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L'Antre de la folie

Film de John Carpenter Épouvante-Horreur 1 h 35 min 3 février 1995

Avec Sam Neill, Julie Carmen, Jürgen Prochnow

Le détective privé, John Trent, est chargé de retrouver Sutter Cane, un écrivain de romans d'épouvante à succès. Ce dernier a disparu soudainement, juste avant la parution de son nouveau roman, «L'Antre de la folie». Trent, accompagné d'une employée de la maison d'édition, Linda Styles, suit la...

Comme je l'ai déjà dit à l'occasion d'une autre critique, Lovecraft me paraît très difficilement adaptable. En effet, l'horreur qui émane des textes de l'écrivain américain vient de l'absence de description. Les "Choses" dont il nous parle n'ont ni forme, ni contours, et échappent totalement à l'entendement. Cet "indescriptible" est la meilleure méthode pour faire peur aux lecteurs. Hors, au cinéma, trop de réalisateurs croient faire peur en montrant l'horreur (alors que c'est en la cachant qu'il y a une chance de parvenir au bon résultat). L'Antre de la folie n'est pas l'adaptation officielle d'un texte de Lovecraft, mais les connaisseurs de l'écrivain n'auront aucun mal à reconnaître son inspiration dans chaque scène du film. Et celui-ci est nettement plus proche de l'oeuvre du romancier que tous les autres films qui s'en réclament.

John Trent est détective pour une compagnie d'assurance. A ce titre, il est engagé pour retrouver un écrivain à succès, Sutter Cane, qui a disparu. Ses romans d'horreur ont tendance à déclencher une véritable hystérie chez ses fans, qui le considèrent comme un prophète. Trent soupçonne un coup publicitaire de l'éditeur et se plonge dans les romans de l'auteur, visiblement inspiré de Lovecraft par ses thématiques. Très vite, le film nous montre son intelligence. Carpenter, quand il est en forme, est vraiment le maître d'un cinéma d'horreur qui distille, sans en avoir l'air, des réflexions politiques ou philosophiques. Ici, le thème du rapport entre la réalité et la fiction est central. Et c'est là qu'on aperçoit l'autre inspiration, celle de Stephen King, dont une grande partie de l'oeuvre traite de ce sujet (et dont Carpenter avait adapté le roman Christine). D'ailleurs, le nom de King est cité dans le film, et, phonétiquement, Sutter Cane se rapproche de Stephen King. Ainsi donc, le film abolit progressivement les frontières entre réalité et fiction. Les romans de Cane influencent leurs lecteurs au point de les transformer en criminels psychopathes massacrant tout le monde à coups de hache. Mais surtout les inventions romanesques de Cane semblent prendre vie dans la réalité, comme cette ville de Hobb's end et tous ses habitants.

SPOIL Tout cela aboutit à cette phrase prodigieuse de Cane : "j'écris, donc tu es." Et Trent lui-même en vient à douter de sa propre réalité : ne serait-il pas un personnage de fiction créé par l'écrivain... FIN DU SPOIL

S'il n'y avait que cela, ce serait déjà un grand film. Mais L'Antre de la folie est un chef d'oeuvre. Parce que Carpenter parvient à créer une ambiance particulière. L'ambiance d'un monde qui a basculé dans la folie. La logique et la raison semblent avoir disparu. "Si la folie devient majoritaire, la raison sera internée". Et c'est bien cela qui se produit : le monde subit une véritable inversion de toutes ses valeurs. La fiction devient réalité, la folie devient la règle de fonctionnement de tout l'univers et le meurtre devient presque une valeur morale. Le monde tel qu'on le connaît n'existe plus. Le terrible voyage vers Hobb's end en est un exemple particulièrement réussi (en même temps qu'une des scènes les plus terrifiantes du film, à mon avis, alors qu'on ne voit presque rien).

Trent est comme le spectateur devant le film : il s'accroche à la raison et dénonce ces horreurs comme de la fiction. Mais la frontière entre les deux est mince et la force de Carpenter est de nous faire douter : de quel côté de la frontière sommes-nous ? C'est dans ce doute, dans cette perte de nos repères habituels, que s'insinuent l'horreur et la peur. Tout le film mène à cela. Une fois ce doute installé, le cinéaste nous fait gober tout ce qu'il veut. Carpenter manipule son spectateur avec un talent rare.

Les rares défauts ? Carpenter cède encore trop à sa propension à la grandiloquence. Il ne peut s'empêcher de nous montrer certains détails qui, cachés, auraient été beaucoup plus terrifiants. C'est aussi ce qui rend ce film un peu plus supportable. Car, des films d'horreur, j'en ai vu. Très peu m'ont vraiment fait peur. Celui-ci en est un.

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