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Le Président

Documentaire de Yves Jeuland 1 h 38 min 15 décembre 2010

Avec Georges Frêche, Laurent Blondiau, Frédéric Bort

21 mars 2010. Georges Frêche est réélu dans son fauteuil. En Languedoc, il est le Président. Six mois durant, au fil d'une campagne ébouriffante et captivante, la caméra d'Yves Jeuland ne l'a pas quitté. Partout, hors champs et contrechamps, son oeil était là, dans le secret des conciliabules et...

Notre monde politique et citoyen vit dans une apathie telle qu’on peut tout dire, tout révéler sur le cynisme et la corruption du personnel politique, sans jamais risquer de mettre en péril la pérennité du système. Un documentaire comme Le président le prouve une nouvelle fois, en révélant la farce des coulisses des campagnes électorales ; un sujet sulfureux qui ne l’est au final pas du tout.

Yves Jeuland a filmé Georges Frêche lors de la campagne des régionales de 2010 en Languedoc Roussillon. Une campagne agitée, pendant laquelle les foudres des médias (et conséquemment du Parti Socialiste) se sont abattues sur Frêche pour avoir à plusieurs reprises outrepassé les limites du politiquement correct.

Frêche est un personnage à la fois fascinant et répugnant, c’est un gigantesque crapaud, au regard mou et avachi, à la mastication lente et baveuse. Autour de lui s’affaire sa cour de conseillers, qui l’embrassent comme un père, lui recoiffent la tignasse avant une interview, lui servent d’accoudoir pour se déplacer. Le parrain est flegmatique, avachi dans son fauteuil Louis XV, en équilibre sur sa canne, somnolant pendant que ses assistants s’agitent dans le stress. Dans des séquences irréelles, on voit l’ogre engloutir des post-its, aspirer une tranche de jambon dont le gras lui pendouille longuement aux coins des babines.

Il est facile de désamorcer l’impact critique de ce documentaire en se débarrassant de tout ce qu’il révèle du monde politique sur le dos de l’ogre odieux. C’est un peu facile. Au-delà du personnage, c’est tout le système de la démocratie médiatique que Le président met en scène. La compétition politique est une course au bon mot, où tout ce qui est dit le jour est oublié le lendemain, où tous les mensonges sont permis pour s’attirer la sympathie des masses spectatrices. Alors qu’au fronton du QG du parti, il est écrit la tirade de Jaurès ; « le courage c’est de chercher la vérité et de la dire », Frêche et ses assistants pataugent goulument dans le mensonge. « Il faut mentir ! » éructe l’un de ses conseillers. On croit longtemps Frêche moins cynique, jusqu’à découvrir que dans cette école de comédie, il est bien le maitre incontesté, capable d’émouvoir aux larmes avec les plus grandes couleuvres.

Les nombreuses séquences de calcul du film rappelleront certains passages de « 1974 une partie de campagne » de Depardon, où l’on pouvait voir Giscard millimétrer ses déclarations politiques en fonction d’une logique purement couts/bénéfices. L’œuvre de Depardon, bien moins outrancière que celle de Jeuland, a été pendant trente ans censurée. Ce qui distingue Frêche des autres professionnels du business politique, ce n’est pas l’honnêteté, mais sa désinvolture jusqu’au-boutiste qui a permis à Jeuland de diffuser ce concentré de magouilles.

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