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Le Dernier Loup

Film de Jean-Jacques Annaud Aventure 1 h 55 min 19 février 2015

Chen Zhen est envoyé éduquer une tribu de nomades. Séduit par le lien entre les loups et les bergers, il capture un louveteau afin de l’apprivoiser.

Certains reprocheront comme chaque fois à Jean-Jacques Annaud de privilégier les images au détriment du texte. C'est au contraire une qualité pour moi d'exprimer par les images tout ce qui se passe de dialogue. C'est la fonction première du cinéma.

Mais les dialogues ont leur utilité pour exprimer ce que les images ne peuvent montrer. C'est le cas de la sagesse animiste du vieux mongol qui explique au jeune étudiant que la prairie est la forme de vie la plus sacrée car toutes les autres dépendent d'elle. Elle est la source de nourriture des troupeaux qui nourrissent les hommes. Viennent ensuite les loups qui empêchent les herbivores sauvages de proliférer et priver les troupeaux de pâtures. Enfin, les herbivores sauvages dont la pénurie pousserait les loups à attaquer les troupeaux. Un écosystème bien compris par un peuple qui a conscience d'en être partie intégrante: le mongol après avoir vécu en mangeant la viande produite par la prairie doit rembourser sa dette à sa mort en offrant sa dépouille aux charognards.

Un film qui démarre donc très bien avec cette philosophie naturaliste, mais qui malheureusement se perd un peu avec le scénario convenu qui suit.

J-J Annaud n'a-t-il vraiment voulu parler que des loups? Après le succès de son film en Chine, J-J. Annaud nous a expliqué qu'il n'avait rencontré aucune difficulté avec la censure. Au contraire, les autorités l'ont encouragé dans la voie écologique et lui ont paru très concernées par la défense de la nature.

Nous savons par ailleurs que les Hans (qui se considèrent comme les seuls vrais chinois) déplacent massivement les populations minoritaires comme les Ouïgours, les Tibétains ou les Mongols vers les grandes agglomérations où elles sont dispersées et absorbées, tandis qu'ils ouvrent la colonisation de leurs terres aux Hans. Depuis les premiers empereurs, la préoccupation des dirigeants chinois a toujours été d'unifier un immense pays où des peuples différents, avec des cultures différentes et des langues différentes n'avaient pour point commun que d'être soumis à un seul et unique pouvoir. Les premiers empereurs ont fait fabriquer par leurs savants une écriture qui soit utilisable par tous les peuples quelle que soit leur langue. Les idéogrammes représentent des objets, des idées, mais ne sont pas fondés sur les sons spécifiques à chaque langue. Quelque soit la langue parlée, on l'écrit de la même manière. Plus récemment, la révolution culturelle est allée plus loin. Les étudiants étaient envoyés aux travaux des champs: ils y apprenaient l'humilité et y enseignaient le chinois. Un autre pas vers l'unification. C'est celui qu'on nous montre dans le film. Mais le film nous montre plus: l'arrivée d'une population déplacée, encadrée de fonctionnaires Hans au bord du lac secret, refuge de la petite communauté mongole.

J-J Annaud n'a-t-il pas voulu aller plus loin qu'une simple histoire naturaliste? Il est français: on peut présumer qu'il soit un peu donneur de leçons et qu'il n'aime pas rester dans le cadre qu'on lui impose. Alors que je serais resté autour de la moyenne, je lui ferai bénéficier du doute et lui donnerai "7". De toutes façons, même si ce film ne sert qu'à ça, on peut espérer qu'il a fait progresser un début de conscience naturaliste en Chine. Mais dans un pays dont l'un des célèbres aphorismes est: "Ca bouge: ça se mange!", on peut dire qu'on part de loin.

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