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Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil

Film de Jean Yanne Comédie et comédie musicale 1 h 45 min 5 mai 1972

Avec Jean Yanne, Bernard Blier, Michel Serrault

Christian Gerber (Jean Yanne), journaliste pour la radio parisienne Radio Plus, est en reportage en Amérique du Sud à la recherche d'un chef rebelle caché dans la jungle. Après négociations, il obtient une interview de ce dernier, mais voit son matériel confisqué par celui-ci. Alors qu'il se fait...

1972, alors que sa carrière d’acteur commence à évoluer vers des premiers rôles remarqués, alternant comédies à la française (Girault, Lautner, Pirès…) et films d’auteur (Godard, Chabrol…), Jean Yanne semble regretter les années music-hall où il avait toute latitude créatrice (même si parfois cela se passait mal à la radio et à la télé notamment). Il vient de terminer ce qui sera, à ses dire, son pire souvenir de cinéma, « Nous ne vieillirons pas ensemble » de Maurice Pialat qu’il dénigrera à sa sortie, allant jusqu’à refuser son prix d’interprétation à Cannes, préférant se faire une médiatique « petite cérémonie pour rire» chez lui et à la bonne franquette avec ses amis proches.

Journaliste de formation, auteur et acteur, il se décide alors de réaliser son premier film « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Jusque là, le public le considérait soit comme un artiste grossier ou inquiétant (les films de chabrol ou « L’imprécateur » de Jean Louis Bertucelli). Ce même public va le découvrir alors comme un acteur satirique qui a su mettre à profit toutes les critiques essuyées les dernières années.

Mais il n’est pas qu’acteur. Certes il tient son rôle de chevalier blanc au flegme presque homérique avec force de persuasion, il y est terrible, mais il se révèle un réalisateur et scénariste plus qu’inventif, corrosif et méchamment drôle.

Pour concevoir un tel pamphlet, il s’est associé les talents de Gérard Sire et de Tito Topin pour la partie graphisme. L’action se passe donc en ce début des années 70, toutes perturbées encore par un mai 68 dont l’onde de choc ne faisait que s’amorcer. Le grand public, ne sachant trop vers quoi s’orienter, toutes idées « peace and love », puisque c’était dans l’air du temps, était bonne à prendre et l’icône de Jésus venait tempérer cette liberté des mœurs qui se distillait socialement. Les messages d’amour et de fraternité ressentis comme plus sereins à l’encontre des « jouir sans entrave » ou encore « faites l’amour pas les magasins ». A cette époque, Jésus faisait un come back. L’album « Jésus Christ superstar » cartonna dans le monde et face à cette tendance, certains artistes décidèrent de saisir l’opportunité. Ainsi Johnny Hallyday avec son titre « Jésus », ou encore Queen, Jeremy Faith…

Acerbe, Jean Yanne voulait l’être. Et quelle manne, lui qui abhorrait les religions, que d’utiliser cette mode pour la placer en plein cœur de sa diatribe. La figure christique est en effet omniprésente dans le film et surtout à la radio où Gerbert (Jean Yanne) est chroniqueur d’actualité. Slogans publicitaires, habillage de la station, uniforme des hôtesses, affiches tout est là pour inciter le public à suivre ce courant pour mieux vendre les salades des annonceurs !

La critique sociale est multiple. Bien évidemment elle porte sur le pouvoir des médias (ici la radio, mais Yanne s’attaquera à la télé quelques années plus tard) dont la montée en puissance modifiait le statut passant de la double utilité du divertissement/Information à celui de vendeur de soupe. Cela n’est pas sans changer les comportements en interne, avec la corruption, la gestion de fait et autre culte de l’ambition. Yanne est mordant, et profite également de régler quelques comptes avec le milieu dont il a été évincé quasi manu militari.

Lettre d'adieux radiophoniques de Gerbert au Directeur de la station (Jacques François) : "Plantier vous êtes un con, vous me trouvez grossier et moi mon cher ami je vous trouve vulgaire (Plantier demande d’arrêter la diffusion) je vais vous expliquer. Dire merde ou mon cul c’est simplement grossier. Maintenant voyons tout ce qui est vulgaire. Prendre une voix feutrée et sur un ton larvaire vendre avec les slogans aux bons cons d’auditeurs les signes du zodiac, le courrier du cœur. Connaissant son effet sur les foules passives, faire appel à Jésus pour vanter la lessive, employer les plus bas et les plus surs moyens… faire des émissions sur les vieux, sur la faim, le cancer, enfin jouer sur les bons sentiments afin de mieux fourguer les désodorisants… Tout cela c’est vulgaire ! Ca pue, ça intoxique mais cela fait partie du jeu radiophonique. Vendre la merde oui mais sans dire un gros mot. Tout le monde il est gentil, tout le monde il est beau. Mais là mon cher Plantier, vous ne pouvez comprendre. Et dans un tel combat je ne puis que me rendre. Alors Plantier salut ! Je préfère me taire, je crains en continuant de devenir vulgaire !"

Si la vie de cette station de radio est la toile de fond, Yanne vise plus large dans la condamnation. Il nous montre un univers encore très machiste, la femme poupée ou soumise à l’argent du mari (superbe Marina Vlady !). Il écorne au passage, un théâtre élitiste qui s’est saisi de Brecht ou d’Anouilh pour en faire des pensums pro révolutionnaires avec des mise en scènes totalement abscondes et débordant d’artifices malsains. Enfin les journalistes ne sont pas en reste, totalement sous influences, ils diffusent des messages préétablis, ne se donnant même plus la peine d’aller sur place…

Mais Yanne veut également disséquer le comportement humain dans ce qu’il a de plus abject avec quelques figures hautes en couleur : Jacques François en directeur totalement asservi, le personnage de Sylvestre Ringeard (Daniel Prévost) le faux cul de service prêt à tout pour grimper, le Judas de service… On pourrait les prendre un par un, car tous représentent des individus dont les petits travers nous sont familiers. On se sent proches d’eux car on retrouve à coups sur dans notre propre entourage une telle ou un tel…

Dialogues de la scène ou l'ex directeur viré, Sylvestre Ringeard (Daniel Prévost) supplie Gerbert (Jean Yanne) de le reprendre : " Non mais soyez honnête, si vous faites la radio de l’honnêteté, confiez-moi des émissions de faux cul et dites que je suis un faux cul, ça ne me dérange pas j’en suis un ! Je peux le prouver".

On le constate, Yanne balance du lourd. Et l’on s’étonne qu’à l’époque alors que la censure gouvernementale était si rigide, qu’un auteur ait pu sortir sans difficulté ce genre de film. Alors qu’aujourd’hui, là ou la liberté d’expression est totale, un tel film ferait scandale, pire et de manière larvaire, on ne le laisserait pas exister.

Si l’œuvre a rencontré son public (4ème place du box office français 72 avec plus de 4 millions d’entrées et surtout se plaçant devant « Le parrain », « César et Rosalie » et très loin derrière « Nous ne vieillirons pas ensemble »), c’est qu’en plus de l‘indentification du public, la forme du film est très plaisante.

A commencer par un casting de joyeux drilles tous issus à l’époque des cabarets et autres music hall. Serrault que Yanne avait rencontré sur scène, mais aussi Bernard Blier, Daniel Prévost, Ginette Garcin, Jean Roger Caussimon, Jacques François et tant d’autres… tous sont formidables, semblent s’amuser beaucoup et très investis par le sujet. Ils se retrouveront tous ou partie sur les suivants.

La musique joue elle aussi un rôle important, notamment avec une kyrielle de chansons délirantes aux titres improbables : « Tilt pour Jésus christ », « Dans les bras de Jésus », « Alléluia garanti » et bien sur la chanson générique.

Et si l’ensemble est parfois un peu bordélique, on se laisse prendre et reprendre à des telles facéties. C’est sans doute aussi parce qu’il y avait comme une urgence chez Yanne de tourner (3 semaines ont suffi) un peu comme un sale gosse qui a envie de déballer avant le 25 décembre le plus beau de ses cadeaux. Pas sur qu’il ait fait en son temps plaisir à tous !

« Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » sera suivi par d’autres opus notamment «Moi y’en a vouloir des sous » avec lequel il accentuera sa verve. Malheureusement, ceux qui suivront n’atteindront jamais les qualités de ces deux-là.

Scène entre le PDG de la station (Bernard Blier) et Gerbert qui essaie de se justifier de n'attacher aucune importance à la richesse et au pouvoir. Réponse du PDG : "Alors vous êtes un enfant. Notre siècle est celui de l’efficacité. Il n’y a pas de plus pour les rêveurs pas plus que pour les christs de pacotille. Vous vous êtes pris pour le Jésus des temps modernes mais n’est pas le messie qui veut ! D’ailleurs Jésus est mort sur la croix faut pas oublier ça ! Ah !!! Ah !!! Vous auriez eu une fin comme la sienne, martyr et glorieux, je ne dis pas je vous aurais préparé un très bel avenir posthume. J’aurais fait installer votr buste dans le hall de notre station… (gloussements) 2 ou 3 ministres et un archevêque l’auraient inauguré à mes côtés et j’aurais prononcé sur votre compte de très belles paroles, malheureusement vous avez renoncé à la logique de votre destin. C’est maladroit. Maladroit et regrettable, c’est dommage. "

Enfin comment ne pas parler du générique de fin, plus cruel encore que le film il nous rappelle que le monde de cette époque, comme le notre du reste, n’est pas si beau et si gentil qu’on pourrait le croire…

LIENS INCONTOURNABLES :

Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=ZSjtrjet4o4 Générique de fin : https://www.youtube.com/watch?v=XVDXebfFvEE

Chanson "Alleluia garanti" : https://www.youtube.com/watch?v=vQwMDoaIgEo "Dans les bras de Jésus" : https://www.youtube.com/watch?v=XWFRIEzmDcA "Tilt pour Jésus Christ" : https://www.youtube.com/watch?v=H0fltpD77m4 (désolé pour la très mauvais qualité des images) "Jésus java" : https://www.youtube.com/watch?v=QlbYE3MsQ0E

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