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Le Joueur de flûte

Film de Jacques Demy Fantastique 1 h 30 min 25 mai 1972

Au Moyen Age, un joueur de flute aux pouvoirs magiques débarrasse une petite ville de ses rats. Les autorités, malgré leur promesse, refusant de le payer, il entraîne, cette fois, au son de sa flûte, tous les enfants de la ville.

Déçu par le semi-échec à sa sortie du pourtant génial Peau d'âne, Demy accepte le projet d'un producteur anglais qui monte de réaliser un film où Donovan chanterait et tiendrait le premier rôle. Faisant face à l'emploi du temps serré du chanteur pop, il réécrit le scénario pour ne faire du joueur de flûte qu'un personnage secondaire.

Le conte devient alors prétexte à une reconstitution historique à la fois soignée, minutieuse et visuellement chatoyante, baroque, et à une étude de mœurs où Demy se fait critique envers le monde des hommes. C'est l'inquisition et un juif sera persécuté. On admire les costumes, superbes et les décors raffinés (une vraie ville médiévale allemande), on se prête à la gravité du jeu, entre reconstitution funèbre des grandes cérémonies bourgeoises et intrigues religieuses à la solde du pape avignonnais. Le casting est de bonne qualité et le scénario se laisse suivre malgré des problèmes de rythme certains.

Quelques séquences font mouche, notamment le mariage ou la fuite des rats, ainsi que le final du film, qu'on rapprochera du contemporain "Devils" de Ken Russell, auquel le film fait penser (pour ses thèmes et pour une partie de son esthétique à la fois kitsch et raffinée). Mais si la mise en scène, belle et fluide, tout en mouvements élégants de caméra et longs plans séquences peut séduire, il manque tout de même au film le sésame des grands Demy : le sujet semble trop masculin (les femmes sont presque absentes), les chansons palotes (Donovan est sympathique mais ce n'est pas Legrand ou Demy en termes de song-writing), et l'ensemble parfois un peu mécanique et vide d'âme - même si la fin, étonnamment cruelle, démontre une vraie implication du cinéaste dans le film.

Bref, pas un grand Demy mais un bon petit film, intelligent, avec un beau discours sur la tolérance et sur le pouvoir de la musique et de l'art, derrière lequel on devine quelques marottes du cinéaste temporairement exilé, et qui s'apprête à traverser le désert jusqu'à son retour en force de 1982. Dans le genre peste-inquisition on préférera tout de même le monumental film de Ken Russell.

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