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La Kermesse de l'Ouest

Film de Joshua Logan Western 2 h 44 min 15 octobre 1969

Avec Lee Marvin, Clint Eastwood, Jean Seberg

Californie, à l'époque de la ruée vers l'or. Parmi les chanceux, il y a Ben Rumson, bagarreur versé sur la boisson, et son associé le jeune fermier Pardner : leur découverte d'un riche filon entraîne la création d'une petit ville prospère. Mais l'arrivée d'une famille va bouleverser cette...

Alors c'est très curieux parce que moi qui n'avais de cesse de répéter que les comédies musicales, c'était pas mon truc, à part "Chantons sous la pluie", cela va de soi, voilà que pour la deuxième fois je me retrouve à en apprécier une bien plus que les gens de ce site (la première fois c'était "Grease", et si, il est super chouette, tais-toi. (Et on peut d'ailleurs remarquer que les deux ont un côté volontairement (eh oui, c'est ça aussi, c'est volontaire, bande de patates !) kitsch.)) (Mmm, ça fait beaucoup de parenthèses...)

Je suis particulièrement étonné de la froideur ambiante (la vache, seulement 21% d'avis positifs sur un certain site de tomates pourries !) envers cette "Kermesse", qui réunit pourtant western et comédie musicale, Lee Marvin et Clint Eastwood, purée de noix !! Les amateurs inconditionnels des deux genres, qui, s'ils avaient toute leur tête, devraient normalement l'adorer, vous diront, avec la dernière insolence, que c'est raté... raaa-té ! Pfff ! Fi ! Ne les écoutez pas !! C'est hyper chouette !

Et s'il est hyper chouette, ce film de prospecteurs, de ville minière sans femmes, c'est d'abord parce que, et je trouve que c'est chose rare, toutes les chansons, à l'exception d'une seule (la première de Jean), sont tout à fait réussies, voire franchement excellentes, comme "Wand'rin' Star", fredonnée sous la pluie, dans la boue, par un Lee Marvin en état de grâce; j'en ai encore des frissons.

De manière générale, j'appréhendais le moment où tout ce joyeux petit casting se mettrait à pousser la chansonnette; j'avais peur que ce soit extrêmement ridicule. Mais tout le monde, à part Jean donc (la seule doublée) s'en sort super bien, je trouve. Lee en tête, avec sa voix profonde, grasse, ronde (la voix la plus classe du monde, pour ceux qui ne le sauraient pas encore), qui en plus a tellement l'air de s'éclater que c'en est communicatif. On rapporte du tournage qu'il n'y avait pas qu'à l'écran qu'il enquillait les bouteilles sévère, mais ça ne nuit pas du tout à sa performance, au contraire ! Vraiment bon, cet acteur : très naturel, passe quasiment toujours bien, au point que je songe parfois à le faire entrer dans le top 10, comme ça... Et pourquoi pas ? A noter que dans le film il a une touche d'anthologie, aussi bien au niveau vestimentaire que capillaire, et qu'il utilise des moyens de transports insolites : à un moment il fait de la baignoire et à un autre, j'adore, il est poussé dans un petit chariot !

Clint, je savais déjà qu'il se débrouillait très convenablement ("Honkytonk Man"), avec sa voix plus sèche, douce-amère. Bon, lui, il n'a pas toujours exactement l'air de s'éclater (plus tard il a d'ailleurs sorti une phrase un peu condescendante sur le film, rapport au budget explosé), mais faut voir son personnage... Deux, trois autres aussi s'en sortent bien, il y a de jolis chœurs et la musique elle-même est harmonieuse. Au final, j'en aurais presque encore rajouté, des chansons, surtout une pour accompagner la construction de la maison de Jean, construction qui au passage ne nous est même pas montrée, pfff ! C'est si plaisant, les scènes de construction !

Le tout est décalé, tellement à contre-emploi pour ses deux stars, absolument exquis, à l'image de la cocasse idée centrale de l'histoire : ce ménage à trois, mais pour une fois c'est la femme qui a deux maris ! Jean Seberg est pornographique dans son corset, et on comprend l'empressement bestial de Lee Marvin, plus qu'extrêmement désireux de consommer son mariage.

Le film compte plein de bonnes idées comme ça, je pense particulièrement aux souterrains creusés sous la ville, pour récupérer la poussière d'or qui se faufile entre les interstices des planchers de saloons !

Ajoutez à cela des personnages secondaires fort sympathiques, comme le pasteur qui tente de sortir la ville de la débauche dans laquelle elle s'enfonce, comme dans la boue omniprésente, depuis l'arrivée des forces du mal : prostituées, alcool à gogo, jeu ! Ou le jeunot de bonne famille, “innocent”, qu'il dit, mais à qui tous les vices réussissent et qui devient un parfait petit dépravé !

A l'arrivée, “Paint Your Wagon” est mine de rien un riche portrait de la Frontière, un “Deadwood” sauce comique, une réinterprétation de la Chute de Babylone, avec une scène finale ma foi assez géniale et qui n'est pas sans avoir d'autres significations que celle qui est explicite.

Après tout ça, une fois n'est pas coutume, mon 7 va paraître bien sévère. Et il l'est ! Mais c'est partiellement de votre faute, aussi, à vous qui l'avez vu et qui l'avez dénigré, avec toute la froideur qui vous caractérise. Vous m'avez fait légèrement douter. Mais très légèrement seulement. Je n'en démords pas : ce film est un grand incompris, c'est super chouette, décalé, et je n'ai jamais trouvé le temps long, alors que j'étais fatigué et que ça dure dans les 2h30 ! La faute aussi à Clint, car même s'il est parfait pour le décalage, lui-même ne donne pas forcément l'impression qu'il en a conscience, que tout ça c'est drôle, et il manque d'entrain, il n'est pas assez communicatif à côté de ses petits camarades.

Allez, pour le plaisir, ne regardez pas les images, laissez-vous juste bercer : http://www.youtube.com/watch?v=xnbiRDNaDeo Et si ça ne vous fait pas envie, je vous donne bien le bonsoir.

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