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The Hart of London

Film de Jack Chambers Expérimental 1 h 19 min 1970

Instants volatiles et poétiques de la vie à London, une ville de l'Ontario au Canada.

Je ne sais vraiment pas quoi penser de ce film. J'ai mis 8 sur SC mais c'est vraiment une expérience qu'on doit laisser décanter dans son esprit. Donc ma note évoluera probablement, vers le haut ou vers le bas.

Bref, The Hart of London AKA le cerf de London, cette petite ville canadienne. On est clairement devant un film expérimental, très particulier et assez insaisissable. On peut grossièrement tenter de faire une césure entre deux parties distinctes dans le film. Les 40 premières minutes lorgnent vers le cinéma d'un autre démiurge contemporain de Chambers, Stan Brakhage. C'est un véritable ballet d'images qui se déroule devant nos yeux stupéfaits, les plans se succèdent, se superposent, les images se ternissent, s'éclaircissent, le tout dans un montage vertigineux, proprement stupéfiant, avec le bruit de l'eau qui coule qui se vit comme une lente pulsation. En effet, il n'est pas ici question que du "Hart" de London (la femelle cerf, donc) mais également du "Heart" de London, le coeur de la ville, filmée de manière quasiment-organique.

On va encore dire que je fais des comparaisons foireuses mais je trouve que cette volonté de retranscrire une identité urbaine fait un peu penser à L'Homme à la Caméra de Vertov, à ceci près que le film de Vertov est froid et associe avant-gardisme formel et Moscou, dans le même tourbillon d'images, le montage y est saccadé (comme dans cette première partie de Hart of London donc) mais on sent chez Vertov une rage de tout filmer, de capter Moscou dans son entièreté, par le biais de la collectivité, du peuple, de la masse. Chez Chambers, cette retranscription est beaucoup plus chaleureuse et corporelle donc, il s'agit réellement de capter une pulsation, le film superposant souvent des plans de la ville, de la terre avec des yeux qui s'ouvrent, se ferment ...etc.

Et la deuxième partie du film ne vient pas démentir ce que je viens de dire, le montage se fait plus discret (mais il est bien présent) et Chambers se surprend alors à filmer des vraies plages documentaires. On sent cette volonté de Chambers de rentrer au plus profond de ce qu'il filme, les gros plans se multiplient, et la perspective organique se renforce (scène d'accouchement en gros plan (très difficile à regarder pour ma part) qui évoque le Window Water Baby Moving de Brakhage, un mouton égorgé en plan fixe, le sang s'écoulant lentement de son cou meurtri). Et puis, le cerf, bien sûr, qu'il convient d'approcher avec précaution, dit la mère à son jeune fils.

Comme le film, en fait.

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