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Belphégor, le fantôme du Louvre

Film de Jean-Paul Salomé Fantastique et Épouvante-horreur 1 h 37 min 4 avril 2001

Avec Sophie Marceau, Michel Serrault, Frédéric Diefenthal

Dans le Paris de l'an 2000, une momie aux pouvoirs maléfiques donne naissance à un fantôme nommé Belphégor, dieu des Ammonites. Celui-ci, à la nuit tombée, hante le musée du Louvre, dont la Pyramide de Peï est devenue le symbole universel. Tour à tour effrayant ou humain, ce fantôme a toutes les...

Viens, viens, on est bien ! Viens !

Dans la catégorie des films dont je ne devrais pas m'embarrasser d'une critique qui intéressera environ deux personnes et un chat, je demande Belphégor, le fantôme du Louvre. Sincèrement, quand les quelques pechnos et autres malfaiteurs que constituent mes abonnés vont voir ça dans leur fil d'actualité, ils vont clairement pas cliquer et se demander si avec le temps je deviens de plus en plus con.

Il suffit de voir la moyenne du film (ma "moyenne éclaireurs" n'étant pas plus élevée), ce film, ce que tu en penses forcément, même si tu l'as pas vu d'ailleurs, c'est que c'est de la merde. Là c'est comme si d'un seul coup je me réveillais et que je mettais un 9 à Twilight 5. Alors c'est pas trop mon genre de me justifier, surtout d'avance, mais comme je suis bien trop conscient du potentiel cocasse de l'idée-même d'écrire quelque chose sur Belphégor, je me donne pas trop le choix à moi-même, tu vois.

Surtout que bon pfff maintenant Senscritique ça devient sérieux, soit tu dois faire la pute à like, soit tu dois t'indigner et cogiter sur les vraies solutions des vrais problèmes de notre monde moderne.. euh non, de notre réseau social buggé pardon. Ou alors on doit s'en foutre complètement, mais dans ce cas-là on est sans doute pas trop trop investis sur le site, du genre "ouais je suis cultivé mais j'ai pas envie de partager ça avec des inconnus, j'ai cinq éclaireurs et d'abord c'est qui ce Torpenn dont tu parles tout le temps ?".

Pour parler un peu du film sinon, ce que j'aime le plus je pense avec Belphégor, le fantôme du Louvre, c'est à quel point il est représentatif de ma façon de penser.

Là Marcel je te vois t'es perdu tu as des regards latéraux et tout tu comprends pas ce que je veux dire hein, tu te dis il est devenu ouf Lyusan ou quoi (bah oui évidemment que je le suis je me suis maté tous les films de Dolan en une semaine excuses-moi du peu), il commence à comparer un film à 3,1 de moyenne à sa façon de penser, est-ce une manière de révéler un autisme pourtant jusque-là assez mal dissimulé ?

Non c'est pas ça, c'est juste que ce film, malgré toutes les critiques que qui que ce soit peut en faire, ce Belphégor m'en a tout l'air de s'en foutre. Là où tout un chacun semble s'accorder à voir une bouse, j'y ai surtout vu avant tout un film qui refusait de se prendre au sérieux, un film conscient de la réception critique à venir... et pour quelle raison ? Parce que Jean-Paul Salomé a fait de Belphégor de la science-fiction à la française.

Bon je suis pas encore passé expert en SF à la française et pour l'instant si je me contente d'une comparaison avec l'excellent Atomik Circus, j'ai bien l'impression que dans la liste des codes il y a "mettre n'importe quoi", mais bigre que c'est décomplexé, et divertissant. Alors les rageux appelleront ça un plaisir coupable, les gens sérieux diront que je n'ai jamais eu aucune crédibilité de toutes façons, mais les vrais savent qu'un film raté sur le plan cinématographique peut tout à fait, s'il est honnête, humble et un minimum généreux, faire un excellent divertissement, peut-être même meilleur à mon goût que d'autres films qui seraient calibrés pour être des divertissements et qui ne finissent par être que des étrons sans âme.

Or, il se trouve que Belphégor, le fantôme du Louvre, remplit dans le plus grand des calmes toutes ces conditions et que je ne me suis pas ennuyé une seule seconde (contrairement à devant L'Aurore par exemple... bon ok j'arrête la provoc gratuite), à plus forte raison que le film dans ses dialogues et ses interprétations d'acteurs refuse clairement de se prendre au premier degré, malgré l'impression que peuvent avoir d'autres spectateurs bien moins éclairés que moi-même.

J'veux dire, quand dans les dialogues, tu vois une Sophie Marceau possédée par un fantôme de momie (#spoiler mdr) qui vient de s'approcher d'une classe qui regarde des trucs dans le Louvre en disant "LE LIVRE DES MORTS !" devant le livre des morts, et à qui un enfant lui demandant après plein d'explications "wesh madame t'es prof d'histoire ou quoi, comment tu sais tout ça", répond la putain de phrase "NON, JE SAIS QUE JE LE SAIS, MAIS JE SAIS PAS COMMENT !"...

J'ai vraiment besoin de mentionner d'autres exemples, comme l'inspecteur qui drague la vieille archéologue, ou la phrase d'un personnage complètement random au moment de l'exhumation d'un cadavre : "Alors, on a quoi au menu aujourd'hui ?" ? Sérieusement il suffit de se pencher pour voir que les blagues jalonnent presque l'intégralité des dialogues, en vrai même le pitch poto tu sais que c'est pas un vrai.

Attends parce qu'après il faudra que je te parle de la série Belphégor de 1965, tu sais la première série à succès française avec du suspense et tout... parce que le film a quand même un héritage culturel hein attention, eh ben le pitch de ce Belphégor, c'est Sophie Marceau possédée par un fantôme que tente d'aider son nouveau plus-ou-moins mec qui n'est autre qu'un électricien rencontré par hasard au début du film (sous l'impulsion de la grand-mère qui lui dit à peu près "allez vas-y ma belle faut te refaire, il est mignon celui-là go le baiser").

Non parce que tous les vieux de Sciencecritique (probablement plus experts que les autres en fantastique ?) te le diront, ce film c'est une merde aussi parce qu'il entache le nom de la série qu'ils regardaient quand ils avaient neuf ans le samedi à la télé en 65 et même que ça faisait trop peur à tout le monde.

Ah ouais... cette série... J'ai poussé le vice jusqu'à la regarder entièrement, histoire de voir à quel point la liaison entre les deux oeuvres était souillée. C'est vrai qu'elle l'est, y a presque strictement aucun rapport entre les deux, mis à part le costume du fantôme. Le truc c'est que la série faisait tout l'inverse du film, c'est à dire que déjà elle n'a presque rien de fantastique (y a de l'hypnose, voilà c'est tout !), table beaucoup plus dans son intérêt sur le mystère (qui est Belphégor ? On se demande... dans l'épisode 1 en tout cas !) et se prend grave au sérieux.

Elle fonctionne donc, parfois, très bien même quelquefois, et puis le reste du temps, comme l'intrigue avance de façon extrêmement irrégulière (on passe beaucoup de personnages en revue, dont pas mal ne servent pas à grand chose), bah euh, on s'fait chier.

Bon alors en 65 c'était peut-être le summum du mystère qui fait peur à la télévision française, et peut-être que ça joue un rôle de voir ça à neuf ans aussi, mais en vrai moi qui suis un féru du genre mystérieux j'ai commencé à me lasser dès le deuxième épisode (il n'y en a que quatre mais quand même). En fait je crois que ce qui m'amuse le plus avec cette série c'est de repenser à la façon dont le film en parle presque.

C'est là exactement le positionnement du film qui s'établit (même si on le comprend bien avant), qui te sort grâce au personnage de Michel Serrault (d'inspecteur) un flash-back sur des événements qui ont eu lieu dans les années 60, où en trois minutes ils t'expédient qu'en fait, on croyait que c'était une personne déguisée en fantôme, alors que c'était "un fantôme déguisé en gardien" (ou même plutôt un fantôme déguisé en gardien déguisé en fantôme... enfin un mec possédé qui ensuite croit que c'est Halloween toutes les nuits... vous me suivez ?).

Autant le dire oui, le film conchie donc allègrement ce qui a précédé et le place sans pression dans le cadre de sa propre diégèse (à savoir que c'est un fantôme de momie qui veut aller dans l'au-delà blablabla), et faire ça à la première série télévisée française à succès, c'est quand même du génie de subversion SM. Big up à toi, Jean-Paul !

Mais de toutes façons c'est normal, avec ses intentions de base de faire du vrai fantastique en France (je parle de SF à la française mais en vrai c'est du fantastique à la française, ça revient au même c'est la même catégorie des sous-genres qu'on aime pas trop par chez nous parce que c'est pour les beaufs tout ce qui n'est pas comédie, drame et comédie dramatique, m'voyez ?), tout le monde pouvait prédire que le film aurait de toutes façons mauvaise presse, ce qui rend les intentions de conception d'autant plus louables à mon sens.

Après on pourrait aussi dire qu'en refusant de se prendre au sérieux c'est comme si le film posait des limites à son propre genre et en restreignant le fantastique français au second degré, mais il faut voir aussi l'absence de moyens techniques qui me semble évidente. Parce que d'accord c'est bien beau de cracher sur les effets spéciaux tout moches mais d'une part 'faut pas oublier que le film date déjà de 2001 et d'autre part il est de toutes façons bien connu et convenu qu'en France les effets spéciaux au cinéma on est mauvais avec ça (peut-être parce qu'on essaye d'anéantir les genres des projets qui en ont besoin ? j'dis ça j'dis rien..).

A côté de ça on a une BO qui est quand même pas piquée des hannetons et qui a même sa petite réputation en tant que telle hein, et puis là pour la comparaison par exemple ne soyez pas de mauvaise foi, 'faut pas déconner, ça joue carrément pas dans la même catégorie.

Bref, Belphégor, le fantôme du Louvre c'est certainement pas du bon cinéma, mais pour moi le film est parfaitement représentatif du constat qui s'opère à mes yeux : à partir du moment où il y a une bonne petite pelletée de choses intéressantes dedans comme celles que je viens de vous mentionner, et à partir du moment également où le divertissement est total (je vous ai dit qu'il y avait une scène avec Sophie Marceau nue ? Si vous trouvez ça cool dites-vous qu'elle est de dos et qu'on m'avait parlé du film en disant "Sophie Marceau est à poil tout le temps dedans", non mais je sais je choisis mal mes amis et mes éclaireurs, tous des connards.. surtout celui-là), à partir de là donc, eh bien j'affirme penser être en présence d'un bon film (un bon mauvais film ?), dans le sens où le film est appréciable et pas malgré lui comme un nanar puisque je ris toujours avec lui et jamais de lui (bon ok un peu aussi mais bon). Et puis bon ça change un peu les films où il n'y a pas vraiment de méchant, où on tente des effets bizarres de mise en scène vers la fin, et où Sophie Marceau fait des regards fixes presque aussi ténébreux que ceux de Keanu Reeves.

Et si avec ça vous êtes une personne de bon sens supposé et que vous n'êtes toujours pas convaincu, tel le film et tel moi-même je peux toujours vous donner mon avis sur votre avis, sur le film et sur senscritique en même temps, tout en citant le film et la dernière réplique de Michel Serrault face à une Julie Christie qui ne sait pas comment refermer la porte vers l'au-delà (omg #spoil) :

... "On s'en fout !"

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