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Bionicle : Le Masque de lumière

Film de David Molina et Terry Shakespeare Animation 1 h 10 min 16 septembre 2003

Au pays des Bionicle, deux jeunes sont choisis pour partir à la quête du Masque de Lumière qui permettra de révéler l'identité du sauveur des terres sous la domination des forces du Mal…

Attention: beaucoup de personnel dans cette critique

Ah la la, Jurassic Parc, Retour vers le Futur, le Roi Lion, Gremlins, SOS Fantômes, Indiana Jones, Hook, et j’en passe… quelle chance de grandir baigné dans des films de qualité, qui, lorsqu’on souhaite replonger en enfance nous permettent de savourer nos madeleines de Proust sans honte.

Bah perso j’ai grandi avec la trilogie Bionicle. Donc bon pour la qualité on repassera.

Néanmoins j’ai voulu revoir le premier film de cette saga et d’essayer de voir ce qui, au-delà des défauts évidents que nous évoquerons rapidement, avait pu tant me plaire étant enfant.

Les défauts : c’est moche, le film a affreusement mal vieilli. La physique des corps et des objets n’a aucun sens, le scénario est bourré d’incohérences, les raccords des combats aussi, les personnages sont tous réduis à un trait de personnalité, la morale est assénée avec la subtilité d’une meute de Bohrok déferlant sur la plaine, et j’en passe. Ce n’est pas intéressant de parler de ça car on sera tous d’accord.

Mais qu’est-ce qui a bien pu me plaire au point de faire de ce film et de ses deux suites les longs-métrages devant lesquels j’ai passé le plus de temps dans ma jeunesse ?

Et bien ça tient en un mot : l’univers. Le film, de par le voyage initiatique qu’il propose, offre de nombreux décors, et permets de faire fructifier l’imagination des bambins devant leur télé. Qu’est-ce que cette cité dans les glaciers, cet espèce de grand bloc coincé dans la neige ? Où sont cachés tous ces Matorans qui font battre leurs tambours dans la jungle ? Quelles sont ces créatures figées dans la glace ? Qu’on soit bien d’accord, ces mystères et questions sont surtout là parce que le film est super court et parce qu’il n’y avait pas le budget (peut-être ni l’ambition qui sait) de montrer plus que ce que l’on voit. Mais le résultat est que Mata-Nui semble vaste, grouillante de vie et de paysages variés, bien plus diversifiée que la galaxie de Star Wars VII. Ajoutez à cela quelques dialogues faisant allusion aux mines de la Cité de la pierre, aux différents temples cachés sur l’île, plus une scène de match d’inauguration dans la Cité du feu, et bien on a un univers qui a tout pour stimuler la créativité du gamin que j’étais.

Le film se clôt d’ailleurs sur un appel à son spectateur de construire et raconter lui-même la suite de cette histoire.

Est-ce que tout ça sauve le film ? Non clairement non. Je serais la dernière personne à dire que ce film est un bon film.

Donc faut-il le déconseiller ? L’oublier ? Ne le montrer sous aucun prétexte à un enfant ? Et bien là également je dis non.

Je ne comprends pas ces Karim Debbache qui assènent qu’il ne faut surtout pas montrer de mauvais films à des enfants, sachant qu’ils ont eux-mêmes grandit avec des mauvais films et se retrouvent à faire les louanges de Kubrick sur Youtube 20 ans plus tard.

Il n’y a rien de mal à se construire en partie avec des films de piètre qualité. Car quand j’essaie de prendre du recul sur mes goûts en matière de cinéma, je me dis que Bionicle a dû y jouer un rôle peu négligeable. J’aime le cinéma d’animation quand il se permet des bastons dantesques assaisonnées de super pouvoirs et de destruction des lois de la physique. J’aime ces œuvres qui construisent des univers vastes, où chaque chose que l’on voit nous en laisse imaginer dix autres encore. J’aime quand un film brandit l’étendard de l’épique, se place dans un premier degré total malgré la stupidité supposée de son concept.

Quand je prends ce recul, je comprends que ce film que j’ai aimé et que j’aime encore n’est certes pas bon, mais surtout qu’il a fait de moi le cinéphile que je suis.

J’aime les combats d’Advent Children, de Man Of Steel, de Kung Fu Panda. J’aime l’univers de Kingsglaive, de Kubo, de Fury Road, de Matrix. J’aime l’épique du Monsterverse, des super-héros, de Pirates des Caraïbes et j’en passe.

Et ça je le dois entres autres à Bionicle.

Tout ça pour dire que je ne vous recommande pas ce film, mais si vos petites têtes blondes se trouvent intriguées par le dvd sur une brocante et bien ne coupez pas court à leur curiosité. En plus d’être un film parfaitement inoffensif et un bon moment pour un public peu exigent, il réveillera peut-être dans ce public une envie de raconter ses histoires, ou une passion pour les éléments cités plus haut.

Car au final si ce n’est pas un bon film, il semble qu’il soit toutefois un engrais fertile pour plein de bonnes choses.

Tu ne rentreras pas au panthéon de l’histoire du cinéma, Masque de Lumière, mais tu auras à jamais toute mon affection.

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