhanik Fayziev Action, drame, fantastique 2 h 7 août 2013

Ksenia envoie son fils en vacances chez son père à l’autre bout du pays. Mais quelques jours après, la guerre éclate : elle décide alors, au péril de sa vie, d’aller le chercher derrière les lignes de front et va devoir traverser la zone la plus dangereuse du pays.

Il y a un truc que je commence à comprendre avec le cinoche russe contemporain. On ne sait jamais vraiment où on va.

Je me suis intéressé à cet opus direct DVD pour des raisons très basiques ; une affiche avec un robot, des tanks, WAR ZONE, bref, dans la recherche d'une version bourrine et russe d'un ersatz de film d'action truffé de robots. Je l'avais gardé de côté pour une de ses soirées où, rentré du boulot, on est lessivé. Le cerveau est réduit à sa capacité de réflexion la plus basique, il est donc simplement temps de se vautrer lamentablement dans le canapé pour déguster un film qui sera directement envoyé dans mon top bouze 2014. Ben non. Une fois de plus, comme par exemple avec White Tiger, j'ai été totalement pris à contrepied.

Les 5 premières minutes font peur : là, la place de numéro 1 dans les bouzes semble quasi assuré. Et puis premier choc ; je ne spoale pas vraiment, tout est dit dès la sixième minute. Les robots ne sont pas là. Ils appartiennent à l'imaginaire d'un petit garçon. Adieu la série Z régressive pleine de furie, bonjour le conflit géorgien de 2008. Un moment d'histoire immédiate. La guerre vue du côté des méchants, vue du côté de Poutine. Bon, tant pis, va falloir rallumer le cerveau.

Ce film mérite franchement qu'on y consacre 2 heures de sa vie. Au rayon des faiblesses, la propagande assez grossière de Moscou. La Géorgie attaque la pauvre petite enclave ossète et le Grand Frère russe va tout faire pour éviter un massacre. Ces enfoirés d'américains livrent M16 et uniformes à des Géorgiens totalement déshumanisés derrière leurs cagoules, meurtriers de civils et traitres au possible. Pour qui suivra un peu la géopolitique caucasienne (là je crois que je vais me sentir seul) il sera bon de rappeler que Poutine a lui-même avoué en 2012 avoir tendu un piège aux Géorgiens, que le président Saakachvili est tombé dedans de manière assez grossière et s'est fait fesser de manière magistrale en 5 jours. L'Ossétie est passée sous contrôle russe et la Géorgie, malgré la volonté de Washington de la faire entrer dans l'OTAN à l'époque, s'est écrasée. Sarko s'est mis en avant comme grand sauveur et architecte d'une paix retrouvée dans ses tréfonds du Caucase, il peut aujourd'hui mesurer, à l'aulne des troupes russes toujours présentes sur place, l'impuissance occidentale à faire front face à Poutine (Medvedev à l'époque, donc Poutine CQFD).

Mais revenons en au film. Regrettable, bien que logique, cette approche très simplifiée des prises de décisions russes a au moins le mérite de nous rappeler, à nous Occidentaux vertueux, que tout le monde ne pense pas comme nous. Les gentils sont ceux qui gagnent la guerre, donc après tout le film fait exactement ce que Hollywood a souvent fait car pour le coup les Russes ont écrasé la pathétique intervention géorgienne. Faudra d'ailleurs que je vois "5 days of war" un de ces quatre matins, qui traite du même sujet mais du côté géorgien et occidental.

Ce gros bémol présenté, reste un film intéressant. Les moyens ont été mis et l'action est de qualité. les combats sont percutants, réalistes. Les civils sont des victimes aisées, classiques et les Géorgiens ont bien commis, comme els Russes par ailleurs, des massacres ponctuels d'innocents. Désolé BHL, ça reste tout de même la guerre.

Mais, ce qui m'a le plus frappé et touché, c'est le petit garçon. Dans White Tiger, Karen Shakhnazarov avait créé un dieu de la guerre incarné en char allemand indestructible. Délirante, cette approche mystique avait quelque chose de fascinant quoiqu'au final inaboutie. Et bien ici Dzhanik Fayziev prend un peu le même chemin. Pour survivre au divorce des parents, pour échapper à ce monde réel qu'il a du mal à comprendre, le petit Artyom parle avec des personnages imaginaires incarnés par des robots. Nous voilà donc plongé dans le regard d'une guerre à travers les yeux d'un enfant. Sa mère, Kseniya, 23 ans, veut refaire sa vie mais voue un amour absolu à son fils. Cet amour est tel qu'elle accepte de l'envoyer en vacances chez son ex-mari, militaire sympa, toujours amoureux de son ex et heureux de revoir son fiston. Sauf que voilà, les Géorgiens s'en mêlent et envahissent la villégiature de vacances des grands-parents. Le drame social devient film d'action, course d'une mère à la recherche de son fils, fils coupé de la réalité et tentant de fuir de terribles robots dirigés par le Maître des Ténèbres, entrecoupé de scènes de justification de l'intervention russe en Ossétie du sud. Et puis, ce n'est pas un film américain ... donc même les gentils peuvent mourir.

Un film étrange, intéressant, où la propagande n'est jamais loin, mais où la poésie a aussi sa place, le tout servi par des effets spéciaux vraiment pas dégueux. Un hymne à la Russie, mais aussi à l'amour maternel. Et puis le réalisateur parvient même à humaniser un Géorgien !

A découvrir en ces temps où l'Ukraine vacille à son tour. A quand un film français sur le Mali ou la Centre-Afrique ???

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