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Comme les cinq doigts de la main

Film de Alexandre Arcady Action, drame et thriller 1 h 56 min 28 avril 2010

Avec Patrick Bruel, Vincent Elbaz, Pascal Elbé

Ils sont cinq frères semblables et pourtant différents, élevés par une mère devenue veuve trop tôt. L'un d'eux s'était éloigné de la famille. Lorsqu'il réapparaît, poursuivi par un gang de trafiquants, il se réfugie parmi les siens en leur révélant un secret. Les cinq, ensemble, vont trouver...

D'accord, Comme les cinq doigts de la main n'est pas un chef-d'œuvre. D'accord, le scénario n'est qu'une simple histoire de vengeance entre deux générations. D'accord, l'ensemble manque parfois d'intensité et n'évite pas toujours les clichés rebattus sur la famille juive. Mais je me dois de protester contre le lynchage critique intégral que subit le nouveau film d'Alexandre Arcady. Il est évident que la générosité se fait de plus en plus rare à l'heure actuelle. Quelle tristesse !

Généreux, Comme les cinq doigts de la main l'est indéniablement. Le réalisateur de la saga du Grand Pardon nous offre en effet le portrait terriblement attachant d'une famille prête à tout pour sauver l'un des siens, traqué par la mafia et les autorités. L'identification fonctionne en permanence, au-delà d'un univers culturel et religieux très codifié, grâce à une admirable direction d'acteurs. Les protagonistes – les cinq frères du titre – crèvent l'écran : Patrick Bruel impressionne dans son rôle d'aîné ; Vincent Elbaz se montre d'une grande justesse à travers la culpabilité et la noirceur qui le rongent ; Pascal Elbé, Éric Caravaca et Mathieu Delarive forment avec sincérité un trio fraternel dépassé par les horreurs qui s'abattent sur leurs proches. Le charisme des personnages secondaires n'a rien à envier à ce beau quintette : Michel Aumont incarne avec brio un traître pathétique sous des apparences de puissance, Caterina Murino et Françoise Fabian, dans leurs rôles respectifs d'épouse et de mère, apportent une bouleversante aura féminine, contrepoint à un univers masculin qui ne connaît que la guerre. Alexandre Arcady est un maître dans la peinture des relations familiales, ponctuant ses tableaux intimistes de sublimes gros plans, à fleur de peau, donnant à la chair angoissée ou aimante un grain palpable, troublant.

C'est une pure tragédie, au sens grec du terme, que tissent les personnages, victimes ou maîtres dérisoires de leur destin. Dès les premières images, un bouc-émissaire est désigné. Tout le film peut alors se résumer à la trajectoire inéluctable qui le conduira à sa perte. Les innombrables efforts et sacrifices, entrepris pour éviter le pire, sont d'emblée voués à l'échec, mais apparaissent par là-même comme porteurs d'une grandeur paradoxale. Dans la spirale infernale du mal, il n'est pas question de victoire ou de défaite. Survivre y représente un véritable acte de foi. La morale se consume dans un honneur aveuglément défendu. Vision d'un monde où les larmes et le sang forgent des âmes aussi belles que terribles.

Alexandre Arcady s'est fait injustement lyncher pour avoir mis en scène, dans un cadre réaliste et moderne, ces valeurs jugées vieillottes, voire réactionnaires. Mais pourquoi ce système de valeurs devrait-il forcément se limiter aux seules grandes épopées, qui ont été son premier écrin ? Pourquoi taxer d'archaïsme un réalisateur fasciné par les archétypes de la mentalité latine ? Pourquoi ne pourrait-on apprécier la peinture de cette mentalité que dans le théâtre grec et pas dans les salles obscures ? Le regard porté sur les films souffre-t-il à ce point du jeunisme pour se fermer à un thème aussi ample et aussi ancien ? Ou bien, au contraire, devient-il trop snob ? A trop encenser un modernisme forcené du cinéma, nous risquons de nous éloigner dangereusement de nos fondements culturels. Je ne prône pas ici une régression des films (nombre d'œuvres novatrices sont des merveilles), mais j'estime qu'il est stupide de nier que l'on peut encore faire de bons plats dans de vieilles casseroles, pour reprendre l'adage populaire. La vendetta est certes un thème classique et éculé, mais ne nous voilons pas la face, il faut bien reconnaître qu'il nous fascine encore, parce qu'il est universel, parce qu'il incarne et exorcise notre part d'ombre. En évitant heureusement l'écueil de l'apologie, Arcady reste tout simplement fidèle aux principes de son cinéma. Son nouveau film, imparfait mais sincère, mérite, à l'image de son héros tragique, une rédemption. Comment diable peut-on rester de marbre face à la poignante scène finale, où la mort et l'espoir se côtoient si amèrement, où la plus humaine des tristesses éclate dans l'indicible le plus touchant ?

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