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Le Trésor des Îles Chiennes

Film de F.J. Ossang Science-fiction 1 h 48 min 17 avril 1991

Avec Clovis Cornillac, Stephane Ferrara, Mapi Galan

L'ingénieur Aldellio a découvert la synthèse artificielle de deux substances fondamentales – le stelin et le skalt – permettant la production d'une énergie (l'oréon). Grâce à cette découverte, l'équilibre mondial a été reconditionné. Quand débute le film, l'ingénieur a disparu avec le secret de...

Je ne sais que penser. Une loi implicite devrait interdire ce genre de gâchis. Ossang propose réellement de belles images, un noir et blanc parfaitement léché, un travail millimétrique du cadre, et choisit merveilleusement bien ses décors. Malheureusement, pour une raison ou pour une autre, il a décidé de ne pas faire de ses Iles Chiennes le film muet qu'il aurait du être, alors que tout, aussi bien esthétiquement que thématiquement, rendait cela nécessaire. Malgré ce mauvais choix, si quelqu'un avait pensé à écrire un véritable scénario et des dialogues, la catastrophe aurait pu être évitée...

A la place, Ossang est allé piocher dans ses écrits d'adolescence, vous savez, ces envolées lyriques et naîves, faussement torturées, que l'on aimait rédiger pour faire passer le temps plus vite en physique-chimie ? FJ a décidé que, bordel de merde, c'était quand même de l'art ces conneries, et dans un élan d'auto-satisfaction que personne n'a eu la bonne idée de contredire, il a intégré ses stupides bafouilles un peu partout dans son film : voix off, dialogues, insertion de cartons... Tout y passe, et tout, toujours, sans exception, est d'une puérilité et d'une bêtise ahurissante.

Cet homme là n'a peur de rien. Aucun cliché, aucune lourdeur, aucune ignominie syntaxique ou poétique ne semble pouvoir l'arrêter. Pendant une heure vingt, il déverse avec une délicatesse de moissonneuse batteuse sa littérature exsangue, s'autorisant les pires lieux communs, les métaphores les plus évidentes, à grand renfort d'images usées depuis des siècles par des artistes qui, eux, savaient les utiliser; tout en prenant bien garde à ce que rien de tout cela ne fasse jamais sens. Les personnages de Fj Ossang n'ont rien à dire, ne communiquent jamais entre eux, semblent ne pas savoir eux mêmes ce qu'ils foutent dans cette histoire sans fondement, répondent aux questions qu'on leur pose par une autre, et finissent par quitter la pièce en déclarant que "La noirceur de la nuit noire ne peut rien contre la torpeur de leur âme maudite." D'accord, faisons comme ça...

Un pur gâchis de pellicule, d'autant plus flagrant que de telles images ne méritaient pas d'être perverties par la montagne de blabla indigeste qui les accompagne sans raison. Par égard et politesse, je m'abstiendrais d'évoquer le jeu des acteurs, qui, je le pense sincèrement, ne peuvent pas aller plus vite que la musique et transformer un texte aussi incroyablement mauvais en poignant manifeste futuriste, quelque soit leur talent. Pas étonnant, au vu de ce qu'on leur demande de raconter, qu'ils ne se sentent pas très concernés. Au lieu de les blâmer, je préfère les plaindre.

Ce genre de film m'attriste profondément, à la fois pour les spectateurs qui la verront et pour son auteur lui même, que je trouve attachant humainement, et assez doué et original sur la forme pour mériter mon respect. Les oeuvres comme "Le trésor des îles chiennes" sont utiles lorsqu'il s'agit de mesurer l'abysse séparant l'ambition de certains artistes d'être des "génies touche à tout" et les capacités réelles dont ils disposent. En ce sens, le film est une véritable leçon de modestie.

Punk is dead indeed... Passez votre chemin, ou au moins, coupez le son.

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