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Rencontres au bout du monde

Documentaire de Werner Herzog 1 h 39 min 1 septembre 2007

Werner Herzog part à la rencontre des pensionnaires de la base américaine McMurdo, en Antarctique.

Un bon cinéma du réel, c’est une bonne rencontre, une alchimie entre un sujet et un objet qui se fascinent et s’élèvent mutuellement. La particularité fondatrice du cinéma qu’on dit souvent documentaire, c’est qu’il ne prépare pas (ou peu) ses coups : la caméra n’ordonne pas, elle est là pour capter un existant ou un événement. Là est l’incroyable potentiel : loin du cordon scénaristique, le bon documentariste comme le bon chercheur est capable de se laisser guider par son objet, qui exerce sur lui une telle force qu’il en vient à le transformer. Je pense à ce titre qu’il existe un rapport étroit entre le métier de cinéaste-documentariste et celui d’ethnographe : tous deux sont des questionneurs au service de leur objet, qui ressortent transformés par leur quête interrogative.

Encounters at the End of the World est un bon exemple de relation réussie. Werner Herzog est un rêveur, capable de voir et de faire de la poésie à peu près n’importe où. Quand le réalisateur d’Aguirre se penche sur un défunt plus fou que lui, dans Grizzly man, cela donne à mon sens un film plutôt moyen, où les fantaisies de l’auteur et de son sujet se cumulent a posteriori sans dialoguer. Quand, au contraire, Herzog se rend dans un pays entièrement désertique peuplé par des techniciens et des scientifiques en mission, il est à même d’aller accoucher de ces gens de véritables moments de transcendance. Au-delà de la science, il est capable de révéler chez ces hommes une sensibilité, une esthétique. Herzog nous fait dépasser notre regard technique sur des relevés et comptes rendus d’expérience pour en saisir la mystique et la philosophie insoupçonnées, et ce sans excès de mise en scène.

Son film est également un remarquable poème sur la mort : sur ces pingouins désarticulés qui foncent à leur perte à l’écart du troupeau, mais aussi sur la force aussi destructrice que créatrice de la nature. En soulignant les capacités monumentales de transformation de la terre, le créateur d’Aguirre nous prédit une mort inévitable et rapide, par sa voix douce et articulée de narrateur germain. Pour résumer, Encounters at the End of the World est comme la réponse sublime à la question triviale posée dernièrement par le neurobiologiste Prochiantz : « Qu’est ce que le vivant ? »

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