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La Ballade des sans-espoir

Film de John Cassavetes Drame 1 h 43 min 7 novembre 1961

Avec Bobby Darin, Stella Stevens, Everett Chambers

John Wakefield, surnommé 'Ghost', dirige un orchestre de jazz et vagabonde de club en club afin de dénicher des contrats qui ne se révèlent que rarement gratifiants. Son seul succès est «La Ballade des sans-espoir», un blues qu'il joue à qui veut l'entendre. Dans un bar, il se lie avec Jess, une...

"La Ballade des sans-espoir", aka Too Late Blues (les deux versions renvoyant à la même notion mélancolique), permet de se replonger dans les débuts de Cassavetes que j'avais découverts il y a belle lurette, entre "Shadows" et "Faces". L'unité de style est très forte, avec ces errances en noir et blanc sur fond de Jazz — dans un registre très "Free", tant du côté cinématographique que musical, ce qui peut causer quelques incompatibilités. Je gardais en tête des captations vraiment très lâches, presque nonchalantes, ce serait sans doute à vérifier, mais la chronique qui est faite ici de la vie d'un petit groupe de musiciens de jazz est agréable, parfaitement intelligible (peut-être même un peu trop), dans l'optique de mettre en opposition deux conceptions de la chose artistique : la liberté des créateurs et le conformisme des soumis aux logiques purement mercantiles.

Ghost, le protagoniste, sous les traits du souvent juste Bobby Darin, fait très clairement partie de la première catégorie. Il est certes un peu falot, mais il a tout de même une certaine conception de l'art qui le poussera à prendre conscience de ce qu'il faut être prêt à faire pour vivre en accord avec ses principes. Le catalyseur de cette évolution : Jess Polanski, une jeune chanteuse dans le style d'une Marilyn Monroe, fragile, influençable, sous l'emprise d'un imprésario véreux.

En tant que quasi unique film de studio de Cassavetes (il y en aura deux), on est tenté de chercher dans les recoins du film les traces de ce qu'il dénonçait comme un manque d'indépendance, dans un film qu'il a dû faire entouré de personnes qui n'avaient pas confiance en lui. On trouve les traces de ce qui imprègnera tout son corpus, l'intégrité, l’errance, la mélancolie, la solitude les illusions perdues. Ici, la chronique de la déchéance avec un ultime sursaut, comme une pulsion de vie chez un musicien idéaliste (le terme est souvent répété, au cas où on n'aurait pas compris), a beau sembler un peu dévitalisée, elle conserve tout de même une petite part de sincérité.

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