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La Belle Personne

Film de Christophe Honoré Drame 1 h 37 min 17 septembre 2008

Avec Louis Garrel, Léa Seydoux, Grégoire Leprince-Ringuet

Junie, seize ans, change de lycée en cours d'année suite à la mort de sa mère. Elle intègre une nouvelle classe dont fait partie son cousin Matthias. Il devient son ambassadeur auprès de sa bande d'amis. Junie est vite courtisée par les garçons du groupe, elle consent à devenir la fiancée du plus...

Et moi qui pensais La Princesse de Clèves incompatible avec le cinéma. De par sa galanterie et sa préciosité d'un autre âge, sa vision de l'amour mais aussi de la vertu. En fait, si le livre bouillonne des conflits intérieurs de la jeune femme, il n'en transparaît pas grand chose. Alors forcément, je voyais mal comment adapter ce classicisme et toute l'ardeur de ces passions intimes sur grand écran...

Et pourtant, bonne surprise, cette adaptation libre et moderne de Christophe Honoré s'en tire très bien ! Le choix de transposer la cour du roi Henri II à la cour d'un lycée d'aujourd'hui est tout à fait pertinente et aucun aspect de l'intrigue ne dénote. Nous suivons ainsi Léa Seydoux alias Junie, une adolescente de 16 ans qui arrive dans son nouveau lycée suite à la mort de sa mère. Très vite, elle y attire tous les regards de part sa beauté et sa mystérieuse mélancolie; elle finira alors par céder aux avances d'Otto, son prétendant le plus épris, sans qu'elle en soit pour autant réellement amoureuse. Le véritable amour arrivera quant à lui avec son professeur d'italien (Louis Garrel), bel homme volage, auquel elle se refusera systématiquement prétendant que leur attirance n'est que le fruit d'une illusion qui s'effritera sitôt consommée.

Ce qui est étonnant, c'est que cette haute idée de la passion amoureuse et le contexte du XXIème siècle se marient à merveille. Alors d'accord le film se déroule dans le 16ème arrondissement de Paris et présente une certaine société bourgeoise qui facilite les choses. Mais parvenir à nous parler de l'amour courtois à l'heure du recul des tabous sexuels, et le faire avec autant de crédibilité, pour moi ca tient du petit miracle. Et toujours avec ce regard si spécial de Christophe Honoré, ce côté léger, ce romantisme aérien, même dans les instants les plus graves.

Par ailleurs le film se déroule dans un Paris hivernal, gris et pluvieux, cette fameuse idée du spleen qui donne à l’œuvre une lumière pastelle presque irréelle, comme un reflet du paysage intérieur de la protagoniste. Le spectateur est alors totalement imprégné de son état d'esprit et confiné dans son monde, tant par sa présence que par l'ambiance générale du film. De même, les plans serrés sur son visage captent avec une infinie justesse toutes les émotions, les doutes et la fragilité de cette période si particulière qu'est l'adolescence. On se retrouve donc à épouser parfaitement le point de vue d'une jeune femme pour qui la grande affaire est l'Amour; d'où la diversité de notes et de critiques, le film étant tour à tour jugé ridicule ou touchant (ça passe ou ça casse)...

Enfin, n'en déplaise à M.Sarkozy, Christophe Honoré prouve ici qu'il existe encore des adolescents pour qui le romantisme n'est pas juste un chapitre du programme littéraire, et qu'il n'est pas nécessaire d'être "un sadique ou un imbécile" pour apprécier une œuvre sentimentale à sa juste valeur.

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