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Au fil de l'eau...

Film de Fritz Lang Thriller, drame et policier 1 h 23 min 25 mars 1950

Avec Louis Hayward, Lee Bowman, Jane Wyatt

Stephen Byrne est un écrivain raté. Pendant que sa femme est absente, il tente de violer leur domestique, mais celle-ci se débat tellement qu'il finit par l'étrangler. John, le frère de Stephen, arrive à ce moment précis dans la maison et à la demande de ce dernier, aide à cacher le corps. Lorsque...

Contrairement à Hitchcock, qui utilisait de façon lourde une psychanalyse de bas étage, Fritz Lang a très bien su employer les théories psychanalytiques et les intégrer dans ses films. Le Secret derrière la porte, La Femme au portrait, ou ce House by the river en sont de bons exemples. Le film commence de façon presque idyllique. La très belle maison du titre, un homme à sa terrasse en train d'écrire. Un romancier sans grande réussite, mais un homme bon, qui ne ferait pas de mal à un insecte. Un homme charmant, aimable avec sa voisine. le tout baignant dans une chaleureuse lumière. Oui, mais l'ombre au tableau apparaît dès les premières images. Le cadavre d'un animal emporté par le courant du fleuve qui longe la maison. Quelque chose qui ne va pas. Comme une menace. Et le spectateur en a vite la confirmation. Dès qu'il rentre chez lui, loin des yeux de témoins potentiels, dans l'ombre rassurante de sa maison, et surtout en l'absence de son épouse, Stephen saute sur la servante. Celle-ci résiste, il tente de la faire taire. Quand il desserre son étreinte, elle est morte. Après ce crime involontaire, Stephen se déplace à quatre pattes, comme si ce déchaînement de violence l'avait ramené vers l'animal qui était en lui. Lang sait créer d'emblée une opposition en dehors et dedans. L'intérieur est rempli d'ombres, de ténèbres à peine éclairées qui délimitent de nombreuses zones d'ombre. Cette maison est le reflet de la psychologie du personnage principal. Le décor du film se comprend vite comme un paysage mental. Et, par extension, une métaphore de l'âme humaine aux prises avec ses nombreuses zones d'ombre. Alors, évidemment, Stephen va être attaqué par ses remords. Des remords inconscients, car incontrôlables, mais qui vont prendre progressivement possession de lui.

Stephen fera appel à son frère John pour l'aider à cacher son crime. Et, à vrai dire, ce personnage de John sera bien plus intéressant, à mes yeux, que le meurtrier. John, qui a tout sacrifié à son frère, qui lui a laissé sa partie d'héritage pour que celui-ci puisse vaquer à velléités de romancier. John, qui a même abandonné son amour, tant il paraît vite évident qu'il est fou amoureux de la femme de Stephen. Et qui, maintenant, est en train de lui laisser sa morale. Car, bien entendu, John va aider son frère. Et surtout, il va être rongé par le remords, lui aussi. Mais un remords différent. Là où Stephen a peur pour lui-même, peur de se faire attraper, peur qu'on comprenne tout, John, lui, est affecté dans son sentiment de justice, dans sa morale. Il n'a pas peur pour lui, il a peur pour la victime que l'on commence à traiter de tous les noms. John veut rétablir la justice et qu'on reconnaisse enfin la vertu de la servante.

Pas aussi brillant que Le Secret derrière la porte (du moins, d'après mes souvenirs), voici quand même un grand film, un drame psychologique intense, très court donc très dense. Un film qui n'est sorti en France que dans les années 70. La mise en scène de Lang est, bien sûr, magnifique dans son cadrage, ses jeux de lumières et d'ombres, son montage. L'interprétation est honnête.

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