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Le Regard d'Ulysse

Film de Théo Angelopoulos Drame 2 h 56 min 13 septembre 1995

Avec Thanassis Vengos, Yorgos Michalakopoulos, Dora Volanaki

Le cinéaste grec émigré A. accepte de partir à la recherche de trois bobines jamais développées tournées par les frères Manakis en 1905 dans les Balkans. Commence alors une quête à travers des pays juste sortis du communisme ou en pleine guerre. Au fil de ses rencontres, A. découvre que les...

Sorti en 1995, Le Regard d'Ulysse est d'abord un hommage au premier siècle d'existence du septième art. En deux mots, A, (A. comme Angelopoulos ? ), interprété par Harvey Keitel, émigrant grec revenu au pays, part à la recherche de trois bobines non encore développées et qui sont censées contenir les toutes premières images cinématographiques tournées dans la région, en 1905 (on notera au passage que La Terre qui pleure commence aussi cette année-là). De Grèce, le personnage ira en Albanie, puis en Roumanie, en Bulgarie et en Serbie et son périple se terminera en Bosnie-Herzégovine... Autant de rencontres, de souvenirs, de doutes, de moments de bonheur et de catastrophes...

Pour son histoire qui dépasse de très loin le propos initial, Angelopoulos recourt à tous les thèmes qui lui sont chers. Il y a d'abord les frontières, bien sûr, et tout ce qui les marque: ponts, fleuves, postes de douane, police. Il y a le brouillard et la neige, ambiances dans lesquelles on se perd mais qui peuvent en temps de guerre donner un sentiment de sécurité. Et puis il y a les rencontres. Celles de A. sont amoureuses et passionnelles avec les femmes, amicales mais fusionnelles avec les hommes, emplies de confiance et en quelque sorte initiatiques avec les enfants. Enfin, il y a les moyens de transport, toujours très présents dans les films d'Angelopoulos: taxis, trains, bateaux en tous genres.

Ainsi, la mosaïque des Balkans filmée par Angelopoulos est aussi une mosaïque de ses moyens d'expression ressassés dans tous ses films: la permanence de l'eau ; l’éphémère (souvent métaphorisé par le linge qui sèche) ; les apparitions subites de groupes de personnes, tels des fantômes qui figent le temps et la réalité.

Dans ce road-movie évidemment existentiel, le cinéaste grec exprime ses angoisses: la recherche des racines et des origines contrecarrée et en même temps relancée par les événements extérieurs, ralentie par le besoin de satisfaire des pulsions (celles-là même qui donnent naissance à d'autres vies, porteuses des mêmes angoisses, de la même recherche), l'espoir de donner un sens aux choses; la question ultime: le Créateur aurait-il mal fait les choses?

En me relisant, je constate que ma dernière phrase est beaucoup trop longue... Tant pis. Il fallait bien dire ce qu'était ce film. Après tout, Le Regard d'Ulysse dure 2 h 49. On a souvent critiqué sa longueur. Pour tout ce qu'il raconte, on peut aussi se demander comment Angelopoulos a réussi à le faire si court.

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